Assemblée nationale : Des députés sur leur faim


Deux projets de loi notamment sur le vote des Camerounais de l’étranger sont à l’ordre du jour de la session extraordinaire ouverte hier. En ce mercredi 06 juillet 2011 matin, l’ambiance est plutôt lourde à l’Assemblée nationale.
Les députés, convoqués la veille pour une session extraordinaire, la deuxième du genre de la 8ème législature en cours et de l’année législative 2011, sont peu loquaces. Certains sont même franchement nerveux. D’autres ont les visages tirés, comme le matin d’une courte nuit. Il est vrai que cette session extraordinaire est convoquée quatorze heures seulement après la clôture de la session ordinaire du mois de juin. Dans les couloirs donc, Seules les civilités d’usage sont de mise.
Dans l’hémicycle, l’ambiance est bien moins froide. Conciliabules, vifs échanges et éclats de rires ont court.
Nul cependant n’ignore que les minutes qui suivent seront «délicates». Quelques temps après en effet, le président de l’Assemblée nationale prononce son discours d’ouverture de cette session extraordinaire. Il présente l’ordre du jour. Deux projets de loi seront examinés: Le projet de loi portant ratification de l’ordonnance du 07 mars 2011 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi de finances de la République du Cameroun pour l’exercice 2011; le projet de loi relatif au vote des citoyens camerounais établis ou résidant à l’étranger.
Pas plus. Plus de sept heures après, l’honorable Fobi Nchinda Simon, député Sdf (Social Democratic Front) de la Mezam et vice président de la commission des Finances et du Budget, ne décolère pas. «Nous nous doutions que serions convoqués pour une session extraordinaire», commence-t-il. «Mais nous nous attendions à mieux. Ces deux textes auraient pu passer même lors de notre session de mars dernier. Pourquoi avoir attendu que celle de juin s’achève pour les introduire, alors que nous n’avons examiné que cinq projets de loi dont quatre ratifications?» s’interroge-t-il. Conclusion de l’élu de la Mezam : «Le gouvernement venait une fois de plus de nous donner la preuve qu’il est le spécialiste de la navigation à vue et de l’impréparation».
Du côté du parti au pouvoir, certains députés se disent au moins surpris. Mais évidement «off the record», «discipline de parti oblige» nous dit-on. «La loi l’autorise et l’a prévu. Alors pourquoi cette session extraordinaire pose-t-elle de problème ?» nous demande l’un d’eux qui reconnaît le fait que d’autres projets de loi auraient pu être introduits. «L’introduction d’un projet de loi étant du ressort du gouvernement, il lui revient à lui tout seul de juger de l’opportunité de le faire ou de ne pas le faire» indique en substance l’honorable Joseph Mboui, député Rdpc et président de la commission de l’Education. Avant d’indiquer qu’un projet de loi peut même être déposé et être aussitôt retiré. «C’est la politique» explique-t-il.
Vers l’introduction de nouveaux projets de loi ?
Il n’empêche. Le Sdf, principal parti d’opposition n’attendait pas moins un projet de loi portant modification de la loi sur Elecam (l’organe en charge de l’organisation des élections) dont le parti de John Fru Ndi continue de récuser la structure actuelle. Et un autre sur la révision de la Constitution. Le parti avait déjà proposé une modification de la loi fondamentale en onze points. Faut-il s’attendre à l’introduction de nouveaux projets de loi ? «Pour l’instant ce ne sont que des spéculations» tranche l’honorable Joseph Mboui. «Rien n’est à exclure y compris la possibilité de la convocation d’une autre session extraordinaire pour examiner d’autres projets de loi» répond l’honorable Fobi Nchinda Simon.
Les deux projets de loi seront débattus ce jour en commission. Dans le fond, le projet de loi relatif au vote des Camerounais de l’étranger autorise ces derniers à exercer leur droit de vote par la participation à l’élection du président de la République et au référendum. Ils pourront s’inscrire sur les listes électorales ouvertes auprès des représentations diplomatiques et des postes consulaires dans leurs pays de résidence ou de rattachement. Mais c’est Elecam qui organisera des consultations en vue de la constitution des commissions chargées de l’établissement et de la révision des listes électorales, de l’établissement et de la distribution des cartes électorales ainsi que de la constitution des commissions locales de vote. «Et la question de la double nationalité. Qu’en a-t-on fait? Les deux problématiques vont ensemble. Et nous comptons le rappeler» annonce l’honorable Fobi Nchinda Simon.
Serge D. Bontsebe