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Ils sont une centaine à occuper la « spéciale 18 » de la célèbre prison de Douala. Victimes de la campagne de lutte contre les détournements de deniers publics. Leur traitement fait des envieux. La liste des personnes écrouées à la prison centrale de New bell s'allonge au fil des jours. Hommes, femmes, enfants, ils sont des milliers à se côtoyer au quotidien dans cet édifice bâti dans les années 1930, à quelques encablures du fameux marché central de Douala.
Aménagé pourtant pour accueillir près de 700 détenus, ce pénitencier en accueille aujourd’hui près de 3500 personnes, selon les estimations des Ong. C'est donc dans cette promiscuité, où règne une forte odeur de crasse due aux conditions d'hygiène approximatives et un raffut assourdissant que directeurs généraux, cadres d'entreprise, agents de l'Etat, embastillés dans le cadre de la vaste campagne de lutte contre les détournements de deniers publics lancée en 2006, affrontent au quotidien de nombreux rébus de la société. Pour leur éviter des surprises désagréables, une cellule a été spécialement aménagée par les pouvoirs publics.
«La spéciale 18 »
Ce quartier, de son nom de baptême « la spéciale18 » fait des envieux à la prison centrale de New bell. Ici, on retrouve des personnalités qui occupaient il y a quelques années encore, de hautes fonctions au sein de l'appareil étatique ; du moins, à quelques exceptions près. Il s'agit entre autres du colonel ?douard Etonde Ekotto, 71 ans, ancien délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala et ancien président du conseil d’administration du Port autonome de Douala (Pad); Simon Pierre Ewodo Noah, ancien directeur général adjoint du Pad; Siewe Nitcheu, ancien directeur des infrastructures du Pad; François-Martin Zibi, ancien directeur financier du Pad; Zacchaeus Forjindam, directeur général des
Chantiers navals et industriels du Cameroun (Cnic); Jean Baptiste Nguini Effa, ex dg de la Scdp, le Dr Mbangue Roudolph, ancien coordonnateur du groupe technique provincial de lutte contre le sida; Jean-Louis Edou Alo'o, ancien trésorier payeur général de Douala et tout récemment sept ex agents et ex cadres de la Communauté urbaine de Douala, soupçonnés d'avoir détourné près de 3 milliards de Fcfa par Fritz Ntone Ntone. A ces personnalités, il faut également ajouter les noms des grosses « têtes » comme Lapiro de Mbanga, musicien engagé et Paul Eric Kingue, ancien maire de Njombe-Penja.
Décor
Selon des informations recueillies auprès de quelques détenus, ils sont aujourd'hui près de 90 à partager cet espace pourtant prévu pour moins d’une dizaine. Malgré, l’exiguïté des cellules
(1,70 m de large), les détenus sont obligés de faire avec. Mais passé ce désagrément, les détenus Vip non pas trop à se plaindre, avoue un gardien de prison. Toutes les dispositions semblent avoir été prises pour leur éviter la violence de la foule. « Dans la plupart du temps, ils se font accompagner de quelques gros bras choisis parmi les prisonniers lorsqu’ ils sont sollicités par certains de leurs proches. L'entrée de leur quartier est fortement gardée par ces mêmes détenus.
A l'intérieur, se trouvent des 'cadets', ces jeunes prisonniers triés sur le volet par le
« Premier ministre », pour être à la disposition de leurs nouveaux maîtres. » Nous avoue notre source. Il s'agit des jeunes qui sont-là comme homme à tout faire : cuisine, vaisselle, lessive, petites commissions.... Parce que les prisonniers Vip préfèrent passer l'essentiel de leur temps dans leur quartier. Ces travaux, « les obligés » les réalisent à cœur joie, surtout qu'ils en tirent une grande satisfaction, pécuniaire bien sûr.
Le quotidien
A l'image des prisonniers de Kondengui à Yaoundé, les pensionnaires de New bell s'adonnent également au sport dans la grande cour tôt dans la matinée. L'activité sourit d'ailleurs à certains. Jean-Baptiste Nguini Effa, n'a rien perdu de son embonpoint. Vertu d'une culotte, d'un polo de couleur blanche, chaussé de tennis, les cheveux couverts d'un chapeau de même couleur. Au moment de notre descente, l'ancien directeur général de la Société camerounaise des dépôts pétroliers, est resté égal à lui même. Debout devant sa chère épouse, l'honorable Nguini, les mains dans les poches, visiblement confiant, il fait bonne figure. « C'est d'ailleurs la seule chose à faire, si on veut s'en sortir sans grand problème. Le secret, c'est de rester digne», confesse un détenu.
Non loin de là, se trouve Lapiro de Mbanga, avec à ses côtés Paul Eric Kingue. Les deux détenus échangent paisiblement avec leurs connaissances loin du brouhaha des autres prisonniers qui ont déjà envahi la grande cour, « le carrefour Ndokoti » comme on l'appelle, à la quête d'un geste de sollicitude des visiteurs. Il est à peine 16 heures ce mardi, l'affluence n'est pas celle des grands jours, parce que ce n'est pas un jour de visite ordinaire, quand débouche le colonel Etonde, prenant appui sur ses deux béquilles. Il se déplace ainsi depuis qu’une mystérieuse maladie infectieuse a failli l’emporter. L’ancien Saint-cyrien, tout sourire et un peu plus joufflu depuis qu'il ne fait plus de sport, est venu à la rencontre d’une parente. En l'espace de trente minutes, plusieurs de ces détenus vont défiler au parloir, des bureaux climatisés de certains responsables sont gracieusement mis à leur disposition à cet effet. N'allez pas surtout demander les clauses des arrangements entre ces deux catégories de personnes. Toujours est-il que beaucoup d'argent circule de ce côté. C'est d'ailleurs la même logique qui sous tend la vie dans leur quartier. Par exemple, cette période de forte chaleur, n'a aucune incidence sur eux. Dans la mesure où leurs locaux sont entièrement climatisés. Même côté nutrition, ils disposent d'un congélateur pour garder au frais certains de leurs denrées alimentaires, ainsi que de l'eau apportée par quelques uns de leurs proches.
La foi est également au rendez-vous. Certains détenus célèbres comme Edou Alo'o, à en croire nos sources, organisent de temps à autres des messes pour les autres détenus. Des séances d'ailleurs très prisées selon les mêmes sources. Surtout qu'à la fin de chaque culte, quelques actions de grâce sont menées à l'endroit des plus nécessiteux. C'est aussi ça être à l'écoute des autres.
Quoi qu'il en soit, la vie au quartier 18 de la prison centrale de New bell n'est pas celle à laquelle ces Vip étaient habitués. Mais pour les autres prisonniers, c'est une véritable mine d'or, un vrai palace.
