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Incendie : Du feu aux Finances

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minefiQuatre bureaux de la Division du Trésor du ministère des Finances ont été réduits en cendres vendredi 1er juillet à 22 h 30. Les pertes sont importantes. A cette heure de la nuit, le quartier froid et austère du centre administratif qui abrite la plupart des édifices publics était endormi.
De temps à autre, un véhicule passait à vive allure dans cette rue principale encombrée de journée qui longe la verticale de l’ancienne présidence de la République, aujourd’hui, Musée national des arts.

Soudain, une odeur suffocante traverse les ruelles qui serpentent les différents bâtiments ministériels. L’odeur du plastique et de tôle brulés, atteint les vigiles de la compagnie de sécurité Gs qui veillent sur les différents bâtiments publics du secteur. Du coup, du bâtiment principal du ministère des Finances dont les deux flancs font face, l’un au ministère de la Justice, l’autre au Projet linguistique des services de la présidence de la République, se dégage une lente fumée suivie d’une odeur étouffante. «C’est un incendie !», s’exclame un vigile dont la guérite, face à un imposant bâtiment, observe en journée, les mouvements des employés du ministère de la Justice. Ce gardien à la chemise blanche immaculée, de sa phonie de service, avise sa hiérarchie du début du sinistre.

La nouvelle fait le tour des domiciles des hauts responsables des Finances et de sécurité de la ville ; Essimi Menyé, le ministre des Finances arrive en personne sur les lieux. Il pénètre son ministère par l’entrée principale côté Projet linguistique. Deux camions citernes des sapeurs pompiers font aussi leur apparition, sirène au vent.
Pendant que l’un entre par le portail côté ministère de la Justice, l’autre camion pénètre par l’entée principale. Comme s’il s’agissait de gérer un mystère, les deux robustes portails se referment derrière les camions des sapeurs pompiers. Un cadre des Finances arrivé sur les lieux avant son ministre, avertit en sourdine : «le ministre vient de prescrire qu’on ne donne aucune information à la presse, et qu’on ne laisse prendre aucune photo de tout ce qui se passe ici ! ».
Pendant que d’un côté les sapeurs pompiers peinent à faire entrer leurs matériel de travail, de l’autre côté, une bouche d’incendie du côté de l’entrée qu’emprunte régulièrement le ministre des Finances, permet de ravitailler dans de bonnes conditions le camion citerne qui avait déjà pris sa position idéale pour arroser les zones à feu.

Court circuit
Des informations puisées à bonne source sur ces lieux où le silence est de règle, font état d’un court circuit qui aurait déclenché le sinistre à partir du sous-sol jusqu’au premier niveau du premier du bâtiment principal. Le premier bilan fait état de 4 bureaux abritant les services des analyses de la Division du Trésor qui ont été complètement calcinées par ce court circuit.
Cette patrie de la Division du Trésor, très stratégique selon un haut cadre des Finances, permet d’effectuer des cadrages de trésorerie pour assurer la paierie générale des de toutes les dépenses de la République. Elle est aussi le lieu où s’effectuent des analyses multiformes et le brassage de beaucoup de documents qui viennent d’autres directions du ministère des Finances.
Cette division de la Trésorerie est une extension de l’ex- Direction du Trésor qui, compte tenu de l’augmentation des besoins, avait éclaté en deux divisions opérationnelles : l’une s’occupe des paiements, et l’autre des recouvrements. Plus d’une dizaine d’ordinateurs sont partis en fumée, des quantités importantes de dossiers papier se sont transformées en cendres.
Selon un cadre rencontré sur les lieux, il s’indignait qu’en deux ans, la même division a connu trois incendies similaires à celui de vendredi ; que malheureusement, aucune mesure appropriée n’a été prise pour qu’on remédie à ces défaillances d’installations électriques. Il déplore par ailleurs la nature de contrat qui lie les Finances à Aes Sonel. Ce contrat, selon ce cadre, n’oblige pas Aes Sonel à effectuer des travaux au-delà du compteur. En d’autres termes, le client est responsable, même dans sa méconnaissance des circuits électriques, de tout ce qui adviendrait dans sa concession domestique ou professionnelle.
Jusque tard dans la journée d’hier, les responsables au ministère des Finances n’avaient pas entièrement évalué tout le poids du sinistre subit par cet incendie.

Silence !

Essimi Menyé, le ministre des Finances est arrivé très vite sur le lieu de l’incendie. Certains de ses principaux collaborateurs parmi lesquels Serge Abouèm, le directeur du Trésor se sont rendus également sur les lieux. Même la police et quelques éléments de la gendarmerie qui veillaient au moindre geste des curieux et de passants, avaient tenu à respecter à la lettre les consignes du ministre Essimi Menyé : «que rien ne filtre en information, qu’une seule prise de vue ne soit tolérée».
Un vigile de la compagnie Gs qui refermait un portail derrière une camionnette de sa société, et celui des sapeurs pompiers, à la question de savoir à quel niveau le sinistre s’était déclaré, ce gardien de nuit s’est exclama comme si on lui demandait de révéler en brisant les consignes, le secret de fabrication d’une bombe atomique ! Il leva les bras vers le ciel en s’écriant : «Je n’en ai aucune idée !».

Pourtant, dans la ville de Yaoundé et au de là de nos frontières, la nouvelle a fait l’effet d’une bombe : «le ministère de Finances du Cameroun a pris feu !». Cela n’est autre chose qu’une réalité. Que cet incendie rapidement maîtrisé par nos sapeurs pompiers relève d’un acte criminel d’un fraudeur qui tient à faire disparaitre les traces de ses actes, qu’il s’agisse d’un geste de pyromane malade mental ou tout simplement d’un malheureux court circuit, il serait impossible de ne pas reconnaitre que quelque chose s’est passée en ces lieux et en ce jour et à cette heure. Essimi Menyé aurait gagné, après s’être rendu sur les lieux, à faire un briefing aux médias pour expliquer ce qu’il a vu, ce qui s’est passé et ce qu’il compte faire après ce sinistre.
Voilà en quoi se ramène la communication de nos jours. Faite de cette manière, elle supprime la rumeur et la spéculation, elle installe la transparence et la confiance. Ce que fait le gouvernement, ce qui se passe au sein du gouvernement ne relève pas toujours du vaudou où seuls quelques prêtres initiés ont le droit de tout savoir et l’obligation de ne rien dire.

Générer les gens dans l’opacité ne correspond plus à la modernité et à la société du village planétaire dans lequel nous vivons aujourd’hui. L’utilisation de la communication stratégique et de celle liée à l’image institutionnelle, ne tient pas d’un décret présidentiel. Elle est l’initiative d’un gouvernant moderne, ambitieux, qui décide de rendre son travail transparent et ouvert aux citoyens pour lesquels il est supposé avoir été appelé à travailler. Essimi Menyé à qui une certaine opinion crédite pourtant de l’onction de modernité acquise outre Atlantique dans la grande finance internationale, devrait prêcher cette modernité, à moins qu’il ait été rattrapé une fois revenu au bercail, par l’Omerta national, auquel le pouvoir camerounais se caractérise. Plus de quarante huit heures après que ses bureaux soient partis en fumée, on attend toujours que l’argentier national dise aux Camerounais qui ont le droit de savoir, ce qui s’est effectivement passé ce vendredi 1 er juillet au sous-sol et au rez de chaussée du bâtiment principal du ministère des Finances.
Un sous-directeur refusant de répondre aux questions que nous lui posions, se débina avec ces termes : «rassurez-vous, le ministre fera quand il le voudra, une conférence de presse et il vous dira tout» ! Inch’alla !

Xavier Messè
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