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Opération épervier : Pourquoi ils ne sont pas jugés ...

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abah-adamaPlus de dix milliards Fcfa présumés de détournement. Une longue détention provisoire et des ex-ministres toujours en attente de jugement. Lors de la dédicace de son dernier ouvrage littéraire sur le Cameroun, le Cardinal Tumi, commentant la gestion de l’opération épervier, avait déclaré qu’il était injuste de détenir des citoyens pendant longtemps sans jugement.

 

Une autre forme de torture psychologique qui viole des droits des détenus et qui laisse croire que l’instruction a été bâclée. La justice est toujours à la recherche des preuves pour condamner les prévenus qui, entre temps, « moisissent » en cellule.

Polycarpe Abah Abah a été arrêté au petit matin du 30 mars 2008 à son domicile par des éléments du Gso. Il est accusé d’avoir détourné, après 24 mois d’instruction, 4,9 milliards de Fcfa destinés au Crédit Foncier du Cameroun et coaction de détournement de 30 millions de Fcfa. A l’époque des faits, l’ex Minefi était directeur des impôts. Après plusieurs demandes de mise en liberté provisoire rejetées, le procès piétine.

 

L’enlisement

Après la clôture de l’information judiciaire en septembre 2009, Polycarpe Abah Abah avait été renvoyé devant le tribunal de grande instance du Mfoundi pour se justifier sur un détournement de 2,159 milliards de Fcfa ; sommes recouvrés par la direction des impôts et non reversés au Crédit Foncier du Cameroun. Alors que l’on s’attendait que l’ex ministre de l’Economie et des Finances comparaisse enfin pour se défendre, le ministère public va contester le montant des fonds publics détournés en estimant qu’ils ne représentent pas la réalité. Une autre expertise sera mise en place et arrêtera la somme de 4,9 milliards de Fcfa volés entre 1999 et 2004. Polycarpe Abah Abah s’est présenté pour la dernière fois devant un juge en mai 2010. Le procès avait été renvoyé à cause de non communication de la liste des témoins entre les parties et surtout l’absence d’Etogo Mbezele, ex trésorier payeur général de Yaoundé. Ce dernier ne comparaîtra jamais puisqu’il est décédé à Paris en août dernier et Polycarpe Abah Abah, qui avait plaidé non coupable, est régulier à l’hôpital central de Yaoundé pour des raisons de santé. La mort de l’ex Tpg complique tout. Surtout que le collectif des avocats de l’ex Minefi conduit par Me Jean Calvin Bilong avait demandé au juge une série d’annulation sur fond de nullités: nullité de l’enquête préliminaire, de l’ordonnance de renvoi; de l’arrêt de renvoi de la chambre de contrôle.

L’autre victime de l’opération épervier qui croupit en prison sans jugement s’appelle Haman Adama Halimatou, ancienne ministre en charge de l’Éducation de base, limogée du gouvernement le 30 juin 2009 et mis aux arrêts le 6 janvier 2010 en même temps que Roger Ntongo Onguéné, ancien directeur général de l'Autorité aéronautique du Cameroun et des Aéroports du Cameroun. Haman Adama était commissaire aux comptes du Rdpc, le parti au pouvoir. Elle représente la première grande personnalité du Grand Nord musulman à tomber sous les griffes de l’épervier. Elle est accusée d’avoir fait main basse sur les fonds Ppte débloqués pour financer le recrutement des enseignants vacataires. 18 mois après son arrestation spectaculaire, son procès tarde à s’ouvrir. C’est une femme très affaiblie physiquement par une longue détention provisoire qu’on voit arpenter laborieusement les escaliers le parquet de grande instance du Mfoundi pour répondre aux convocations du juge d’instruction. Le blocage de ce procès aurait pour principale justification le refus de l’ex ministre de l’Education de Base de passer aux aveux complets ; comme l’auraient d’ailleurs fait ses co-accusés. Certains ont été élargis après avoir signé des accords de remboursement. Une procédure qui n’exclut pourtant pas l’action pénale.

 

Arthur G. Bakande

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