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Détournements et corruption : L’Etat abandonne les poursuites judiciaires

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ancien-palaisCertaines personnes interpelées dans le cadre de l’opération de lutte contre les détournements de deniers publics ont retrouvé la liberté contre paiement des montants incriminés. Au moment où les observateurs avertis de la scène politique camerounaise spéculent encore sur les noms des prochaines proies de l’ « Epervier », voici qu’une information, d’abord distillée sous la forme d’une rumeur, vient mettre un sérieux doute sur les fermes intentions du président Paul Biya à traquer vraiment les prévaricateurs de la fortune publique. Selon des sources concordantes, certains hauts cadres des ministères des Enseignements secondaires et de l’Education de base, viennent de retrouver la liberté, après sensiblement trois semaines passées derrière les barreaux de la prison de Kondengui. Il s’agit entre autres de Christine Azo’o Nkoulou, l’épouse de l’un des vice-présidents de l’Assemblée nationale Théophile Baoro, qui a recouvré sa liberté mercredi dernier dans la soirée. L’ex contrôleur financier du ministère des Enseignements secondaires (Minesec) aurait plaidé coupable au parquet avant de signer l’engagement de rembourser la somme d’argent que la justice lui impute. Selon les mêmes sources, un premier versement aurait d’ores et déjà été effectué auprès du Trésor public. Christine Azo’o rejoint ainsi sur la liste des personnes mises sous mandat de dépôt à la principale de Yaoundé, puis remises en liberté après avoir manifesté leur

engagement à rembourser l’argent volé à l’Etat, Simon-Pierre Amougui, le délégué régional du Minesec pour le Centre et Hilaire Ndjewel, chef de la cellule de communication du même département ministériel et parenté de l’actuel chef de ce département ministériel.

Favoritisme ?

Depuis la dernière opération qui ont vu l’arrestation de certaines personnalités comme Catherine Abena, ancienne secrétaire d’Etat au Minesec, Henri Engoulou, ancien ministre délégué auprès du ministre des Finances, chargé du Budget, Ntongo Onguéné, ancien Dg des Aéroports du Cameroun, certains suspects, notamment dans les dossiers Minesec et Minedub bénéficient de la mesure d’abandon des poursuites judiciaires en échange de leur engagement à rembourser les fruits de leurs malversations financières. A en croire des sources proches de ce dossier, ces mis en cause auraient profité d’une perche tendue par le procureur de la République, alors que notre informateur parle plutôt d’une clémence spéciale instruite par le chef de l’Etat. Toujours est-il que c’est au procureur de la République d’apprécier les cas des uns et des autres.

Toujours selon notre informateur, seuls les auteurs présumés des actes de détournement « les moins graves » pourront voir les poursuites du ministère public abandonnées. En échange bien sûr du remboursement intégral des sommes leur étant imputées. Approchés, certains hommes de droit restent dubitatifs sur les contours qui fondent cette mesure, fut-elle de « clémence du chef de l’Etat. » Car, le fait d’accepter de verser cette somme d’argent, suppose que le mis en cause reconnaît s’être rendu coupable de détournements.

Selon un avocat qui a souhaité s’exprimer sous le sceau de l’anonymat, « si certains mis en cause ont effectivement été remis en liberté, cela ne signifie pas que les poursuites engagées à leur encontre devraient automatiquement être levées. Pour la simple raison que la mesure proposée ne repose sur aucun texte et pose des problèmes de fond en matière d’équité judiciaire. » D’après lui, des zones d’ombre entourent la mise en œuvre de cette démarche. D’autant plus que la loi condamne fermement toute personne rendue coupable de détournements de deniers publics allant au-delà de 500.000 Fcfa. D’où vient-il que des gens donc les détournements se situent au-delà de ce montant soient remis en liberté ? Qu’entend-on par actes de détournement « les moins graves » ? Quelle est la base d’appréciation de la gravité de ces actes ? Autant de questions qu’on se pose au sein de l’opinion nationale.

Opération à tête chercheuse

Avec ces mises en liberté, les détracteurs du président Paul Biya sont revenus à la charge. Ils estiment en effet que le pouvoir en place utilise cette opération de traque des corrompus pour avoir la voie libre aux prochaines élections, en 2011. Ces derniers ne comprennent pas comment ce ne sont que les « petits voleurs » qui sont remis en liberté, alors que le montant de leurs détournements ne constitue pas grand-chose, contrairement au trésor de guerre mis de côté par des personnalités comme Polycarpe Abah Abah, Atangana Mebara, Ondo Ndong, Urbain Olanguena Awono, pour ne citer que celles-là.

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