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Voyages de nuit : Comment le gouvernement a fait marche arrière

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agence-voyageAprès une semaine folle au cours de laquelle transporteurs, syndicalistes et autres groupes de pression spontanés ont mis les autorités dos au mur, le ministre des Transports, sur instruction de la Présidence de la République, appliquée par le Premier ministre, a cédé non sans contrainte et la mort dans l’âme, aux exigences des uns et des autres.
Retour sur un feuilleton dont les épisodes ont mis en scène des acteurs de tous bords dans le but ultime de sauver le trafic interurbain nocturne, même au prix de nombreuses victimes des accidents de la route.

Jeudi le 7 juillet dernier s’est tenu un conseil de cabinet à l’immeuble Etoile. Au cours de cette réunion de coordination de l’action gouvernementale, le ministre d’Etat en charge des Transports, Maïgari Bello Bouba, devait délivrer un exposé sur les motivations de l’interdiction des voyages de nuit des transporteurs interurbains sur nos principaux axes routiers, interdiction prononcée le 23 juin dernier. Alors que le ministre d’Etat révise les segments de son intervention, l’air visiblement concentré, il est pris au dépourvu par le Premier ministre, Philemon Yang qui, dans son propos liminaire, sans attendre la restitution de son ministre, parle de suspendre la décision portant sur l’interdiction des voyages de nuit. Aussitôt, selon des sources, Bello Bouba range son laïus et croise ses bras.
Après le conseil de cabinet, une autre réunion restreinte se tient à l’immeuble Etoile en présence de plusieurs acteurs du secteur des transports et du ministre d’Etat en charge des Transports. Des sources indiquent qu’au vu du caractère houleux des discussions et des tensions qui sont nées au cours de ce conclave, Bello Bouba se retire vers 18 heures pendant que les services du Premier ministre préparaient l’arrêté portant suspension de l’interdiction de voyager la nuit.
Alors qu’il est dans son bureau, la primature lui fait parvenir l’arrêté sur lequel il appose sa signature vers 20 heures, la mort dans l’âme. «Le ministre n’a pas supporté qu’on ne l’écoute même pas alors que sur des faits antérieurs, pour faire valider la décision sur l’interdiction qu’il a déposée dans les services du Premier ministre le 9 mai, il a dû attendre jusqu’au 23 juin pour que la primature se prononce en sa faveur», explique une source proche du cabinet du ministre des Transports.
La même source indique que lors des échanges pendant la réunion qui a suivi le conseil de cabinet de jeudi dernier, aucune partie n’a avancé d’argument technique. «Les syndicats font pression, les transporteurs menacent de faire grève, la présidence de la République refuse des soulèvements au motif que nous sommes en période électorale et que le président doit être réélu dans quelques mois, voilà les raisons que les gens ont invoqué», témoigne notre source qui ajoute que le chantage des élites de l’Ouest aura aussi beaucoup pesé sur la levée de cette décision.
«Beaucoup brandissaient le fait qu’il y a des pertes énormes sur l’économie de la région ; le carburant se vendait peu, les tickets de péage ne se portaient plus bien au niveau des ventes, les funérailles étaient de moins en moins courues, et autres arguments du même niveau. Voilà autant d’arguments aussi fallacieux les uns que les autres que les gens avancent», lance en colère un cadre du ministère des Transports.


Pour ce qui concerne le lobbying des élites et autres activistes, des pétitions de groupes de pressions spontanés ont inondé la Toile et plusieurs forums. Les uns et les autres invitant les populations de l’Ouest pour la plupart, à signer une pétition devant aboutir à la levée de la mesure du ministère des Transports. Michel Eclador Pekoua, directeur de la publication d’Ouest Echos, un hebdomadaire paraissant à Bafoussam, fait partie de ces activistes qui ont milité pour que la décision de Bello Bouba soit rapportée.
Sur le forum 237 média, après la levée de l’interdiction, il lance ceci : «La pétition initiée par Ouest Echos ne visait pas à obtenir la tête du Ministre d’Etat, ministre des transports mais bien à jouir de notre liberté de travailler et d’aller et venir à notre guise. Cette liberté était menacée par l’interdiction des voyages de nuit. Nous nous félicitons de la reculade du gouvernement et surtout de sa sagesse. Cette levée étant intervenue avant que la situation ne devienne incontrôlable pour tout le monde. Les 4000 signatures déjà obtenues en une semaine (3500 à Douala-Bépanda et 500 à Bafoussam) seront conservées à titre de témoignage de l’engagement citoyen à préserver nos droits».

Victimes
Si ces pressions venant des élites, des syndicats, des transporteurs et autres activistes mettent en avant des arguments économiques, tous exercent cependant un chantage sur les autorités en menaçant de boycotter l’élection présidentielle d’octobre prochain. «Nous ne comprenons rien à cette façon de faire ; il est peut être juste de vouloir ménager les électeurs mais on ne doit pas oublier que c’est de la vie de ces électeurs qu’il en dépend après tout», lâche une source. Les chauffeurs semblent les plus malheureux. «On n’a plus de vie, on est obligé de voyager jour et nuit parce que les patrons veulent faire des bénéfices. Je fais des semaines sans voir mes enfants parce qu’on ne se repose pas», se plaint un chauffeur de l’agence Confort Voyages. Pour les chauffeurs, le repos du personnel roulant, en dehors de l’état des routes et des véhicules, peut apporter des améliorations sur les axes. Au ministère des Transports, on n’ose même plus aborder la question.

«On dit qu’il y a l’assoupissement des chauffeurs, la réduction de la visibilité, les risques de pannes sans moyens de dépannage et autres ; si la Primature qui a elle-même validé cette décision après qu’on l’a motivée, demande qu’on revienne dessus, on n’a plus rien à dire», tranche ce responsable, visiblement dépité. Pour les transporteurs et syndicaliste, la levée est incontestablement salutaire. Ils l’ont d’ailleurs signifié avec euphorie. Aussi à Tongolo, les voyages n’ont pas attendu la date du 9 juillet pour reprendre. Dans la même nuit, tous les postes de contrôle érigés sur l’axe Yaoundé Bafoussam, s’entendaient répondre : «Allez là-bas, on a déjà levé l’interdiction».
Une réaction des chauffeurs qui avait le mérite de faire rire policiers et gendarmes. Du coup, la ruée nocturne sur les axes routiers n’a pas attendu pour faire ses premières victimes. Sur l’axe Yaoundé-Bafoussam, quelques kilomètres après Bafia, au milieu de la nuit, un car de transport de l’agence Célèbre, du fait du manque d’éclairage et de phares défectueux, a percuté les glissières, faisant plusieurs morts et des dizaines de blessés. La levée de l’interdiction venait de faire ses premières victimes. Qui ne seront manifestement pas les dernières.

Une enquête de Pierre Célestin Atangana
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