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Plusieurs voitures cassées, des policiers blessés et des manifestants molestés pendant l’affrontement qui a opposé des milliers de jeunes aux forces de l’ordre à l’issue du match Cameroun – Sénégal. Les forces de police et de gendarmerie ont eu chaud samedi, peu après le match nul des Lions Indomptables contre ceux de la Téranga.« Eto’o mouilleur, Eto’o mouilleur », scandent ces jeunes, visiblement remontés contre le capitaine des Lions Indomptables, coupable, à leurs yeux, d’avoir manqué un pénalty en toute fin de rencontre. Des bandes de jeunes ont violemment déshabillé tous les supporters, hommes comme femmes, qui se trouvaient dans les parages, vêtus d’un maillot à l’effigie d’Eto’o. Des maillots ensuite déchirés par la foule.
Les Lions Indomptables, eux, sont encore à l’intérieur du stade. Les manifestants menacent d’y entrer pour les déloger, mais la police et la gendarmerie forment un cordon de sécurité assez dissuasif. Le grand bus des Lions Indomptables, lui, a été mis à l’abri. Les dirigeants de la Fécafoot ont senti le roussi.
Aux environs de 18h15, une pluie de pierres s’abat sur les forces de l’ordre. La police réplique. Quatre camions antiémeute chargés d’eau se mettent aux trousses des manifestants. Ils sont pulvérisés, mais se mettent à l’abri et reviennent encore plus déterminés. Encore des pierres et toutes sortes de projectiles qu’ils ramassent. Les véhicules qui tentent de passer sont pris pour cibles par ces jeunes. Des pare-brises d’une dizaine de voitures sont caillassés, des policiers blessés. En riposte, quelques jeunes manifestants sont arrêtés et molestés.
La nuit est tombée. La grogne des jeunes n’arrête pas. Ils sont de plus en plus nombreux et excités. L’affrontement entre ces jeunes et les forces de police a lieu maintenant dans la pénombre. Toute l’esplanade du stade omnisports, de la station Texaco jusqu’à la Mobil, n’a pas d’éclairage public. Dans le noir, la tâche de la police n’est que plus compliquée. Surtout qu’il n’y a plus d’eau dans les camions antiémeute de la police.
Marabouts
Ces camions, dans la pénombre, pourchassent des jeunes qui risquent d’être écrasés à tout moment. Mais rien n’y fait. Comme s’ils s’étaient passé le mot, les manifestants, qui sont visiblement âgés de 15 à 23 ans, n’en démordent point. Ils continuent de jeter des pierres sur les forces de l’ordre qui sont obligées de fuir pour se retrancher dans le stade, à l’abri des projectiles.
Les policiers, face à la furie des manifestants, sont obligés de sortir les grands moyens. Avec le renfort de la gendarmerie, plusieurs tirs de bombes lacrymogènes retentissent dans le ciel. Le nuage de fumée que provoque ces bombe couvre toute l’esplanade de Mfandena, théâtre des émeutes. L’odeur est pestilentielle et, surtout, le gaz pique les yeux de ceux qui sont sur les lieux. Les insurgés, eux, replient. Ils se réfugient derrière des bâtiments environnant le stade, le temps que l’odeur se dissipe et les voilà de retour. Avec des cailloux. Les échauffourées recommencent de plus belle.
Aux environs de 19h30, ils allument des pneus autour desquels ils sont réunis. Ils apprennent que les Lions Indomptables ont quitté le stade, discrètement, selon certaines sources, dans un bus de la police. Le parcours a été détourné, question de fuir la furie des supporters. Au lieu de passer par Elig Edzoa où l’ambiance est elle aussi très tendue, les Lions sont passés par Essos pour rejoindre, hués, leur hôtel.
Ainsi s’est achevée une journée qui avait mal commencée. Un peu comme le 8 octobre 2005, lorsque le Cameroun se faisait éliminer de la Coupe du Monde 2006 par l’Egypte (1-1) avec un pénalty manqué de Pierre Womé en fin de match. Ce matin-là, il avait plu des cordes à Yaoundé. Samedi matin, quelques heures avant le match contre le Sénégal, le ciel de Yaoundé a pleuré. Une grande pluie que les plus optimistes ont qualifiée de bénédiction pour Samuel Eto’o et ses coéquipiers. Pour les adeptes d’une certaine mystique par contre, cette pluie est un mauvais signe. « La pluie a essuyé tout le travail que les marabouts ont fait. C’est mauvais. Je ne sens pas ce match », a confié un adepte de ces pratiques peu cartésiennes qui font le quotidien des Lions Indomptables.
Jean-Bruno Tagne
