8 mars : Chantal Biya absente de la grande parade


Plus de 40.000 femmes ont pris part hier au défilé au Boulevard du 20 mai à Yaoundé. Elles ne voulaient pour rien au monde rester en marge de cette 26ème édition de la célébration de la Journée internationale de la femme (Jif).
La preuve, elles ont sorti leurs kabas de l’une des éditions antérieures de ladite célébration pour prendre part au désormais traditionnel défilé des femmes du 8 mars. Qu’importe si cela détonait ! Le plus important était d’être dans la partie. Dans la joie. Aussi, dès 8h hier, 8 mars 2011, nombre d’entre elles se sont ruées au lieu-dit rond point de la Poste centrale à Yaoundé. Toutes vêtues de l’uniforme de la femme, elles venaient communier avec leurs cons?urs à l’occasion de cette Jif dont le thème retenu, au Cameroun, était «Egalité d’accès à l’éducation, à la formation et à la technologie : sentier pour un travail pour les femmes».
Laquelle éducation, faut-il le rappeler, «concerne toutes les femmes camerounaises, qu’elles soient des zones rurales ou urbaines parce que la femme qui met au monde un enfant doit commencer à éduquer son enfant dès sa naissance jusqu’à ce que cet enfant devienne un homme. Donc elles sont interpellées», fait savoir le Pr Marie-Thérèse Obama, ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille (Minproff).
Du coup, les automobilistes n’ont plus eu accès au rond-point de la Poste centrale ou encore au Boulevard du 20 mai, point de convergence des célébrants. La faute aux barricades érigées par les forces de maintien de l’ordre qui assuraient la bonne tenue de la cérémonie. Les modèles, il y en a pour tous les gouts. Même si les couleurs dominantes sont le vert et le bordeaux, celles retenues pour les tissus de cette année. Et les coupes alors ? La parade des femmes permettra d’avoir une vue d’ensemble d’une grande diversité. Entre les kaba Ngondo, les kaba cellulaires, les tailleurs, les ensembles boubous… il y en avait pour tous les styles. Les chapeaux en pailles ornées des tons du jour et d’autres froufrous venaient en rajouter à l’originalité des tenues des unes et des autres.
Dans les rangs, constitués de neufs wagons repartis selon une thématique bien précise, l’ambiance est conviviale. Entre accolades, baisers, cris de joie, insolites et autres humours, tout est mis à contribution pour détendre l’atmosphère. La grande absente du jour est Chantal Biya, un temps pourtant annoncée à cette communion féminine annuelle. N’empêche, la fête est belle. La Minproff, représentante personnelle de l’épouse du chef de l’Etat, qui préside là sa deuxième manifestation du genre, est ravie. «Je suis satisfaite. La modération m’a marqué. Le défilé s’est déroulé dans la sérénité et la détente. Je souhaite que cette détente et cette sérénité se poursuivent jusque dans les domiciles, jusqu’à demain et qu’il n’y ait pas de dégâts ; qu’on ne retrouve personne dans un commissariat ou dans une salle d’urgence et que nous continuions à réfléchir sur le thème qui porte sur l’éducation», indique Marie-Thérèse Obama. Ses invités sont tout autant émus. Parmi ces derniers, on peut reconnaître de nombreuses femmes, membres du gouvernement, responsables de l’administration, diplomates, épouses desdites autorités….
A côté de l’originalité des tenues et des coiffures, on peut apprécier les chaussures, ou simplement admirer le pas alerte des unes, dynamiques des autres. Mais aussi nonchalants d’autres encore. Mais il y a de la vie dans tout cela. Dans les messages : «Oui pour la promotion et l’épanouissement de la femme camerounaise», «Les handicapés réclament les mêmes possibilités d’accès aux emplois. Disent NON à la discrimination», «Femme camerounaise, de ton vote dépend ton avenir», «Je m’inscris. Je vote. Je décide», «Le désordre ne passera pas par les femmes». Dans les chants de ralliement : «Qui t’a accouché si ce n’est pas la femme ? Ô, la femme, la femme, la femme». Dans le panel des défilants avec, dans le wagon de la société civile, la forte présence des femmes des églises et autres groupes religieux comme celles du « Ministère Va et raconte » de Tsala Essomba.
Pendant 2h15 minutes, le goudron du Boulevard du 20 mai verra défiler un échantillon de toutes les couches sociales féminines de la société camerounaise. Et même de toutes les régions. Comment minorer le passage de la Northwest Women empowerment Forum (Nowwef), ou celui de leurs homologues de l’Association of Southwest Women for Development (Aswodev) ; ou encore celui des femmes du Soleil Levant, des femmes Bansoa ou des femmes Guiziga ! La symbolique étant la femme, socle de l’unité sociale ; mieux, le dynamisme de la femme camerounaise, où qu’elle se trouve. Car à côté de la Bayam-Sellam qui est ovationnée parce que mamelle nourricière, le défilé motorisé, avec une quinquagénaire sur un compacteur du Matgénie, permet alors d’afficher un autre trait de caractère de la femme camerounaise : son courage.
Au fait, combien étaient-elles hier en ce lieu plein de symboles ? 40.000 officiellement enregistrées au Minproff. Mais bien plus, au regard de la longueur de ce train dont on n’attend pas que la mobilisation le 8 mars. «La fête ne s’arrête pas aujourd’hui. La réflexion continue pour que nous bâtissions le Cameroun de demain qui repose sur une famille forte comme notre première famille au Cameroun», déclare, sourire au coin des lèvres, le Pr Marie-Thérèse Obama à la fin de la grande parade.
Bertille Missi Bikoun et Jules Dassi (Stagiaire)