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L’ancien secrétaire général à la présidence de la République, feu René Owona, est accusé d’avoir favorisé la signature de ce document. Il est 12h45 ce 7 avril 2011 lorsque la collégialité fait son entrée dans la salle des audiences du Tgi du Mfoundi.
L’ancien ministre des Transports, John Begheni Ndeh prête serment de dire la vérité et rien que la vérité sur l’affaire Ministère public et Etat du Cameroun contre Atangana Mebara et Otélé Essomba. Les deux sont accusés de « coaction de détournement de deniers publics et tentative de détournement de deniers publics ».
Se pose alors le problème de langue. Le témoin de l’accusation qui est l’ancien Mintrans, préfère l’anglais pour mieux se faire comprendre. Les avocats de la défense disent maîtriser le français. Pour la clarté des débats une interprète de profession est désignée par le parquet, madame Ongolo. Commence alors la cross examination.
Le procureur veut savoir s’il existait une relation entre le ministère des Transports et la Camair au moment où il était aux affaires. « Le ministère des Transports exerçait la tutelle technique de la Camair au moment où j’étais ministre », répond le témoin de l’accusation. Le procureur continue : « en cette période-là, est-ce qu’il est arrivé que le ministre intervienne relativement aux locations des avions par la Camair ? ». John Begheni Ndeh avoue qu’il était au courant des problèmes à travers le secrétaire général adjoint à la présidence de la République René Owona qui l’avait convoqué quelques mois après sa nomination pour, dit-il, l’Accord signé entre la présidence et l’Apm. Il remâche toutes les péripéties ayant conduit à signature de l’agrément de l’Apm le 15 janvier 2003. « Les instructions venant du président de la République, je n’avais plus de temps à perdre car, l’Accord était déjà approuvé par la présidence », soutient-il. Il rappelle au parquet les missions qui étaient dévolues à l’Apm. Le parquet passe le témoin de l’accusation au tribunal.
Une discussion est engagée concernant la communication de la liste des autres témoins. 14h15, l’audience est suspendue et reprend quelque 43 minutes après. « Nous ne sommes pas obligés de poser les questions aux différents témoins comme le procureur qui est l’accusation. Nous voulons être jugés et avons droit à un procès juste et équitable », tonnent les avocats de la défense. Le président du tribunal Gilbert Schilick ne se laisse pas influencer. Et ils peuvent poser leurs questions à l’ancien ministre des Transports qui se trouve pour la première fois devant le tribunal. A la question de savoir avec qui il avait signé ledit contrat, il affirme que c’était avec le directeur général d’APM Kevin Walls, précisant que c’est Otélé Essomba qui l’accompagnait. Il est alors relevé que ce contrat avait été signé en violation des procédures de passation des marchés publics.
Imperturbable John
L’ancien Mintrans est clair : « j’ai signé conformément aux instructions qui m’avaient été données. Le secrétaire général adjoint à la présidence René Owona m’avait remis le dossier en me disant que le contrat doit être signé compte tenu des problèmes que connaît la Camair ». Il rappelle d’ailleurs que la seconde fois qu’il avait été convoqué par René Owona, ce dernier s’était mis à le gronder comme s’il n’avait pas compris l’urgence de la situation. « Il m’a dit que ce contrat devait être signé avec Apm qui est un expert. Et je n’avais pas d’autres choix que de le signer parce qu’il fallait obéir à la haute hiérarchie », avoue le témoin du jour Otélé Essomba qui est en détention depuis 15 mois à cause de ce contrat, ne comprend pas son inculpation. Etant dit que la violation d’une des règles de procédures de passation des marchés publics « est une faute de gestion et non un crime ».
L’ancien Mintrans est imperturbable : « le dossier est venu de la présidence déjà bouclé ». L’affaire des 31 millions de dollars, l’argent détenu par Gia destiné à l’achat de l’avion présidentiel - Albatros, est soulevée par Otélé Essomba qui était l’Adg adjoint de la Camair. « Y avait-il un signe que Mebara avait détourné les 31 millions de dollars détenus par Gia ? », interroge la défense des accusés. « Jamais », répond John Begheni Ndeh qui d’ailleurs dit n’avoir pas été au courant du transfert de cet argent à Gia par l’Etat du Cameroun. Peu importe la manière dont lui posait la question, l’ancien ministre des Transports n’a changé de version, insistant sur le fait que son devoir était « d’obéir à la haute hiérarchie ». 5 heures d’audition, plus de 70 questions à lui posées, ce n’était vraiment pas évident pour le directeur général de la Mideno – la Mission de développement de la Région du Nord-Ouest. « Plus vite on ira, plus ce sera mieux pour nous », souhaite Jean Marie Atangana Mebara. Il est 18h22 lorsque le président Gilbert Schilick fait savoir que l’affaire est renvoyée au 5 mai 2011 pour la suite des auditions des témoins de l’accusation.
JEAN-PIERRE BITONGO
