Affaire Edzoa : Des déclarations de Paul Biya hantent le tribunal


Les débats repris hier au tribunal de grande instance du Mfoundi se sont enlisés pour cause de preuve du propos du chef de l’Etat. Suspendue le 25 mai dernier pour cause de mise en forme de la documentation de l’accusé Michel Thierry Atangana, sa comparution n’a pu connaître de réelle avancée hier.
Et pour cause, de l’avis du tribunal, une fois de plus, l’accusé et ses conseils n’ont pu mettre en forme les pièces versées au dossier. Le président de la collégialité, Mme Nnomo Zanga, a d’ailleurs précisé que l’audience est suspendue à la demande de l’accusé Atangana Abega. L’audience d’hier a pourtant débuté dans un climat moins électrique que la précédente. La présence, une fois de plus, du premier conseiller de l’ambassade de France au Cameroun, Patrice Bonnal, n’en a pas perturbé l’ambiance. Seulement, la déposition de Michel Thierry Atangana a fait du sur place. Dès sa prise de parole, Michel Thierry Atangana a tenu à camper le décor en invoquant une fois de plus le contexte qui a présidé à la création du Comité de pilotage et de suivi pour la construction des axes routiers Ayos-Bertoua, et Yaoundé-Kribi.
Tenant compte de l’exigence de preuve consignée par le ministère public dans les notes d’audience de la dernière séance, M. Atangana Abega a fait référence aux dépositions de certains témoins devant le procureur de la République lors de l’instruction en 1998. Il a notamment cité le ministre des Travaux publics au moment des faits, Jean-Baptiste Bokam (actuel secrétaire d’Etat à la Défense chargé de la gendarmerie). «Lors de la dernière audience Mme la présidente, il m’a été demandé de produire au tribunal la preuve de mes dires.
De ma cellule, j’ai pu trouver la déposition du ministre Bokam devant le procureur de la République en 1998. C’était lors de l’instruction. Mme la présidente, avec votre permission, je dois me défendre des accusations portées contre moi. J’utilise les moyens à ma disposition», martèle Michel Thierry Atangana, qui cite par ailleurs une déposition du représentant de l’Etat au Copisur devant le tribunal. Dans sa volonté d’apporter des preuves des promesses faites par le président Biya aux populations du Sud et de l’Est lors de sa campagne électorale à la présidentielle de 1992, l’accusé cite le discours du chef de l’Etat à Bertoua en 1991.
Conquête
Dans le même ordre d’idées, M. Atangana Abega cite le discours prononcé par Paul Biya en 1998. Dans l’un et l’autre, il tient à démontrer que le président de la République à la conquête de son électorat a fait des promesses de mise en place des infrastructures dans l’Est du pays et le Sud. A peine a-t-il terminé son propos que le juge Batoum lui demande de fournir des pièces au tribunal. Le débat s’anime, des esquisses de méthodologies sont amorcées. Le collège prononce la suspension de la séance pour une trentaine de minutes. Du retour, le débat ne reprendra pas. Entre suggestions des conseils de la défense et attentes du tribunal, Michel Thierry Atangana tranche le débat lui-même: «Je vais déposer et faire suivre mon exposé de pièces». Silence dans la salle.
Le collège de juges se concerte. Puis, Nnomo Zanga et ses collègues prennent des notes. La défense ne peut fournir les cinq exemplaires de documents exigés par le tribunal en lieu et place des trois disponibles. L’audience reprendra le 15 juin prochain. Michel Thierry Atangana, Titus Edzoa, Dieudonné Mapouna et Isaac Njiemoun ont comparu hier, 31 mai 2011, dans le cadre de l’affaire de détournement, complicité et tentative de détournement en coaction et trafic d’influence. Comme lors de la récente audience, Michel Thierry Atangana était interrogé par ses propres avocats sur le mécanisme du montage financier du Comité de pilotage et de suivi des axes routiers (Copisur) Ayos-Bertoua et Yaoundé-Kribi, d’un montant total de 54,6 milliards de Fcfa. Un échange qui n’est pas allé à son terme, une fois de plus.
Léger Ntiga