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La construction du cercle municipal de Douala 2ème est bloquée depuis un an. Quelques conseillers municipaux n’ont pourtant pas signé le mémorandum sorti de la dernière session du conseil. Selon eux, le document vise à cacher les luttes d’intérêt autour d’un projet jugé « ambitieux, porteur et novateur » pour l’épanouissement des populations de New-Bell et de bien d’autres quartiers.
C’était une session ordinaire du conseil municipal de la commune d’arrondissement de Douala 2ème. Les conseillers municipaux étaient réunis ce 14 avril 2011 pour l’examen et l’adoption du compte administratif 2010.
Ce qu’ils ont d’ailleurs fait. Mais au sortir des travaux, un sujet revient sur toutes les lèvres : le mémorandum lu par le conseiller Jean Robert Wafo du Sdf, membre de la commission des finances. Le document de deux pages est un coup de gueule contre le non démarrage des travaux de construction du cercle municipal de Douala 2ème. On peut y lire : « Jusqu’à ce jour, les fonds mis à disposition restent inutilisés à cause des forces rétrogrades tapies dans l’ombre qui ont résolument décidé d’empêcher à tout prix et à tous les prix la réalisation de ce projet futuriste. »
Le mémorandum indique également ceci : « Nous, conseillers municipaux de la Commune d’Arrondissement de Douala 2ème, toutes chapelles politiques confondues, dénonçons fermement les nébuleuses incrustées dans certaines sphères de décision et à la solde des intérêts inavoués, qui ont manifestement décidé de ne ménager aucun effort pour torpiller la construction du cercle municipal de Douala 2ème. » Les élus de la commune exhortent enfin la tutelle et le Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale (Feicom) « à faire œuvre de vigilance accrue dans le suivi de ce dossier ». Le document n’est pas adressé particulièrement à une autorité, mais les ampliations sont destinées au gouverneur de la région du Littoral, au préfet du Wouri, au sous-préfet de Douala 2ème et au directeur général du Feicom.
Le cercle municipal est prévu pour être construit au quartier New-Bell, au lieu dit quartier Bangangté. Avec une capacité de 850 places et doté d’une médiathèque, le projet est qualifié de « porteur et novateur pour l’épanouissement des populations de Douala 2ème ». Les pourvoyeurs de fonds sont le Feicom qui octroie un crédit de 300 millions de F.Cfa, la Communauté urbaine de Douala dont la part s’élève à 100 millions F.cfa et enfin la commune qui supporte le reste du budget. Les travaux devaient débuter en avril 2010. Il n’en est rien à ce jour.
Division
Au cours de la session du conseil municipal du 14 avril dernier, le mémorandum a circulé devant les 34 conseillers présents, chacun devant porter son visa après son nom. 30 signatures ont été recueillies. Parmi les quatre contestataires, il y a Marlyse Soppo Toute et Clémentine Nke, respectivement 2ème et 3ème adjoint au maire. Relouanou Charaboutou est simple conseiller, mais grand conseiller à la Communauté urbaine de Douala et président de la section Rdpc de Wouri. Il y a enfin Philippe Kuate, conseiller Sdf et président de la circonscription électorale de son parti à Douala 2ème. Finalement donc, les conseillers ne parlent pas d’une même voix, « toutes chapelles politiques confondues ». Les dissidents disent refuser de se laisser manipuler par les jeux d’intérêts autour du projet. Aussi, demandent-ils au maire Rdpc, Denise Fampou, de donner les « véritables » raisons du blocage de l’édification du cercle municipal. Devant le conseil municipal, Denise Fampou s’est limitée à dire que : « Je ne peux dire ce qui ne va pas. Le dossier est prêt et a été validé par le Feicom. Les financements sont disponibles. Une entreprise a gagné le marché, mais ne peut commencer les travaux car la lettre de non objection du Feicom n’arrive toujours pas. »
Batailles autour d’un marché public
Le marché public est attribué à l’entreprise Les Bâtisseurs réunis. Et là se trouve tout le problème, selon diverses sources. « Un marché régulièrement passé ne peut être bloqué par des forces obscures », réplique Clémentine Nké. Un conseiller municipal confie que le chantier a été suspendu depuis novembre 2010, au niveau des services du Premier ministre où on veut voir plus clair dans la procédure d’attribution de ce marché public. « Mais la lettre venue de Yaoundé a été détournée », confie une source très impliquée dans le dossier. Ces allégations sont rejetées en bloc par Denise Fampou. Mais un membre du conseil municipal, sans confirmer quoi que ce soit, dit avoir entendu parler d’une correspondance disparue dans les locaux de la mairie.
En tout cas, l’affaire est sur la table du Premier ministre depuis plusieurs mois. Juin 2010 en effet, le chef du gouvernement, autorité des marchés publics au Cameroun, n’a pas reconduit le mandat du président de la commission de passation des marchés publics à la commune de Douala 2ème. Antoine Siade Assobo avait été nommé en 2008 pour une période de deux ans renouvelable une fois. En date du 1er septembre 2010, le président déchu a écrit au Pm pour dénoncer les conditions d’attribution du marché de construction du cercle municipal à l’entreprise Les Bâtisseurs réunis dont le dossier avait été rejeté lors du dépouillement de l’appel d’offres. « Cette société ne s’est pas conformée à la réglementation qui prévoit que la présentation des offres se fasse en trois enveloppes distinctes. A savoir, une enveloppe A contenant le dossier administratif du soumissionnaire, une enveloppe B contenant l’offre technique et une enveloppe C contenant l’offre financière. Or, la société Les bâtisseurs réunis a mis dans une même enveloppe ses trois offres. Ce qui permettait de connaître son offre financière lors de la séance consacrée exclusivement aux offres administrative et technique », explique Antoine Siade Assobo. « Plus tard, précise-t-il, j’ai reçu un coup de fil de madame le maire qui me sommait d’ouvrir le dossier des Bâtisseurs réunis. »
Lutte d’éléphants
Dans une correspondance datée du 18 juin 2008, Denise Fampou donne trois raisons à sa demande d’ouverture du dossier des Bâtisseurs réunis. Primo, le manquement observé par cette entreprise ne se limite qu’à la présentation de l’offre. Deuxio, la présentation de l’offre ne faisait pas partie des critères éliminatoires. Tercio, l’irrégularité observée reste sur la forme et ne compromet pas gravement le fond et la pertinence de la soumission. Malgré cet argumentaire du maître d’ouvrage, le président de la commission de passation des marchés, Antoine Siade Assobo, ne bouge pas de sa position d’un iota. « Je ne pouvais pas violer le code des marchés publics pour satisfaire le maire. Mon remplacement ne m’a jamais surpris puisque les textes prévoient que le maître d’ouvrage propose le président de la commission de passation des marchés », clame-t-il.
M. Siade Assobo est remplacé à la tête de la commission par madame Olounou Abada, conseillère municipale. Dès l’arrivée de cette dernière, le dossier d’appel d’offre des Bâtisseurs réunis est ouvert. L’entreprise gagne finalement le marché au grand dam des deux qui avaient été pressenties sous la présidence de Siade Assobo. Ce sont Egbtp et Icc. Elles ont écrit au Pm pour se plaindre. Une source auprès de l’une de ces entreprises indique que Les Bâtisseurs réunis avaient l’offre financière la plus élevée pour la construction du cercle municipal. Soit 589 millions F cfa toutes taxes comprises, contre 540 millions pour Icc et 442 millions pour Egbtp. Des chiffres confirmés par l’ancien président de la commission de passation des marchés. « Selon l’appel d’offres lancé par la commune de Douala 2ème, le budget était de 450 millions F cfa. Il est curieux que plus tard, le marché ait été confié aux Bâtisseurs réunis à hauteur de 497 millions F.Cfa, un montant qui ne correspond ni à l’offre financière de l’entreprise ni à l’enveloppe initiale du projet », s’indigne notre source.
Assongmo Necdem
