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Tournant décisif
Ce n’est plus un secret pour personne: ce procès est actuellement a pris à cœur par la France. Comme nous le mentionnions dans notre dernière parution, le porte-parole du Quai d’Orsay a, au cours d’un point de presse donné le 12 mai à Paris, faisait savoir que depuis l’arrestation de leur ressortissant, « les services compétents du ministère des Affaires étrangères et européennes, tant à Paris qu’au Cameroun, sont pleinement investis et déterminés à suivre sa situation avec la plus grande attention ». A en croire Bernard Valero, « le ministère des Affaires étrangères et européennes demeure mobilisé pour soutenir M. Atangana et sa famille ». Au moment où nous mettions sous presse, il nous est revenu qu’un autre point de presse est donné ce lundi 23 mai toujours à Paris. Nous y reviendrons dans notre prochaine édition.
De l’avis de l’aumônier général des prisons l’abbé Joseph Bikoula Ateba de l’archidiocèse de Yaoundé, « les Français n’entendent plus fermer leurs bouches ». Il s’agit là d’un message fort que Yaoundé ne devrait pas négliger. Avec l’implication de la France, il faut craindre une campagne destinée à émotionner les populations. Etant dit que ce 25 mai, Michel Thierry Atangana va défendre sa liberté sur les engagements pris par l’Etat du Cameroun vis-à-vis d’un consortium d’entreprises françaises de travaux publics. Aussi vrai que c’est à la demande du chef de l’Etat Paul Biya que le jeune Franco-camerounais avait été placé à la présidence du Copisur chargé « d’apurer un lourd contentieux » entre les deux parties, pour assister le Cameroun dans le développement des infrastructures routières. Aujourd’hui il se retrouve d’être jugé pour une affaire de détournement de deniers publics alors que « ce dernier n’a jamais géré l’argent du Cameroun », soutient sa défense.
Non lieu
Il convient de relever qu’en dépit de ce que le Copisur avait été créé par le président de la République, des hommes de son entourage avaient fait croire au tribunal que cette structure était une fiction. Au fil des audiences dont les renvois sont partis de deux mois à une semaine, coup de chapeau à la justice camerounaise, l’opinion se rend à l’évidence que Michel Thierry Atangana se retrouve dans cette affaire par la mauvaise foi ou alors la volonté manifeste de nuire de certains hauts cadres et caciques de la République. « Le président du Copisur est en prison, le vice-président (Dieudonné Ambassa Zang en fuite, Ndlr) est dehors. C’est dire qu’il s’agit d’une affaire purement politique », s’étonnait Titus Edzoa le 13 mai dernier devant le tribunal. Le même jour, l’avocat français Me Rémi Barousse soutenait que Michel Thierry Atangana est détenu dans une affaire « plus politique du judiciaire ».
Comme l’ancien secrétaire général de la présidence de la République, le Franco-camerounais a déjà passé 14 ans de détention dans des conditions inhumaines et mortelles au Sed. Ce qui fait plus de 5.100 jours ou plus de 122.000 heures de persécution. « Le Sed n’est pas une prison. Le fait que Thierry Atangana s’y trouve est une illégalité. C’est abominable », crucifie l’abbé Joseph Bikoula Ateba. Il y a donc 14 ans, beaucoup de Camerounais ne connaissaient rien de cette affaire compte tenu de leur âge. Aujourd’hui, ils sont censés posséder les capacités de perception. Le moins que l’on puisse dire dans cette affaire qui rentrera dans l’histoire pour les générations présentes et futures, est que l’audience de ce mercredi 25 mai 2011 pourrait amener les uns et les autres à changer de position.
Jean-Pierre Bitongo
