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Des restaurants à l’air libre sans eau courante. Les consommateurs semblent insensible à la menace qui pèse pourtant résolument sur la ville de Yaoundé. C’est le cœur de la ville de Yaoundé. La tour du marché central se dresse tout à côté, majestueuse. Les hommes et femmes assis en face, pour l’instant, ne peuvent pas la voir. Ils ont la tête plongée dans leurs plats.A tout juste un mètre de la chaussée, se trouve un restaurant en plein air. Quatre seaux en plastiques fermés, une bassine contenant une eau mousseuse et jaunâtre, une femme qui tient dans la main une boule de couscous de maïs qu’elle vient de tirer d’un emballage en plastique et qu’elle essaie tant bien que mal de caler dans un plat, à côté d’un petit tas de feuilles vertes.
Il est bientôt 13h et il n’y a plus de place sur le seul banc donc dispose le restaurant de fortune. Les retardataires peuvent toujours se tourner vers l’établissement d’à côté. Un marché spontané du même type, où une dizaine de personnes s’acharnent sur des plats chargés à ras bord. La star des lieux : la sauce d’arachide, reconnaissable à sa couleur orangée. Elle est répandue, pour certains, sur un tas de riz. Pour d’autres, du spaghetti s’est ajouté au riz. Mais le plaisir semble être le même pour tous les consommateurs.
Tout autour du marché central de Yaoundé, autour de midi, plusieurs vendeuses d’aliments se sont installées. La pluie qui a montré son nez quelques minutes plus tôt, ce mardi 29 septembre 2011, n’a pas découragé les mangeurs du bord de la route.
Toilettes
Juste avant d’atteindre l’avenue Kennedy, en venant du marché central, il y a une espèce de milieu clos. A l’abri des regards des usagers de la route, des dizaines de consommateurs d’aliments divers se retrouvent tous les jours dans ce couloir. Tout autour, il y a des boutiques de téléphone portable. Il y a un bar aussi. Mais ce qu’il y a de plus remarquable, c’est le nombre de plats servis ou en voie de l’être.
Sous deux parasols, se trouvent des marmites. Certaines sont couvertes, d’autres ouvertes. On peut apercevoir des morceaux de viande qui, combinés à l’alléchante odeur qui se dégage, donne envie de s’attabler. Beaucoup n’y ont pas résisté. Deux hommes d’âge mûr viennent d’arriver. «Prend le poisson on mange», lance l’un d’eux. Après un conciliabule de quelques minutes, c’est finalement deux plats de bouillon de viande bœuf accompagnée de plantain qui seront servis. Pas d’eau, pas d’allusion au choléra non plus qui, pourtant, ne cesse de faire des victimes dans la capitale du Cameroun.
Pas le moins du monde intimidé par la concurrence, un vendeur de viande grillée s’amène. La cuvette qu’il porte sur la tête et à moitié couverte par une feuille de papier tâchée. La viande qu’il propose dégage une odeur qui est loin d’être agréable. Il s’agit de boyaux, intestins et autres parties intérieures du bœuf. «Il y a quoi ? » demande l’un des deux consommateurs de bouillon. «Le soya», lui répond-on en face. «Donne-voir», relance l’autre. Le vendeur coupe un petit morceau de viande, le tient entre son pouce et son index et le tend à son potentiel client. Celui-ci le reçoit avec ses propres pouce et index et le jette à la bouche sans autre forme de procès. Deux mouvements de mâchoire et une autre question : «Il n’y a pas ce qui est cuit ?» Un autre morceau change de mains. «Mélange alors», conclut le client. La commande est passée.
A côté de son plat de bouillon, le client va également manger des déchets de bœuf grillés. A aucun moment il n’a pensé à se laver les mains. Entre-temps, le va et vient des vendeuses de nourriture n’a pas cessé. D’autres personnes aussi marchent tout autour. Beaucoup se dirigent vers une porte grillagée. On y lit : «Toilettes payantes 50 F ». Leur proximité avec ce qu’on vend, mange, tripote, ne réveille même pas la peur de l’épidémie ambiante. «C’est chaud», nous avoue un client. «C’est pour les aliments froids que l’on peut avoir peur», poursuit-il. Comme pour le démentir, plus haut, un jeune homme suce un sachet d’eau. Le produit est pourtant interdit de vente depuis vendredi dernier par le préfet du département du Mfoundi. La raison : l’épidémie de choléra. Celle-ci a causé, il y a une semaine, la mort de deux personnes qui avaient mangé du taro dans un restaurant de fortune au quartier Mimboman à Yaoundé.
Jules Romuald Nkonlak
