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Eric Chinje. Actuellement directeur du développement des médias pour l’Institut de la Banque Mondiale (WBI), il s’exprime à l’occasion de la journée de la liberté de la presse. Les médias de masse jouent un rôle essentiel pour la condition humaine en général.
Les événements récents en Afrique du Nord et au Moyen-Orient soulignent le bien-fondé de cette assertion. Toute la panoplie de technologies médias a été déployée dans ces pays, du Maroc au Bahreïn, pour mobiliser les citoyens, informer le monde et passer à une nouvelle couverture des informations dans une région réputée pour ses régimes autocrates et dictatoriaux.
Le fait que ces pays se soient retrouvés sous le feu des projecteurs grâce aux médias a non seulement redonné de l’énergie aux principaux acteurs de ces événements mais a également permis au reste de l’humanité de porter un regard neuf sur les droits universels de l’homme partout dans le monde.
C’est cela que le monde doit célébrer à l’occasion de ce nouvel anniversaire de la journée de la liberté de la presse : la capacité de la presse à chavirer le cours des choses même au sein des dictatures les plus coriaces de la planète. La technologie d’information a changé la donne, notamment en ce qui concerne ceux qui ont accès aux informations et les fournissent, comme le souligne Steven Livingston de l’Université George Washington. Le nombre d’abonnés à un téléphone mobile approche les 5 millions dans le monde et la majorité d’entre eux sont dans des pays où transparence et liberté de la presse ne sont pas de mise. Avec un portable dans la main et les applications disponibles, les citoyens ne consomment plus en silence les actualités et les informations. Ils bloguent, ils tweetent et relaient les informations aux médias de masse traditionnels afin qu’elles soient disséminées sur le plan international. Ils refusent aux dictateurs le contrôle du plus puissant outil de leur arsenal : l’accès aux informations. Et ainsi que le dit Riz Khan d’Al Jazeera, « comme l’information est disponible partout, à la télévision, à la radio et sur le Web, il est difficile d’avoir la mainmise sur elle et de la manipuler ».
Une dictature exerce son contrôle sur le monde politique et social ainsi que sur les informations, mais elle est aussi synonyme d’impunité, d’inégalité, de corruption et enfin de pauvre gouvernance. Les médias ont contribué à une meilleure gouvernance dans plusieurs pays, note Sina Odugbemi de la Banque Mondiale, « notamment parce qu’ils osent dénoncer la corruption et dire la vérité au gouvernement ». La gouvernance démocratique est importante pour l’existence des libertés fondamentales, le choix de l’homme, l’auto-détermination et le développement – des notions essentielles pour la qualité de vie et qui sont toujours absentes dans les dictatures. L’antidote aux dictatures est sans aucun doute une presse libre et indépendante.
Le thème de la journée mondiale de la liberté de la presse de cette année – « Le silence tue la démocratie, mais une presse libre prend la parole » – doit rappeler au monde entier, en cette période de changement, que tous les êtres humains aspirent à une plus grande qualité de vie. Les médias, dans leur rôle d’arbitre du dialogue public et de propagateur de connaissances et d’idées amenant la société à grandir, agissent pour le développement et doivent avoir le droit d’exercer pleinement ce rôle.
La banque mondiale a souvent souligné le rôle important des médias libres pour la bonne gouvernance et le développement économique. Elle a, dans ce contexte, lancé un programme appelé « Independent Media for Accountability, Governance and Empowerment (IMAGE : Médias indépendants pour l’obligation redditionnelle, la gouvernance et la responsabilisation) », qui aide à renforcer la capacité des professionnels des médias à générer et alimenter le débat public sur les aspects clés du développement ainsi qu’à s’assurer de l’utilisation transparente des ressources publiques pour ce développement.
Lorsque les journalistes ont les moyens et l’espace pour informer, les actes des gouvernements deviennent plus transparents et plus responsables et les citoyens deviennent des parties prenantes informées du développement de la nation. Ainsi la presse libre sert à faciliter et garantir le développement économique ainsi qu’à améliorer les conditions de vie des milliards de gens au monde qui vivent encore dans la pauvreté.
