Diplomatie : Le Groupe africain à Yaoundé en pile et face


Présenté comme un lobby par certains observateurs, le cercle diplomatique africain clame officiellement son devoir de non-ingérence. Chaque année, le Groupe des ambassadeurs africains accrédités au Cameroun organise en accord avec le ministère des Relations extérieures les festivités autour de la célébration de la journée de l’Afrique, le 25 mai. Dans cette optique, la présidente de ce Groupe, en l’occurrence l’ambassadeur du Sénégal au Cameroun, Fatou Sarr Ba, donne un point de presse lundi prochain à Bastos.
Mais dans l’opinion, un épais mystère entoure le cercle diplomatique africain. Quelle est sa raison d’être, son mode opératoire, ses ressources, son influence, ses relations avec les autorités camerounaises, etc.
Selon les textes fondateurs, le Groupe se veut un espace de solidarité, d'échanges de vues et de promotion d'idéaux et d'objectifs, un cadre structuré de concertation entre les membres. «Le but du Groupe est de favoriser le rapprochement entre les peuples africains en faisant la promotion de nos valeurs propres», précise un cadre en fonction dans une ambassade de la place.
Du reste, les membres de ce regroupement, fait-on savoir, se disent désireux d'instaurer un dialogue fructueux, l'entraide et la coopération avec les autorités du pays d'accréditation. Le Groupe est-il dès lors un lobby ? «Non, du moins pas officiellement. Vous savez que tout mouvement, même chez vous les journalistes, peut faire des réflexions et des propositions. Nous en faisons donc au gouvernement camerounais. Comme l’exigent les principes des Relations internationales, nous ne nous ingérons pas dans les affaires intérieures du Cameroun», tranche un proche collaborateur d’un diplomate africain.
On remarquera tout de même, s’agissant de ce dernier aspect, qu’au sujet d’Elections Cameroon (Elecam), c’est du Groupe africain de Yaoundé qu’était venu le soutien au gouvernement camerounais au moment où certaines chancelleries occidentales s’insurgeaient contre la nomination de certaines personnalités inféodées au Rdpc dans le Conseil électoral de cet organe.
Convention
De même, l’on se rappelle que lors de la dernière concertation entre le gouvernement camerounais et le Groupe africain en novembre dernier, l’ambassadeur du Sénégal, qui représentait alors son homologue du Tchad à la présidence de Groupe, avait interpellé le Minrex, Henri Eyebe Ayissi, sur des points relatifs à Elecam et à la position du Cameroun par rapport au conflit au Moyen-Orient, qui avaient été soustraits de l’ordre du jour. «Il s’agit moins d’évacuer deux sujets embarrassants que de recentrer nos travaux», avait dû réagir M. Eyebe Ayissi.
Puis le Minrex avait expliqué aux diplomates africains que des correspondances avaient été envoyées sur la position du Cameroun au sujet du conflit au Moyen Orient. Sur Elecam, le Minrex avait élaboré sur l’indépendance de cet organe. La rencontre de novembre dernier avait également permis aux diplomates africains d’interroger «la stratégie camerounaise de croissance : impacts potentiels en matière de coopération? et d’emploi, horizon 2035 interafricaine et opportunités d’affaires» et de faire l’évaluation des mesures de facilitation et de suivi des dossiers spécifiques à certaines représentations du Groupe africain de Yaoundé.
Les deux parties avaient abouti à un consensus sur les questions de sécurité liées à la vie des diplomates en rapport avec la convention de Viennes, et la prise en compte des privilèges que confère ladite convention aux personnels des missions diplomatiques. Cependant, ils avaient convenu d’approfondir la réflexion sur ces questions. Comme quoi, ce Groupe est loin d’être un «gadget», mais si on peut relativiser l’impact de ses prises de position.
Actuelle ment présidé par l’ambassadeur Sénégal, celle-ci étant la doyenne des diplomates africains au Cameroun, le Groupe africain a actuellement pour secrétaire général l’ambassadeur d’Algérie et pour trésorier l’ambassadeur de Guinée Equatoriale. Le Groupe se réunit une fois par mois, mais peut multiplier des rencontres à la faveur d’évènements spéciaux telles que la journée de l’Afrique.
Georges Alain Boyomo