Brazzaville : Le discours de Paul Biya censuré


Le PM Philemon Yang, au nom du président de la République, n’a pas pu s’adresser aux chefs de l’Etat et de gouvernement des 3 bassins forestiers du monde. Philemon Yang avait l’air d’un enfant attendant désespérément un jouet, vendredi dernier au Palais des congrès de Brazzaville.
Engoncé dans un boubou blanc, le Premier ministre camerounais, au nom du président Biya, attendait son tour pour se jucher à la tribune à l’occasion du premier sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des trois grands bassins tropicaux du monde (Congo, Amazonie, Bornéo-Mékong).
Impatient et les yeux rivés vers les têtes couronnées qui ne cessaient de défiler sur le podium, il s’adonnait à un curieux manège : à chaque fois qu’un orateur prononçait les phrases rituelles pour achever son speech, il sortait à son tour son laïus de la poche, en parcourait rapidement l’attaque et tendait l’oreille, espérant enfin être appelé sur l’estrade. Le chef du gouvernement s’adonnera à ce petit exercice cinq ou six bonnes fois, et à tous les coups remettra ses papiers dans la poche. Las : le nom du Cameroun, ou de son représentant, ne sera jamais prononcé. Jusqu’à ce que le speaker annonce la fin de la cérémonie solennelle d’ouverture ainsi que la photo de famille, avant la session à huis clos. Fin de l’histoire. Non loin de là, Elvis Ngolle Ngolle (Forêts et Faune), Essimi Menye (Finances) et Henri Eyebe Ayissi (Relations extérieures) sont atterrés. Humiliés. Livides.
Lapin amer
La veille en milieu d’après-midi, lorsque l’arrivée de Philemon Yang est confirmée à l’aéroport de Maya-Maya, un reporter d’une chaîne de télévision locale moquera, en termes perfides, la représentativité a minima du Cameroun à ces assises. A raison: Paul Biya, par divers signaux, avait confirmé son arrivée. En témoigne la nombreuse et bruyante mission avancée des services (communication, protocole) de la présidence de la République, arrivée dans la capitale congolaise le 28 mai 2011 pour préparer le séjour présidentiel. Visiblement, M. Biya a pris son monde de court. A commencer par l’hôte du sommet, Denis Sassou N’Guesso, qui n’aurait pas caché son irritation devant des proches face à cette fugue de dernière minute, de la part de son voisin et «frère».
C’était la énième ; celle peut-être de trop. Et c’est, selon des sources introduites à la présidence congolaise, cette mauvaise humeur communicative qui transpirera à l’ouverture du sommet. Le Cameroun, membre à part entière du Bassin du Congo et qui revendique le leadership dans la sous-région, ne s’est pas exprimé lors du sommet des trois plus grands massifs forestiers du monde. De simples ministres, représentants de leurs pays, l’ont fait.
On se souvient, en effet, de la saillie de M. Sassou en mai 2010 à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen, pour sa participation au Cinquantenaire de l’indépendance du Cameroun : «Monsieur qui ne va jamais chez les gens, vous êtes satisfait ?» Son interlocuteur esquissera un sourire embarrassé, avant d’être racheté par son épouse : «On va venir ! On va venir…» Des paroles en l’air.
Félix C. Ebolé Bola, à Brazzaville