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Bruits de détournement à l’université Yaoundé I

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universite-yaounde1Environ 2 milliards ont été alloués en 2005 pour l’augmentation de 800 nouveaux lits à la cité universitaire. Au terme de la grève d’avril- mai 2005, Jacques Fame Ndongo, le ministre de l’Enseignement supérieur, décide de mettre à la disposition des étudiants de nouvelles places à la cité universitaire. D’après Jean - Paul Mbia, chef de la cellule de communication,

 

«  un budget d’environ  2 200 000 000  Fcfa est débloqué du budget d’investissement public du ministère de l’Enseignement supérieur, pour l’augmentation  de 800 lits à la cité universitaire étalé sur trois ans . Le chantier devait être livré en 2008 ». Deux entreprises ont été retenues pour l’exécution du marché : Dj Ceramica, pour la construction du bloc de 400 lits pour les filles, et Dpe Inter, qui avait en charge le bloc de 400 lits des garçons.

 

Problèmes : non seulement le chantier n’est pas complètement achevé jusqu’à ce jour, mais l’étroitesse des chambres a suscité l’ire des étudiants de l’Association pour la défense des droits des étudiants du Cameroun (Addec). Ce qui a amené Jacques Fame Ndongo, ministre de l’Enseignement supérieur, à indiquer qu’il y aura désormais une personne par chambre. Ce qui porte plutôt à 400 le nombre de bénéficiaires, au lieu des 800 prévus. Comment a-t-on pu laisser  la construction de 800 chambres pour étudiants aller à son terme alors qu’elles ne respectaient pas les normes de construction en zone de résidence universitaire édictées par l’arrêté interministériel de 2006 signé par le ministre de l’Enseignement supérieur ? D’après en cet arrêté, la plus petite chambre pour étudiant devrait s’étendre sur 9m2 pour une chambre individuelle. Or les chambres en construction sont de 8,99m2 pour deux étudiants.

 

 

Pour Jean Paul Mbia,  « le ministre n’a pas qualité à aller sur le terrain. Il n’a fait que débloquer les fonds ». Mais reconnaît que « les chambres sont exiguës » et parle de « mauvaise exécution du marché ». Qui est donc responsable ? « Le directeur de l’Infrastructure, de la Planification et  du Développement (Dipd) devait s’assurer de l’identification du site et de la réalisation du marché ». Pour corroborer ses propos, il nous envoie chez le conseiller technique n° 2. Mais ce dernier s’avoue incapable de nous éclairer et fait savoir que « c’est la directrice des Affaires générales du ministère qui gérait le dossier ». Elle s’appelle Mbomo Marie Joséphine. La Dag, comme on l’appelle familièrement, refuse de s’exprimer. « Je ne peux pas parler sans l’aval du ministre. Laissez vos contacts et je vous rappelle dès que j’ai l’accord ». Cet appel, 72 heures après l’échange, nous ne le recevrons pas, jusqu’à la mise sur presse.

 

A l’université de Yaoundé 1, personne ne veut entendre parler des 800 nouveaux lits de la cité universitaire. Un responsable  affirme : « Faudrait pas que c’est quand ça brûle qu’on cherche les boucs émissaires ». Ils nous apprend que « l’université n’a pas été associée à l’exécution de ce marché. Tout a été commandé et piloté par le Minesup. Les gens partaient de leurs bureaux pour venir tenir des réunions ici. Il s’agissait d’un marché de 2milliards Fcfa. ».

 

A la Dipd, le ton est colérique. Nous n’avons pas pu rencontrer le directeur, mais deux de ses collaborateurs. Le premier explique, « Nous n’avons même pas été associés à la pré-réception technique. Au contraire, nous avons, avec Dorothy Ndjeuma, émis des réserves sur le budget alloué à cet investissement et les travaux qui y étaient effectués. Il avait été déjà demandé qu’on transforme les chambres de deux lits en une chambre. Mais les collaborateurs du ministre ont refusé. » Un autre ajoute : « On n’a pas eu la possibilité de mettre le nez dans cette histoire. Ils auraient pu, comme cela se fait d’habitude nous laisser gérer les choses, mais ils sont intervenus. Qu’ils assument.» L’une des personnes, ayant effectué des visites sur le site lorsqu’il était en construction nous confie que : « les entreprises n’ont fait que respecter le plan de construction dessiné par le cabinet d’architecte ».

 

Le cabinet en question ici, c’est le cabinet Bomba, que dirige Bomba Charles. D’après nos sources, « il officiait  sur le terrain comme cabinet de contrôle ». C’est lui qui a conçu le plan des chambres. L’ingénieur du ministère des Travaux publics et le cabinet de contrôle, dont les noms ne nous ont pas été communiqués par nos interlocuteurs au Minesup et au Rectorat, malgré notre insistance, « n’ont fait qu’appliquer les plans du cabinet d’architecture».

 

Par ailleurs, dans l’entourage de Dorothy Ndjeuma, ancien recteur, on nous fait savoir que « la procédure habituelle qui voudrait que l’université s’assure du suivi du chantier n’a pas été respectée, non seulement parce qu’il s’agissait de la gestion de 2 milliards, mais aussi parce que nous avons émis des réserves sur le coût du chantier ». Dès lors, comment un tel plan a-t-il pu passer à l’Agence de régulation des marchés publics (Armp)  et  au Minesup et au ministère des Travaux publics sans éveiller le moindre soupçon de la part des différents services techniques?

 

 

Les responsables du Minesup et du rectorat  n’ont pas pu nous faire accéder au dossier du chantier et aux procès-verbaux des réunions. Un ensemble de questions se posent donc : quel a été le niveau d’implication de l’Armp dans la validation du marché ?  Pourquoi l’ingénieur du ministère des Travaux publics a-t-il laissé se poursuivre les travaux malgré les réticences de l’ancien recteur ?  Pourquoi les entreprises qui ont gagné le marché n’ont-elles pas émis des réserves sur la qualité du projet ? Quel rôle a joué la Dag ? Pourquoi la Dipd de l’université   a - t’-elle été exclue de la gestion du projet ?

Boris Bertolt

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