






![]() | Aujourd'hui | 16 |
![]() | Total | 2295016 |
En reportant sine die la tenue du congrès extraordinaire, la résolution spéciale de dimanche dernier souligne l’indécision du parti quant à sa participation à la présidentielle. Mais ses possibilités d’action pour empêcher la tenue des élections demeurent limitées. Une stratégie à rebours. Telle est la marque de fabrique actuelle du Social Democratic Front (Sdf).Dans une réaction sur les antennes de radio Equinoxe, hier, Joshua Osih, 2e vice-président national, conditionne la survenance de cet événement à une amélioration du processus électoral. En d’autres termes, après la session extraordinaire de l’Assemblée nationale, du 06 au 09 avril derniers, le compte n’y est pas du tout au regard du contenu du mémorandum en onze points élaboré par ses soins. Le week-end dernier, à Ntarikon, l’indécision sur la participation ou pas à la présidentielle l’a emporté, quitte à voir venir et, surtout, espérer une hypothétique ouverture de Yaoundé envers les points encore négociables.
En fait, l’euphorie de la fin de l’année dernière a cédé le pas à la gueule de bois. La période de détente politique a été inaugurée par la rencontre « historique » du 10 décembre 2010, entre Paul Biya et John Fru Ndi, à Bamenda, au cours de laquelle le Chairman remit solennellement le mémorandum. Elle fut poursuivie par la « première » du 05 janvier 2011, à la faveur de la présentation des vœux, avec un leader du Sdf sous les lambris dorés du palais présidentiel. Une étape pour les chaleureuses retrouvailles du comice agropastoral d’Ebolowa à la mi-février. Un climat favorable conforté par l’annonce, lors du discours de fin d’année, d’un aménagement des textes sur l’élection présidentielle. D’aucuns avaient alors vu la possibilité de quelques concessions.
Convivialité de façade
Cette convivialité de façade est du pain bénie pour les « radicaux » qui, par l’entremise de la résolution spéciale de dimanche dernier, prennent leur revanche. Certains attendus de ce document en sont révélateurs. Le Sdf prend ainsi acte de ce que « toutes les modifications intervenues dans le processus électoral et Elecam n’ont aucunement pris en compte les préoccupations du Sdf et du peuple camerounais » ; ou que « le régime Biya, en dépit de notre main tendue, a systématiquement évité le dialogue avec l’opposition ».
Très tôt, certains, à l’instar de Jean-Michel Nintcheu, ont considéré le tête-à-tête de Bamenda avec scepticisme, estimant au passage que ce retournement politique n’était aucunement porteur de bénéfice à court et moyen termes pour le parti. Ils gardent peut-être en mémoire les négociations sans issue tangible de janvier 1998, en vue de la constitution d’une plate-forme de gouvernement entre le Rdpc et le Sdf. Ou encore les ballets successifs et sans effet à la primature dans l’optique de la désignation des membres de l’Onel et d’Elecam. Déjà, la venue au Cameroun du sous secrétaire général des Nations unies en charge des élections, Lynn Pascoe, au début du mois de mars, augurait de la persistance de la crise de confiance sur le terrain électoral entre le pouvoir et les autres formations politiques. Face au statu quo, le Nec a opté pour une voie « radicale » pour reprendre Joshua Osih : la prise de toutes les mesures pour empêcher la tenue d’élections au Cameroun.
Disqualification implicite
L’une d’elles consisterait à maintenir son discours sur la disqualification implicite des inscriptions sur les listes électorales. Le parti ne se décide pas à sortir de l’ambigüité qui le caractérise sur le sujet pour se ménager une porte de sortie. Son trésorier national a récemment résumé cette posture sur une chaîne de télévision : « Le Sdf n’a jamais invité les Camerounais à ne pas s’inscrire sur les listes électorales. Il dit seulement qu’en l’état actuel des choses, il n’y aura pas d’élection avec Elecam », souligne Augustin Mbami. Sachant que la mobilisation des électeurs est devenue un enjeu majeur pour le pouvoir, ainsi qu’en témoigne la campagne en cours du Rdpc, le procès en crédibilité de l’arbitre du jeu électoral porte par ricochet un coup à l’opération. Le moment venu, l’on éprouvera l’efficacité d’une telle démarche.
La voie de l’empêchement physique étant exclue, au regard de la réaction prévisible, tout en répression, du régime de Yaoundé, celle du boycott aurait l’avantage de priver le pouvoir d’une « certaine crédibilité » de la compétition à organiser. Cependant, l’hypothèse du boycott ne garantirait pas le succès au bout du compte. Elle comporte le risque de déclasser symboliquement le Sdf de son statut de seconde formation politique du Cameroun.
Il reste alors l’offensive à l’international. Une campagne auprès des Nations unies et des principaux partenaires est envisageable ; mais le capital de sympathie dont le Sdf jouissait dans certaines capitales, au début des années 90, reste à évaluer. L’alternative de poids à sa disposition consisterait à réactiver la procédure engagée l’année dernière auprès de la Commission des droits de l’homme des Nations unies sur les dysfonctionnements du processus électoral. Avec un résultat peu probant avant l’échéance d’octobre.
Les évolutions politiques avant ce terme auront peut-être amené le Nec à changer de fusil d’épaule.
