La famille André Fouda opposée à Tsimi Evouna



Le chef de l’Etat camerounais Paul Biya accédait ainsi à une requête du chef de la famille du maire décédé en 1980. Yaoundé, lieu-dit Carrefour Warda hier après-midi. Le buste d’André Fouda Ombga, délégué du gouvernement de la commune de plein exercice de Yaoundé entre 1967 et 1980 est soigneusement recouvert de plastique, non loin de l’espace qui lui est dédié.
L’ouvrage, conçu et réalisé par le sculpteur Docrate Mbangou, devait pourtant être dévoilé vendredi dernier après la tenue de la session du conseil de la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy) consacrée au compte administratif de l’exercice 2010. Mais, comble de surprise, la délibération N°10 portant «approbation de la dénomination Espace André Fouda» n’a pas été examinée, encore moins votée. Approché à la fin du conseil de communauté, un grand conseiller, à l’évocation de la 10e délibération recalée, lâche sans ambages : «Cette délibération avait trait à l’Espace Fouda. La famille Fouda a saisi le chef de l’Etat pour l’annulation de la l’inauguration du buste de Fouda. C’est pour cela que elle n’a pas été votée».
Sur cette question, un proche de Tsimi Evouna reconnaîtra qu’ «Augustin Fouda [le chef de la famille du défunt, ndlr] a saisi le Premier ministre, qui a saisi à son tour le chef de l’Etat, pour que le buste de son père ne soit pas dévoilé aujourd’hui. Augustin Fouda affirme que M. Tsimi Evouna a choisi un espace qui abritait par le passé des toilettes publiques pour y ériger un monument à André Fouda. Mais en réalité, son opposition est motivée par la décision du délégué de fermer le Tennis Club de Yaoundé dont il est le directeur, que ce dernier considère comme sa cacaoyère personnelle, pour des travaux de réhabilitation».
La cérémonie d’inauguration de l’ «Espace André Fouda» cédera dès lors la place à un repas convivial, en présence du préfet du Mfoundi, Jean Claude Tsila, et d’une bonne brochette de notabilités de ce département : Cécile Bomba Nkolo, André Mama Fouda Omgba, Augustin Thierry Edjoa, Zacharie Noah et… Marie Madeleine Fouda, la belle-s?ur du «frondeur». Le buste du maire disparu ne sera guère dévoilé et la visite guidée de l’Espace André Fouda se limitera au côté commercial. De même, le discours de circonstance de Tsimi Evouna, consigné dans la plaquette de l’évènement, ne sera pas prononcé.
Tennis Club
Dans une correspondance adressée à l’édile de Yaoundé le 19 mai dernier, Augustin Fouda Onambélé Mbazoa, le chef de la famille André Fouda, expliquait déjà son opposition. Après avoir déroulé les hauts faits d’armes de son père pour la modernisation de la capitale et déploré le manque de concertation préalable entre la Cuy et la famille Fouda au sujet du projet querellé, il avait fait savoir à Tsimi Evouna : «On peut donc naturellement s’interroger sur le décalage entre celui que vous honorez et le choix de l’édifice que vous lui consacrez, car il s’agit d’un espace public réservé au commerce général avec en prime un café-restaurant au deuxième niveau, au lieu-dit Warda. Cet espace correspond-il à la stature et à l’oeuvre d’André Fouda ? Est-ce une malveillance ? S’agit-il d’une ignorance ou d’une maladresse?», s’interroge Augustin Fouda, pour qui le buste d’André Fouda devait plutôt être érigé à l’entrée de la Cuy.
En réaction à cette lettre, Gilbert Tsimi Evouna écrit : « J’ai l’honneur de vous rappeler que la dénomination des Places de la ville de Yaoundé s’opère par délibération du conseil de communauté. Si les membres de la famille estiment que le feu délégué Fouda André mérite mieux, alors au Conseil d’apprécier. Pour ma part, j’ai appris «qu’un tiens vaut mieux que deux tu auras».
S’agissant du lien entre cette l’affaire du buste d’André Fouda et la fermeture provisoire du Tennis club de Yaoundé, que le délégué avait fixée le 1er juin dernier, Augustin Fouda souligne : «le Tennis Club de Yaoundé est une association créée en 1950. Cette association a signé en 1963 une convention avec la Communauté urbaine afin qu’elle lui concède un espace de 3800 mÇ pour construire un Tennis club. Je ne considère donc pas cela comme un patrimoine personnel. Mais en qualité de président du Club, je dois défendre les intérêts de cette association. Après la sommation du délégué, nous lui avons adressé des correspondances pour savoir le type et la durée des travaux ainsi que l’avenir du Club. L’association a quand même investi près de 500 millions Fcfa dans cette affaire ! Nous avons dit au délégué, d’accord pour la réhabilitation, mais associez nous. Malheureusement, il n’a pas daigné nous répondre».
Le fils Fouda indique du reste qu’il s’agit-là de deux affaires distinctes entre lui et la Cuy. «Je défends les intérêts de la famille Fouda d’un côté et de l’autre les intérêts d’une association…», rouspète-t-il. Une conciliation entre les deux parties est annoncée dans les prochains jours. Le buste du premier maire de la capitale politique du Cameroun, lui, continue d’attendre dans des emballages plastiques.