Camerounisation des Dg :Une proposition du Sdf bloquée à l’Assemblée nationale



Le président de l’Assemblée nationale piétine manifestement le règlement intérieur de la Chambre. En refusant d’inscrire à l’ordre du jour la proposition que le Sdf y a déposée depuis plusieurs sessions ordinaires à l’attention des députés.
Le député Sdf de Wouri est et vice président du groupe parlementaire du Social Democratic Front (Sdf) à l’Assemblée nationale du Cameroun, Jean Michel Nintcheu, a saisi le président de la Chambre, Djibril Cavaye Yeguie, en fin de semaine dernière pour lui rappeler le respect du règlement intérieur de l’institution. Notamment l’article 27 alinéa 3 qui stipule que « lorsqu’à l’issue de deux sessions ordinaires, une proposition de loi n’a pas été examinée, celle-ci est de plein droit examinée au cours de la session suivante ».
Or, il se trouve qu’à l’ouverture de la session de mars 2010, le parlementaire avait déposé à l’Assemblée une « Proposition de loi relative à la camerounisation des postes de directeurs généraux des grandes entreprises stratégiques et à la protection des entreprises à capitaux camerounais ». Depuis lors, les sessions de juillet et de novembre 2010 se sont déjà tenues, ainsi que celle de mars 2011. Une semaine après le début de la session en cours, pas toujours l’ombre de cette proposition de loi, « alors qu’entre temps, plusieurs textes sont arrivés chez les députés et sont passés comme lettres à la poste », relève un député.
Jean Michel Nintcheu fait remarquer aussi que de grands chantiers miniers et portuaires sont annoncés au cours des prochaines années : le barrage de Lom Pangar, le port en eau profonde de Kribi, le barrage de Memve’ele, la centrale à gaz de Kribi, le gisement de fer de Mbalam, la construction de la mine de cobalt, nickel et manganèse de Nkamouna, le gisement diamantifère de Mobilong… Il relève que « plusieurs entreprises stratégiques sont dirigées par des non nationaux : Camrail, Socapalm, Hevecam, Campost, Camair-co, Cimencam, Orange Cameroun, Mtn Cameroun, Chanas Assurances, Sgbc, Bicec, Scb-Crédit agricole. La liste est loin d’être exhaustive ».
Il fait aussi ce constat concernant plus de 50% des grosses entreprises établies au Cameroun. Il se demande comment des Camerounais qui ont si bien dirigé avec succès des entreprises au Cameroun pendant la première et le début de la deuxième République peuvent subitement être considérés comme des incapables, au point que sous prétexte de réhabiliter les entreprises en difficulté, il faille exclusivement recourir à l’expertise des non-camerounais.
Il soutient ainsi à travers quelques cas et prend l’opinion à témoin qu’au Cameroun, chaque fois que l’on a nommé à la place qu’il faut l’homme au profil qu’il faut, les résultats ont été généralement satisfaisants. Il cite pour exemples la Société anonyme des Brasseries du Cameroun, la Société nationale d’Investissement, Aes Sonel, la Société National de Raffinage.
Selon lui, le cas d’Aes Sonel est édifiant parce que « cette entreprise stratégique a été dirigée par deux dirigeants non nationaux – dont les passages ont été décriés - et un camerounais qui a fait ses preuves au point d’occuper à deux reprises et de façon alternée le poste de directeur général de cette entreprise stratégique ». Pour Jean Michel Nintcheu, cette proposition de loi participe à la fois d’une démarche pédagogique, psychologique et économique : « pour redonner de l’espoir à tous nos jeunes compatriotes qui ont été formés à coup de centaines de milliards de Fcfa par l’Etat du Cameroun. Parce qu’un Camerounais qui occupe un poste de Directeur général dans une entreprise importante prend en charge au minimum 10 familles ; parce qu’il ne faudrait pas que les Camerounais aient l’impression que quelle que soit leur compétence, ils ne pourront jamais accéder au poste de directeur général des entreprises disposant d’un chiffre d’affaires de plus de 20 milliards de Fcfa ou de celles dans lesquelles l’Etat détient des parts d’actions ». Au sein du groupe parlementaire du Sdf, on était convaincu de la pertinence de cette proposition de loi. Mais les sceptiques se rappelaient aussi que le parlementcamerounais avait rarement pris en compte de telles propositions, surtout venues de l’opposition.