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Dominique Strauss-Kahn plaide non coupable des crimes sexuels dont il est accusé

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DSK_SAINCLAIR_0Dominique Strauss-Kahn s’est déclaré non coupable des sept chefs d’accusation de crimes sexuels pour lesquels il est inculpé, lors de l’audience préalable lundi 6 juin 2011 au tribunal de Manhattan. L’ex-directeur du FMI et ses avocats ont donc décidé d’aller jusqu’au procès. La prochaine audience a été fixée au 18 juillet.

 

C’est sous les huées de manifestantes en tenue de femme de chambre que Dominique Strauss-Kahn est entré au tribunal de New York, au bras de son épouse Anne Sinclair lundi 6 juin pour l’audience préalable durant laquelle le juge Michael Obus lui a lu les sept chefs d’accusation retenus contre lui. Comme l’un de ses principaux avocats, Benjamin Brafman, l’avait laissé entendre la semaine dernière dans la plusieurs médias, l’ancien directeur du FMI a choisi de plaider non coupable.

 

Il a rejeté les uns après les autres les faits dont l’accuse Nafissatou Diallo une femme de ménage de 32 ans d’origine guinéenne employée du Sofitel de New York qui a déclaré dans le rapport de police avoir été séquestrée et violée le 14 juin dernier dans la suite 2806 de l’hôtel. L’audience, très formelle, n’a duré que quatre minutes et l'ancien directeur du Fonds monétaire international a ensuite pu regagner l’appartement de Franklin Street où il est assigné à résidence sous haute surveillance. Cette décision de plaider non coupable signifie qu’il y aura un procès civil dont on devrait connaître la date lors de la prochaine audience qui a été fixée au lundi 18 juillet par le juge.

 

Pas de date pour le procès

Dominique Strauss-Kahn risque jusqu'à 74 années de prison s’il est reconnu coupable à l’unanimité par les douze jurés qui décideront de son sort. Les avocats de la défense vont désormais s’attacher à démontrer que la relation entre la plaignante et leur client était consentie. Ils vont poursuivre leurs enquêtes pour réunir des éléments susceptibles de mettre en doute sa parole lors du procès. « Il va apparaître clairement qu'il n'y a pas d'élément fort montrant qu'il y a eu contrainte dans cette affaire a affirmé Benjamin Brafman à sa sortie du tribunal. Toute suggestion du contraire n'est tout simplement pas crédible ».

 

 

La défense va aussi contester toutes les preuves de l’accusation: les tests de l'ADN de DSK relevés dans la chambre, les expertises médicales, les vidéos de surveillance de l’hôtel mais aussi les rapports de police pour faire en sorte que ces preuves ne soient pas utilisables pendant le procès. De son côté, l’accusation a affirmé que la plaignante, « une femme respectable » serait présente au procès. ««L'idée selon laquelle la victime serait consentante est absolument ridicule » a précisé l’un de ses avocats Kenneth Thompson. Elle tient à ce que vous sachiez que tout l'argent ,le pouvoir et l'influence de Dominique Strauss-Kahn aux quatre coins du monde ne pourront pas changer ce qu'il s'est réellement passé dans cette chambre d'hôtel. La vérité éclatera au grand jour»» a-t-il poursuivi.

 

Selon la loi américaine, la défense peut changer de stratégie à tout moment et décider de plaider coupable afin de trouver un terrain d'entente avec l'accusation pour une peine minorée.

Pierre Hourcade, avocat international

Que se passera-t-il d’ici au 18 juillet ?

D’ici là, le match va commencer. On va commencer, de chaque côté, à amasser des preuves, des témoignages et des expertises. Chaque partie va faire ce que l’on appelle des « motions », c'est-à-dire des requêtes auprès du juge pour essayer d’exclure, par exemple, certaines investigations ou certaines preuves que le procureur voudrait introduire. On est dans une procédure accusatoire et le juge va décider de ce qui sera présenté au jury ou pas. Dans cette phase qui s’ouvre, les parties vont préparer leurs « evidences » (preuves) sous l’autorité du juge qui va être l’arbitre final de ce que les douze jurés auront à voir. Quand le procès commencera, les douze jurés sont d’ailleurs sensés de pas connaître l’affaire. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que l’on était, jusque là, dans le temps de l’accusation. C’est la raison pour laquelle la procédure avait paru jusqu’à présent très favorable à l’accusation. On est désormais dans le temps de la défense et l’on va se rendre compte que la justice new yorkaise est assez favorable à la défense et qu’elle lui permet, quand l'accusé en a les moyens – et c’est le cas ici – de développer sa stratégie. Et bien souvent, d’obtenir des acquittements.

Jusqu’au bout, chaque partie pourra sortir de son jeu une nouvelle carte ?

Absolument. En la communicant évidemment à la partie adverse. Au fur et à mesure que le procureur et les avocats vont amasser des preuves, l’autre partie s‘efforcera de demander à ce qu’on ne les publie pas. C’est une sorte de poker menteur qui s’engage dorénavant. Et c’est ce qui pourrait nous amener vers un marchandage entre les deux camps. Si la victime par exemple se démonte et est décrédibilisée par les avocats de DSK, on peut penser que le District Attorney (procureur) dise : « stop, je vais me contenter de quatre ou cinq ans de prison ». Et proposer cela à la défense. Tout est possible.

On se concentre donc plus sur la crédibilité de la plaignante et de l’accusé que sur la recherche de la vérité ?

Oui car, comme souvent dans les crimes sexuels, on est face à une victime qui est le seul témoin et c’est parole contre parole. Tout repose sur la parole de la victime. C’est pourquoi le procureur veille sur cette jeune femme et l’a protégée au maximum en préservant son anonymat car si elle n’est pas capable d’aller témoigner devant le jury, si elle revient sur sa déposition ou si elle craque, alors l’affaire s’écroule. Les avocats de DSK ont donc tout intérêt à creuser dans son passé et à essayer de la faire douter.

Il y a de surcroît un contexte particulier, semble-t-il ?

Cette affaire est fragile pour le district attorney Cyrus Vance Jr car tout repose sur les épaules de la victime. C’est un très gros dossier pour lui car il veut être réélu à son poste en 2013. La semaine dernière, deux policiers ont été acquittés dans une affaire de viol. L’opinion publique n’est pas contente et cette affaire est l’occasion pour Cyrus Vance Jr de marquer des points décisifs. Il a embauché une équipe de six procureurs dont deux femmes spécialisées dans les affaires de crimes sexuels qui ont vingt ans d’expérience dans ce domaine.
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