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Les administrations des deux métropoles rivalisent de mesures pour barrer la voie aux vendeurs ambulants, qui courent toujours. Les dieux des affaires ne sont pas toujours favorables. Mais ce lundi 28 mars 2011, Cyrille Libi, 22 ans, pressent que la moisson sera abondante.
Le jeune vendeur d’eau embouteillée vient de collecter environ 500 bouteilles vides. La collecte ne s’est pas faite à tout hasard. Il doit remercier les agents d’entretien de l’hôtel Hilton et ceux de quelques immeubles, qu’il a pris l’habitude de fréquenter. «Une bouteille vide de Source Tangui me coûte 25 Fcfa», confie-t-il en rangeant soigneusement ses contenants dans un sac défraîchi de 50kg ayant manifestement contenu du riz.
Pour l’heure, lesdites bouteilles sont aplaties, mais elles retrouveront leur forme originelle dès le lendemain, après un processus bien particulier. «Je collecte les bouteilles vides au centre-ville de Yaoundé, mais c’est à l’hôpital d’Ekoan Maria, à la sortie de Yaoundé, que je les remplis d’eau propre», révèle cet ancien apprenant de mécanique. Et, tous les soirs au péage de Mbankomo, à la sortie sud de la ville, les bouteilles de Cyrille ruissellent de mille gouttelettes fraîches. Les passagers des agences de voyage qui passent par là n’y voient que du feu. «Au lieu de 100 francs en guise de prix d’une bouteille d’eau de 60cl, certains clients me donnent 500 francs parce que la bouteille est propre», lance fièrement l’ancien apprenti maçon.
C’est dire si le business est florissant. Cyrille et son aîné (25 ans) comptent d’ailleurs sur les retombées de cette affaire hydrique pour se construire un petit toit sur le site que leur a légué leur défunt père, à Mvog Betsi, un quartier de Yaoundé.
Laboratoire
Le jeune homme affirme ne pas être au courant de la mesure d’interdiction prise le 25 mars dernier par le préfet du Mfoundi, pour proscrire la vente d’eau d’origine douteuse dans la circonscription de Yaoundé 4. Une qui connaît bien le libellé dudit arrêté, c’est Mama X. Bien installée à l’entrée des services du gouverneur de la région du Centre, lequel immeuble abrite la préfecture du Mfoundi, cette quadragénaire guette de potentiels clients.
Bien consciente de la mesure préfectorale, Mama X. s’assied sur le seau qui contient des sachets d’eau de marque «Golden», qu’elle vend à 50 francs l’unité. «Le préfet, c’est mon voisin. On habite tous deux près de l’immeuble de l’ancien capitaine des Lions indomptables du Cameroun. Cette eau est même plus potable que celle de nos robinets», lance-t-elle à un client impatient. «Dis donc, tu bois de cette eau interdite, tu meurs, tu ne bois pas, tu meurs! Passe-moi le sachet…» lâche le client en commandant un second sachet. «La société Golden produit de l’eau fiable», explique Mama X.
Sur un sachet de cette marque, le consommateur peut lire que cette eau «est régulièrement contrôlée par un laboratoire agréé et conditionnée par Sogoprocam à Douala». La tentative pour joindre, au téléphone, les promoteurs de la marque au numéro indiqué sur le sachet d’eau, donne droit à une sonnerie sans fin. A l’observation, le préfet du Mfoundi a du pain sur la planche. Jean Claude Tsila rejoint dans ce combat le gouverneur de la région du Littoral, Francis Faï Yengo, qui a signé un arrêté le 29 novembre 2010 interdisant la production et la vente illégale et anarchique de l’eau de boisson dans sa zone de compétence.
C’est le 21 mars dernier que ledit arrêté a été appliqué par une descente effective d’une équipe mixte composée d’agents de la délégation régionale de l’Energie et de l’Eau du Littoral, ceux du ministère de la Santé publique et ceux de la communauté urbaine ainsi que des forces de l’ordre. Cette équipe avait alors procédé à une importante saisie de sachets d’eau de marque «Yassa», «Golden», «Aquafresh», «Cristaline», «Aquavita», «Source de terroir», «Golf Water», «Alaska Cool», «Tanga» et des bouteilles flanquées des labels d’eau minérale «Source Tangui» et «Semme». Ces stocks d’eau traitée dans des conditions douteuses ont été conservés dans les locaux de la délégation régionale de l’Energie et de l’Eau du Littoral.
Monique Ngo Mayag
