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Ennemi acharné du clan Hayatou, les proches de l’ingénieur pétrochimiste de 59 ans, malgré la trouille, lèchent les babines de se voir bientôt au palais d’Etoudi. Il faut encore que les rumeurs qui sont ventilées se confirment. I- L’enjeu de la bataille.
Un adage bien connu de chez-nous ne dit-il pas que : “La mort de quelqu’un ne vient pas de loin !” Nous pouvons aussi emprunter une locution latine qui va dans le même sens : “Tu quoque, fili !” qui veut dire en français : “Toi aussi, mon fils !
” Le Petit Larousse illustré duquel nous avons tiré cette locution explique que : “C’est l’exclamation poussée par l’empereur romain César lorsqu’il se rendit compte que Brutus qu’il aimait particulièrement, figurait au nombre de ses assassins”. C’est donc dire qu’une atmosphère de complot, de conspiration règne actuellement au sein du Rdpc au pouvoir. Un parricide est en train de se préparer contre le président Paul Biya, et l’estocade pourrait lui être donnée par l’un des ses ex-fils spirituels en la personne de Hamidou Yaya Marafa, l’actuel titulaire du poste ministre d’Etat en charge de l’Administration territoriale et de la Décentralisation. Hamidou Yaya Marafa a été très proche de Paul Biya, ce qui explique sans doute sa longévité assez exceptionnelle comme secrétaire d’Etat aux Finances le 27 novembre 1992. Depuis lors, il est resté aux affaires jusqu’à ce jour allant de ministère en ministère, de poste en poste au gré des humeurs et des intérêts de Paul Biya qu’il a toujours servi avec loyauté et abnégation même s’il avait sa “petite idée” derrière la tête.
En le gardant auprès de lui, Paul Biya voulait plaire à la Région du Nord qui croyait être écartée du pouvoir après la démission en novembre 1982. Mais surtout il voulait faire le contrepoids, diminuer le poids politique de certains barons de la période Ahidjo dans cette partie du pays et même sur le plan national, et qui sont Maïgari Bello Bouba, président de l’Undp, parti de l’opposition en concubinage notoire avec le Rdpc, le vétérinaire Maïkano Abdoulaye, etc. le coup était bien joué par Paul Biya. Hamidou Yaya Marafa est resté bien sage sous l’ombre tutélaire de Paul Biya. Mais l’appétit est venu en mangeant et le “petit”, le fils a commencé à manifester des velléités d’indépendance, d’émancipation. Cela passe encore ! Mais il a franchi la ligne rouge, le rubicond en lorgnant le fauteuil de Paul Biya. Ce que ce dernier n’aime pas vraiment. Car ceux qui ont essayé de le faire en savent quelque chose : l’ancien ministre des Finances, ex-secrétaire général de la présidence de la république, ex-ministre de la Défense, Edouard Akame Mfoumou a dû se faire plus discret quand il a senti le vent du boulet passer tout à côté de lui. N’était-on pas allé dire au chef de l’Etat que son parent Akame Mfoumou était le candidat d’une certaine opposition contre lui pour la présidentielle de 2004 ?
Ceux qui ont eu moins de chance sont aujourd’hui en prison dans de le cadre de l’”Opération Epervier” pour avoir pensé qu’ils pouvaient remplacer Biya un jour. Marafa a donc commis aux yeux de Paul Biya une erreur impardonnable qui mérite la pendaison : “S’afficher ouvertement comme potentiel remplaçant du chef de l’Etat à la tête du Pays”. Et surtout, il a entrepris des manœuvres ouvertes et souterraines pour atteindre son objectif : “Constitution d’une cagnotte personnelle, trésor de guerre ou de campagne comme un certain Titus Edzoa pour la présidentielle de 1997, tissage ou mise en place d’un réseau d’obligés ou de soutiens sur le plan national et d’un réseau de relations très puissant à l’extérieur surtout dans la droite française et même la gauche”. C’est fort de ses soutiens extérieurs qu’il a donc osé lever la tête à ses risques et périls. En s’exposant, il sait sur quoi il compte, ses arrières sont assurés. Marafa a pris des dispositions afin que rien de grave ne lui arrive, tout juste des bricoles.
II- Pourquoi son éventuel choix dérange ?
Hamidou Yaya Marafa embarrasse non seulement le président Biya, mais l’ensemble du Rdpc qui ne sait comment procéder pour faire entendre raison à l’enfant terrible qui disons-le a une grande qualité : le silence. Le ministre d’Etat à l’ambition dévorante n’est pas bavard. Il sait très bien tenir sa langue, il sait aussi rester discret. Ce n’est pas l’homme des joutes oratoires et des effusions. Ce qui inquiète certains membres du Rdpc, c’est que l’attitude du ministre d’Etat chargé de l’Administration territoriale et de la Décentralisation peut susciter d’autres candidatures au sein du parti au pouvoir pour la présidentielle d’octobre 2011. Ce qui fâche ces membres, c’est que Marafa veut enfreindre, violer les statuts du parti qui disent que : “C’est le président national du Rdpc qui est son candidat naturel à l’élection présidentielle”. Au cas où Biya se présentait, que pourrait faire Marafa ? Démissionner du Rdpc, se faire adouber par un autre parti ou alors créer sa propre formation politique ? C’est à voir. La partie reste donc serrée pour le Minatd.
Sarkozy a demandé à Paul Biya de ne plus se représenter pour un nouveau septennat. Si Biya obtempère, ce qui n’est pas sûr, la voie serait alors libre pour Marafa. Il faudrait à ce moment-là, modifier les statuts du Rdpc, enlever l’article qui dit que : “C’est le président national qui est d’office le candidat naturel du parti”. Mais Biya est un homme qui a des ressources intellectuelles, politiques que l’on connaît. Il peut susciter des candidatures multiples, une sorte de primaire au sein du Rdpc si les pressions françaises en général ou “sarkozyennes” en particulier l’empêchent de briguer un nouveau mandat. Cela, il peut le faire en convoquant un Congrès extraordinaire du Comité Central ou une réunion du bureau politique. Et si, on l’oblige à créer un poste de vice-président chargé de le remplacer au pied levé au cas où il quitte le pouvoir après quelques mois d’exercice, il est sûr que ce n’est pas Marafa qu’il mettra à ce poste.
Maintenant, il y a une autre manière d’empêcher le ministre d’Etat d’aller à cette élection : déclancher contre lui l’”Opération Epervier”. L’ancien secrétaire général de la présidence de la république n’est pas blanc comme neige, si on regarde au fond sa gestion dans les différents postes qu’il a occupés, et c’est bien là où Biya peut bien le coincer. Et pour ne pas se donner l’impression qu’il s’acharne sur lui, Biya va faire tomber dans les filets de l’”Opération Epervier” beaucoup d’autres personnalités du Grand-Nord et d’ailleurs. Et cela a déjà commencé avec Iya Mohammed, le Directeur général de la Sodecoton depuis 1984 et président actuel de la Fédération Camerounaise de Football (Fecafoot).
C’est dans ce dernier poste qu’Iya Mohammed a été interrogé sur sa gestion. Le président de la Fécafoot était un très grand ami, un intime de Marafa. C’est lui qui a suivi les travaux de construction de la toute première résidence du Minatd à Garoua, il y a une vingtaine d’années. Le Directeur général de la Sodecoton qui résidait à Garoua finançait les travaux et quand Marafa montait, il lui remboursait son argent. Mais cette amitié a commencé à se déliter quand Iya Mohammed s’est posé comme potentiel rival politique, pouvant un jour lui ravir sa place de ministre. Paul Biya a d’autres cartes en main. Si les pressions françaises sont trop fortes, il peut bien positionner le chrétien Luc Ayang, un ancien Premier ministre et actuel président du moribond Conseil économique et social depuis bientôt trente ans. Il peut également sortir un autre “lapin” de son chapeau ou de sa manche tel un prestidigitateur, toujours de la même Région.
III- Position des élites politiques du Sud
Quelle est la position des gens de la Région du Sud quant au cas Marafa ? Si dans leur grande majorité, il est hors de question que le Grand Nord en général et Marafa en particulier reviennent aux Affaires, nous avons rencontré une voix dissonante en un originaire de ce Sud. C’est un jeune homme qui nous a dit qu’il ne trouvait pas d’inconvénient à ce que le Marafa remplace Biya à la tête du pays : “Moi je ne vois pas pourquoi il (Marafa) ne ferait par l’affaire ! Il est sérieux, il a tissé un solide réseau de relations en France. Les gens du Nord maîtrisent l’économie, ils savent bien gérer les Finances, voyez leurs hommes d’affaires comment ils sont riches. Ahidjo avait bien géré le Cameroun, avec Marafa la prospérité peut revenir au Cameroun. Qu’est-ce que Biya a fait pour le Sud ?
C’est maintenant après trente ans de règne qu’il a pensé à construire les barrages et routes dans son Sud natal. Avez-vous déjà visité le Nord et vu ce que Ahidjo y a fait ? Pourquoi reproche-t-on à Marafa d’avoir tissé un réseau de soutien en France, d’avoir de l’argent ? Et puis, n’oubliez pas qu’il a une épouse du Sud du pays, du Littoral plus précisément ! Donc, vos rumeurs de guerre civile, de vengeance du Grand-Nord contre le Sud par rapport au putsch manqué du 6 avril ne reposent sur aucune base, aucun fondement rationnel…Moi-même, je ne suis pas d’accord qu’un Bulu, un Fang ou un Béti succède à Biya…”. Voilà une position, un point de vue qui va faire grincer les dents au Sud du pays.
Hamidou Yaya Marafa n’a pas que des amis dans le Grand-Nord, ses grands opposants et rivaux sont naturellement la famille Hayatou qui règne sur la Lamidat de Garoua depuis l’époque coloniale française, et pour être précis, dans les années quarante. D’après nos sources, le ministre d’Etat Marafa qui est originaire de l’arrondissement de Bibémi, situé à une soixantaine de kilomètres au nord-est de Garoua réclame ou revendique le Lamidat (chefferie de 1er degré) comme appartenant à sa famille qui en a été dépossédée à l’époque par les Français et remise à la famille Hayatou dont certains membres ont pour noms : Sadou Hayatou, ancien Premier ministre et ex-directeur national de la Banque des Etats d’Afrique Centrale (Beac), Issa Hayatou, président de la Confédération Africaine de Football (Caf) et le secrétaire d’Etat à la Santé publique et lamido de Garoua, Alim Garga Hayatou. C’est aussi à voir si Issa Tchiroma Bakary, ministre de la Communication et porte-parole de Biya et non du gouvernement et Maïgari Bello Bouba sont avec ou contre lui.
© Michel Michaut Moussala : Aurore Plus
