Droit de passage du pipeline contre pétrole



L'état du Cameroun prefère troquer les retombées financières de l'oléoduc tchadien contre l'or noir. Après la signature prévue ce midi [à moins que le gouvernement et Cotco ne s’entendent pas sur les termes du protocole d’accord] de la convention de financement du déplacement du pipeline sur le site du futur barrage de Lom Pangar,
le gouvernement camerounais va lancer, a annoncé le ministre Essimi, le chantier de la révision de la convention sur le droit de passage du pétrole tchadien sur le territoire camerounais.
Le Minfi confirme ainsi, après l’Adg de la Snh en fin d’année 2009, l’intention de l’Etat du Cameroun d’accroître ses retombées du pipeline Tchad-Cameroun.
Sauf que, cette fois-ci, le grand argentier national, lui, a dévoilé les plans du gouvernement. A l’en croire, Il ne va pas s’agir de changer le mode de calcul de ce droit de transit ou de revoir à la hausse l’unité de calcul, mais simplement de recevoir «l’équivalent [dudit droit] en pétrole». Traduction : l’Etat du Cameroun souhaite désormais que les fonds représentant le droit de passage du pétrole camerounais sur le territoire camerounais, qui lui sont payés par Cotco, ne soient plus verser en espèces, mais en terme de baril de pétrole.
A l’analyse, cette posture gouvernementale suppose deux possibilités. D’abord, celle par laquelle les membres du consortium Exxon-Mobil-Petronas, actionnaires majoritaires de Cotco et titulaires de contrats de partage de production avec la Snh, seraient invités à vendre à l’Etat une quantité de pétrole correspondant au montant du droit de transit. Le risque ici étant de voir les pétroliers céder leur pétrole au prix de référence sur le marché international. L’autre possibilité, certainement la plus avantageuse, est de voir les membres du consortium ajouter à la part de pétrole qui revient déjà à la Snh selon les contrats de partage de production, un surplus de baril qui équivaudra au montant du droit de transit. Il reviendra alors à la Snh, bras séculier de l’Etat du Cameroun dans le secteur pétrolier, de revendre elle-même cette cargaison sur le marché international, en tirant profit de la fluctuation des coûts du baril. Ce qui permettrait d’engranger plus d’argent.
Justice économique
En effet, selon un communiqué publié au terme de la réunion du Comité de pilotage et de suivi des pipelines (Cpsp) qui s’est tenue le 24 novembre 2009, le Trésor public camerounais n’avait engrangé que 66,7 milliards de Fcfa depuis la mise en service du pipeline Tchad-Cameroun en octobre 2003. Alors que trois ans seulement après la mise en service de cet oléoduc, le consortium des sociétés américaines Exxon-Mobil-Petronas qui a construit et gère (à travers Cotco) le pipeline Tchad-Cameroun a réussi à amortir la totalité de ses investissements (l’ouvrage a coûté plus de 1600 milliards de Fcfa), et économisé 2300 milliards de Fcfa. Aussi, l’Adg de la Snh, Adolphe Moudiki, par ailleurs président du Cpsp, avait-il dénoncé fin 2009 lors de l’installation du nouveau Dg de Cotco, le caractère «inversement proportionnel» des bénéfices engrangés par le Cameroun, comparés aux gains réalisés par le consortium en si peu de temps. D’où, avait-il indiqué, la nécessité de «réviser le contrat portant sur les droits de transit de l’oléoduc tchadien», afin de rétablir ce qu’il a appelé «la justice économique».
B. R. M.