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Henriette Ekwe:« Les militants du Rdpc ne savent pas tout ce qu’ils doivent aux combattants de l’ombre »

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Henriette-Ekwe1Seule africaine à avoir reçu cette année le prix du courage féminin, notre consœur témoigne du combat  mené pour les libertés et  la démocratie et évoque l’impact de l’arrestation en 1985-1986 de quatorze dirigeants upécistes.

Le 26 ème anniversaire du Rdpc est survenu au cours du mois où vous  avez reçu le  prix du courage féminin du Secrétaire d’Etat américain. Est-ce le couronnement d’une carrière de militante de la liberté et de la démocratie ?

 

C’est vrai que ce prix vient marquer une consécration d’une longue vie d’engagement aussi bien en politique pour la liberté et la démocratie que pour la liberté de la presse. Mais cette reconnaissance s’adresse aussi à mes compatriotes qui ont souvent tendance à arroser ceux qui ont lutté pour leur liberté d’insultes et de mépris. Comme si nous devions avoir honte de ce combat parce que nous ne sommes pas parvenus au pouvoir.

 

Les militants du Rdpc ne savent pas tout ce qu’ils doivent à ces combattants de l’ombre qui allaient en prison par vagues et continuaient pourtant à porter sur la scène internationale le témoignage de la répression des libertés civiques dans notre pays. C’est après l’arrestation de quatorze dirigeants upécistes en 1985-1986 et la bataille médiatique qui s’en est suivie que les élections à listes multiples ont vu le jour au sein du parti unique. On se battait pour la liberté de tous de choisir et de critiquer.

 

C’est aussi l’occasion de rappeler que dans tous les pays du monde, tous ceux qui se sont battus pour les libertés et la démocratie sont honorés, sauf chez nous. Je me suis mise, par la portée de ce prix, à la dimension du pays et de l’administration qui me le donne. C’est une immense responsabilité aussi vis-à-vis des miens.

 

Certaines pontes du Rdpc et du régime pourraient penser que ce prix pourrait vous amener à présenter votre candidature à la prochaine élection présidentielle. Avez-vous une telle ambition ?

Pour être candidat à une élection présidentielle,  il faut s’appuyer sur un appareil politique fort. Pour le moment ce n’est pas à l’ordre du jour. Mais, je me sens capable de diriger ce pays compte tenu de mon expérience politique qui ne souffre d’aucune contestation.

Quel rôle pourriez-vous jouer en cette année d’élection présidentielle au Cameroun ?

Je suis journaliste et je me contenterai d’analyser les projets de société que les candidats présenteront à la Nation. C’est mon rôle de journaliste politique et je m’y tiendrai.

Comment appréciez-vous l’accueil à vous réservé par vos confrères à votre arrivée à l’aéroport  international de Douala ?

 

J'ai été très émue par  cet accueil auquel je ne m’attendais pas du tout. Je savais que mes confrères avaient accueilli la nouvelle de ce prix avec beaucoup de fierté au regard de nombreux messages de félicitations et de soutien qui me sont parvenus dès l’annonce de l’événement par l’ambassade des Etats-Unis au Cameroun.  De voir la presse à la descente de l’avion a été un moment inoubliable pour moi, et j’en remercie tous mes confrères qui se sont dérangés pour me faire honneur.

Quelle signification personnelle accordez-vous à ce prix ?

Ce prix est une immense reconnaissance pour moi qui ai lutté dans la clandestinité d’abord sans aucun espoir un jour d’être reconnue pour cela. Il est même souvent arrivé que mes concitoyens pour lesquels je me suis battue pour qu’ils accèdent à la liberté et à la démocratie me couvrent de mépris comme si je devais avoir honte de m’être engagée jeune et d’avoir accepté d’en payer le prix le plus fort.

 

Par ailleurs,  ce prix couronne le courage en journalisme. J’ai connu des déboires judiciaires avec un tout puissant ministre des finances aujourd’hui derrière les barreaux et je me suis insurgée contre l’arbitraire avec l’affaire des journalistes incarcérés et torturés à la Dgre qui a abouti à la mort du confrère Cyrille Germain Ngota.

 

Cette reconnaissance est un encouragement à poursuivre le combat pour la transparence aussi bien dans la gouvernance démocratique qu’économique et sociale.  Des idéaux pour lesquels je continuerai à me battre jusqu’à la fin de mes jours.

Avez-vous reçu les félicitations de l’ambassadeur du Cameroun à Washington, ou alors d’un membre du gouvernement depuis la réception de votre prix ?

Ni de l’un ni de l’autre. Si nos confrères de la presse officielle ont refusé d’en parler, cela veut tout dire.

Vous avez, à cette occasion, côtoyé Michelle Obama et Hillary Clinton. De quoi avez-vous parlé ?

Essentiellement des difficultés de la presse au Cameroun.

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