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Paul Biya s'expose à l'avenue Kennedy

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biya-sittingSelon la Scaap, la vente des portraits du chef de l’Etat dans cette rue commerciale est une activité illégale. Toute personne qui passe devant le comptoir de William, ou un véhicule qui se gare devant la Commercial Bank of Cameroun (Cbc) à l’avenue Kennedy à Yaoundé, est un client potentiel qu’il faut traiter avec des égards.

 

Et lorsque celui-ci s’arrête devant les portraits et autres cadres photos que William et certains de ses voisins vendent, le propos du jeune homme devient plus affûté, et la langue davantage mielleuse. Au milieu des cadres photos représentant des paysages, des natures mortes et certaines stars américaines, se trouvent aussi des portraits du chef de l’Etat, notamment la photo officielle, exposée à même le sol.

 

Mais aussi une autre photo utilisée lors de la dernière campagne présidentielle et où on le voit regarder sa montre.
Ici, un cadre 30x40 va chercher dans les 5.000 Fcfa, tandis qu’un autre répondant aux dimensions 40x50 peut aller jusqu’à 20.000 Fcfa. «Tout est fonction du client qui est en face de nous», lance un voisin de William. Selon ces vendeurs, les cadres avec paysages se vendent davantage que les portraits du président. «Il y a des périodes où nous faisons de bonnes affaires : le 20 mai, le défilé du cinquantenaire, lors de la venue du pape. Certaines personnes aussi nous en commande en grand nombre», affirme William. Mais pour l’heure, c’est la «saison morte». Les vendeurs attendent les prochaines élections présidentielles, considérées comme une période propice aux bonnes affaires.

«Il peut arriver que nous vendons le cadre avec la photo du président, mais c’est juste le cadre que nous vendons. Nous ne voulons pas de problèmes avec la Scaap (Société civile des arts audiovisuels et photographiques, Ndlr)», tiennent à clarifier les vendeurs. Ceux-ci soutiennent que leur activité est des plus légales. Affirmant aussi que les photos vendues sont «authentiques». Mais personne ne pipe mot sur la provenance de celles-ci. Lesquelles proviendraient de…l’imprimerie nationale. «Il y a un problème de droit d’image, car ces photos viennent des circuits parallèles, et non pas du service photo du ministère de la Communication. S’il y avait un circuit de contrôle, la Scaap interviendrait pour leur exiger de payer des droits, surtout que l’exposition de ces photos est à but commercial», affirme Jean Pierre Kepseu, photographe professionnel.

A la Scaap, l’on affirme que le chef de l’Etat étant une personne publique, on ne peut donc pas parler de droit à l’image. En outre, «l’oeuvre n’ayant pas formellement été déclarée, il nous est difficile d’y exercer des droits», même si la loi sur les droits d’auteurs stipule que la déclaration n’est pas une condition sine qua non pour qu’une oeuvre soit protégée, précise Laurain Assipolo, chargé d’études à la Scaap. Selon ce dernier, «si nous nous décidons à mener une action contre le piratage, il est clair que tous ces portraits seraient saisis, car il est évident que ces commerçants font dans l’illicite puisqu’ils n’ont pas l’autorisation de l’auteur pour les reproduire et les commercialiser».

Patricia Ngo Ngouem

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