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Léthargie
La Fecafoot, du moins celle qui est dirigée depuis 13 ans par Iya Mohammed a été longtemps pointée du doigt comme le principal responsable de la déconfiture de notre sport roi. Entre amateurisme et manque de vision prospective, l’instance faîtière de notre football a multiplié des bourdes tant sur le plan de la gestion administrative que du management sportif.
Depuis 10 ans, au moins, des voix se sont élevées pour dénoncer la maffia du milieu footballistique camerounais. Mais, face aux critiques de plus en plus virulentes de certains analystes, la Fécafoot, renforcée par une prétendue indépendance conférée par la Fifa, a souvent choisi de faire la sourde oreille quand elle n’engage pas une chasse aux sorcières pour réduire au silence ses « détracteurs.» Même le ministère des Sports et de l’Education Physique qui aurait dû jouer son rôle de tutelle en veillant au développement de notre mouvement sportif et au respect des cahiers des charges de la Fecafoot a clairement affiché son in… face à une association qui a su, au fil des ans, développer, une incroyable capacité d’embrigadement vis-à-vis des différents ministres en charge des sports.
Révolution ?
Mais, depuis le 04 juin 2011, les choses semblent bouger dans le microcosme footballistique camerounais. Certains indicateurs donnent à penser qu’une révolution est entrain de s’opérer au profit de notre sport roi. C’est d’abord le président de l’Assemblée nationale qui a donné le signal de ce qui apparait aux yeux de certains observateurs avertis comme les prémices d’une refondation de notre football.
En effet, dans son allocution d’ouverture de la session encours, Cavaye yegue Djibril n’a pas été tendre envers Iya Mohammed. Même si le président de l’Assemblée nationale a semblé marquer son intérêt pour la Sodecoton. Certains observateurs pensent que ce que d’aucuns qualifient de désaveu à l’endroit du Président du parlement n’est en réalité qu’une mise au point que le gouvernement, à travers le Vice Pm en charge de l’Agriculture et du Développement Rural, entendait faire pour indiquer les véritables enjeux du discours de L’honorable Cavaye Yegue Djibril. En réalité, le ministre Jean Kueté pense que « L’heure est mal venue de diviser les paysans, de mettre en cause les responsables de la société; la Sodecoton mérite d’être félicitée pour tous les efforts qu’elle déploie. Le déficit qu’elle a accumulé ces dernières années ne dépendaient pas du management, puisque des agriculteurs ont pris des avances sur la production, ont bénéficié du matériel et des techniciens de la Sodecoton et sont quand même allés vendre leur production à l’étranger ; comment faire dans ces conditions ? Aujourd’hui il est utile de jouer en rangs serrés en amenant les agriculteurs à faire confiance à nouveau en la Sodecoton.»
Un message qui, bien décrypté, pourrait signifier que Iya Mohammed ne devrait pas être mis en cause pour ce qui est de la gestion de la Sodecoton. Mais la colère de Cavaye Yeguié garde tout son sens lorsque le Président de l’Assemblée nationale précise que la Sodecoton doit être confiée à « des hommes disponibles, qui ne sont pas partagées entre les passions populaires et la gestion de l’entreprise, le coton ne saurait se gérer à distance. Il faut remettre le coton sur la trajectoire normale.» En clair, Iya Mohammed doit se débarrasser de ses fonctions à la Fecafoot pour s’atteler à instaurer un climat de confiance entre les agriculteurs et l’entreprise qu’il dirige depuis plus de 25 ans.
Le cas Eto’o
Le deuxième indicateur qui pourrait soutenir l’idée d’une révolution est venu de Samuel Eto’o. Dans un premier temps le capitaine des Lions a révélé au cours d’une interview sur Stv qu’il ne reçoit pas ses primes depuis 03 ans. Des accusations assez graves qui ont obligé le ministre Michel Zoah a initié une enquête administrative pour faire la lumière sur ce qui pourrait être un détournement. Ensuite, l’attaquant de l’Inter Milan est sorti la semaine dernière de sa réserve habituelle pour adresser une lettre au président de la Fecafoot dans laquelle il critique vertement la gestion d’Iya Mohammed.
Parlant du management de l’équipe nationale, Samuel Eto’o affirme que « dans nos clubs respectifs, nous côtoyons des internationaux d’autres nationalités (…) Ils disposent d’un calendrier complet, précis et détaillé de leurs équipes nationales respectives. Pour notre cas, nous allons de programmation au jour le jour en annulations, de matches négociés à la dernière heure en regroupement sans matches. »
S’il est vrai que les maux décriés par le capitaine des Lions sont bien connus de tous les critiques du football camerounais, il n’en demeure pas moins vrai que la démarche de Samuel Eto’o étonne par sa singularité. De fait, Samuel Eto’o est le premier capitaine des Lions indomptables à avoir osé « défier » publiquement les dirigeants de la Fecafoot. Du coup, certains observateurs n’ont pas hésité à rapprocher la lettre du quadruple ballon d’or africain et sa sortie sur Stv à l’allocution de l’honorable Cavaye Yegue Djibril. Il se susurre que Samuel Eto’o ne serait pas le véritable instigateur de ces diatribes. Certaines indiscrétions y voient l’œuvre des pouvoirs publics qui, dans la continuité de l’action engagée par le Président de l’assemblée nationale, ont décidé de prendre le taureau de la Fécafoot par les cornes et insuffler une nouvelle dynamique à notre football. Selon toute vraisemblance le rouleau compresseur de l’Etat est en marche. La stratégie mise en place ne laisse aucune chance à Iya Mohammed. C’est dans cette logique d’encerclement que les auditions ont eu lieu. Des auditions qui se situeraient dans le cadre d’une enquête diligentée depuis 2005 par des responsables de la police judiciaire et ceux du contrôle supérieur de l’Etat ; suite à une plainte déposée par le gouvernement camerounais pour des faits de présomptions de malversations financières dans la gestion de la manne financière issue des participations des Lions indomptables aux différentes compétitions internationales, notamment aux six coupes du monde de football. Les faits parlent d’eux-mêmes.
Ive Tsopgue
