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44 ans après… Le « fer de lance de la nation » se rouille

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dfilLa fête nationale de la jeunesse au Cameroun est un moment de grandes célébrations et de réjouissances. Cependant, les idéaux qui gouvernaient l’implémentation de cette fête en 1966 sont-ils encore d’actualité ? Au moment où les pays africains dont le Cameroun célèbrent leur cinquantenaire, il nous parait impérieux de marquer un temps d’arrêt sur cette manifestation nationale.

Entre 1950 et 1960 à l’époque du fédéralisme, au Cameroun Occidental, était célébré « The youth day » (la journée de la jeunesse) dont l’origine était tirée d’un autre événement « Empire day » (journée de l’Empire) qui couronnait l’anniversaire de la Reine d’Angleterre. Cette journée avait pour symbolisme le renforcement de l’empire britannique. C’est en faveur du rapport d’une mission d’observation du service de la jeunesse, du commissariat à la jeunesse, à l’éducation et aux sports qui s’était rendue en 1965 au Cameroun Occidental que les autorités fédérales décidèrent de consacrer une journée nationale à la jeunesse pour « magnifier le rôle important de celle-ci ».

Ainsi la date du 11 février est choisie en souvenir du référendum du 11 février 1961 qui a vu la partie méridionale opter pour le rattachement au Cameroun francophone indépendant depuis 1960. Dès 1966, la fête de la jeunesse, institution uniquement anglophone à l’origine, devient nationale. Cette célébration remonte donc à la Réunification.

11 février : son importance sur le papier

Au départ, les idéaux étaient louables et dignes de considération. La fête de la jeunesse est une manifestation de l’intérêt que les pouvoirs publics ont toujours accordé à la jeunesse. Le brassage des jeunes tout en cultivant le sens de l’amitié et de la fraternité, la prise de conscience en passant par la mobilisation, l’éclosion des talents, la rectitude morale, le sens de la créativité sont autant de principes qui ont été les leitmotivs de cette célébration.

Selon les autorités camerounaises, l’importance et la nécessité d’un tel événement était sous-tendues par « la valorisation et le développement des savoirs, savoir-être et savoir-faire ». Le fair-play, l’honnêteté et le respect sont autant de valeurs que les pères fondateurs ont voulu véhiculer par le truchement de la fête nationale de la jeunesse. Cette dernière, représenterait aussi une tribune où les jeunes seraient écoutés. « Il revient donc à la jeunesse de profiter de cette manifestation pour présenter ses problèmes et ouvrir une brèche sur leur solution », précise les documents du ministère de la Jeunesse (MINJEUN). Par ailleurs, toujours d’après ces documents, « c’est une occasion de considérer les parents comme étant le premier rempart contre les fléaux tels que la drogue, la criminalité, la prostitution et la violence ». Sur le papier, on le voit bien, la jeunesse est l’objet de l’attention des gouvernants. Seulement, depuis 1966, la réalité est toute autre.

« Le fer de lance », parent pauvre de la nation

Quarante quatre ans après, le bilan n’est guère reluisant pour la jeunesse. Dans leur grande majorité, les jeunes sont des laissés pour compte. L’amitié et la fraternité ont laissé place au tribalisme et au népotisme dont les jeunes sont les principales victimes : les concours d’entrée à la Fonction publique et aux grandes Ecoles sont aux plus offrants. A la rectitude morale, la société offre la corruption, la « promotion canapé » et le détournement de derniers publics. La « faymania » et le gain facile d’argent sont érigés en modèle. Les rues de la République sont bondées de jeunes diplômés désoeuvrés et soumis au chômage.

Ces sans-emploi sont toujours aussi nombreux chaque jour un peu plus. Le secteur de l’informel devient le refuge des jeunes gens issus d’institutions sérieuses de formation tels que l’ESSEC, polytechnique et d’universités. Tous ou presque se recrutent parmi les « benskineurs » et les vendeurs à la sauvette. Les familles quant à elles n’ont plus de mainmise sur l’éducation de leur progéniture. D’où la recrudescence de la dépravation des mœurs. L’extrême pauvreté a pour corrélation la résurgence du grand banditisme. Le tableau est davantage sombre pour les jeunes.

Le « fer de lance de la nation », se rouille, il broie du noir ! Les pouvoirs publics sont conviés à se réapproprier ces idéaux qui ont présidé à l’instauration de la fête de la jeunesse. La commémoration du cinquantenaire devrait également être une occasion pour un examen minutieux de la situation précaire de la jeunesse camerounaise. Il est quasiment impérieux et nécessaire de remettre en question les approches et démarches actuelles pour céder place à des politiques plus audacieuses et réalistes dénuées de démagogie et de clientélisme. Faute de quoi, l’avenir de la jeunesse, in fine, de toute la nation, ne pourrait être qu’hypothétique et compromis.
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