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Présidentielle 2011 : Entre conservateurs, idéalistes et chasseurs de primes

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palais-etoudiLe scrutin d’octobre prochain mettra en action toutes sortes de candidats à la conquête d’une fonction comparée à celle d’un demi-dieu.
A vos marques, chers candidats !
Compte tenu de diverses dispositions réglementaires, l’organisation en octobre prochain d’une élection présidentielle est un secret de polichinelle. Au moins autant que la candidature de Paul Biya, président national du Rdpc, à sa propre succession à la tête de la magistrature suprême. En s’adressant à la nation le 31 décembre dernier, mais aussi peu avant, à Bamenda lors de la célébration du cinquantenaire des armées et, peu après, à Ebolowa à l’ouverture du comice agro pastoral, l’actuel chef de l’Etat a confirmé le rendez-vous majeur de cette année et indiqué, à travers la durée des projets qu’il est en train de lancer, qu’il comptait bien jouer un rôle important. Ce qui semble avoir définitivement donné le ton à une année qui sera politique sur toute la ligne.
Et même si le corps électoral n’est pas convoqué, encore moins la campagne électorale ouverte, chaque candidat déclaré multiplie depuis lors actes et apparitions publiques pour commencer à préparer l’opinion et la prendre à témoin. La semaine dernière a ainsi été le théâtre de duels à distance entre le camp du pouvoir et celui d’une partie de l’opposition avec pour enjeu la mobilisation et la séduction du peuple autour des manifestations de la semaine des martyrs.
Mais qui sont les candidats à la prochaine élection présidentielle ? Quel est leur parcours politique et que promettent-ils aux Camerounais pour les 7 prochaines années ? Mutations poursuit sa série sur la Présidentielle 2001 à travers ce dossier où il précise l’importance de la fonction présidentielle et présente, par ordre alphabétique, ceux qui, pour instant, ont indiqué leur intention de conduire aux destinées de la République du Cameroun.


Une lecture attentive des responsabilités dévolues au président de la République par la constitution, probablement plus encore que les actes pris au quotidien par ce dernier, démontre à suffisance le poids et l’importance quasi divins de cette fonction sous nos latitudes, qui a amené plusieurs théoriciens et enseignants de droit constitutionnel à actualiser ce cours pour présenter le régime politique camerounais comme un présidentialisme poussé à l’extrême, c'est-à-dire un système qui ne fonctionne que pour et par le président de la République.
C’est donc à juste titre que le propre site de la présidence de la République du Cameroun le présente comme «la clé de voûte du système politique camerounais. Chef de l'État, il incarne l'unité nationale. La Constitution lui confère des pouvoirs très importants : il définit la politique de la Nation, veille au respect de la Constitution, assure par son arbitrage le fonctionnement régulier des pouvoirs publics.
Il est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire, de la permanence et de la continuité de l'État, du respect des traités et accords internationaux (Article 5).» Selon ce même site, dont on devine bien par qui cette rubrique est animée, «La position centrale qu'occupe le Président de la République au sein des institutions camerounaises se fonde sur le fait qu'il est l'élu de la Nation toute entière.» On ne nie pas en effet que, même si cette forme d’élection a été querellée et continue de soulever de vives polémiques, «Le Président de la République du Cameroun est élu au suffrage universel direct, à un tour et à la majorité des suffrages exprimés.» Autre élément de controverse, le mandat présidentiel est de 7 ans, jusque là renouvelable une seule fois (tel qu’expérimenté en 1997 et 2004, a été révisé en avril 2008 en faisant sauter le verrou de la limitation des mandats, ce qui permet à l’actuel locataire du palais de l’Unité de briguer un nouveau mandat, à plus de 78 ans.

Acteurs sous l’éteignoir
Sans doute la volonté de durer, de s’éterniser, plus que le désir souvent proclamé d’achever en beauté les projets engagés pour la nation. Probablement aussi l’intention, particulièrement encouragée par les courtisans et clans qui l’entoure, de profiter des larges avantages octroyés par la Loi fondamentale dont l'article 8 dispose que «le Président de la République représente l'État dans tous les actes de la vie publique. Il est le chef des Forces Armées. Il veille à la sécurité intérieure et extérieure du territoire national. Il accrédite les ambassadeurs, et les envoyés extraordinaires des puissances étrangères sont accrédités auprès de lui. Il promulgue les lois. Il exerce le droit de grâce après avis du Conseil Supérieur de la Magistrature. Il exerce le pouvoir réglementaire.
Le Président de la République crée et organise les services publics de l'État. Il nomme aux emplois civils et militaires. Il peut dissoudre l'Assemblée Nationale».

Et ce n’est pas tout. Selon les dispositions de l’article 9, de la même Constitution, «Le Président de la République peut proclamer par décret l'état d'urgence qui lui confère des pouvoirs spéciaux. Il peut aussi par décret, proclamer l'état d'exception et prendre à ce titre toutes les mesures qu'il juge nécessaires». Quand on y ajoute le fait que «Le Président de la République nomme le Premier Ministre et, sur proposition de celui-ci, les autres membres du gouvernement. Il fixe leurs attributions et met fin à leurs fonctions», on comprend bien que c’est bien lui le personnage central de la vie publique et de la vie politique du Cameroun.
Personnage ayant finalement mis sous l’éteignoir les six autres acteurs politiques dont le rôle est désormais plus ou moins ingrat : le Premier ministre, émanation du président de la République dont il applique sans retenue le programme politique et qui peut être démis par lui sans motivation ni justification particulière ; le Parlement qui ne fonctionne qu’à moitié depuis la révision constitutionnelle de 1996 (le Sénat n’ayant jamais été mis sur pied et l’Assemblée nationale, largement dominée par le parti au pouvoir, tardant encore à s’émanciper de la tutelle pour réfléchir à des lois préparant à un Cameroun moderne).
Autres acteurs inopérants, le Conseil constitutionnel, qui n’a jamais mis sur pied, et dont les prérogatives ont été paresseusement confiées à la Cour suprême ; le Conseil économique et social dont on ne souvient pas du dernier… conseil donné au gouvernement ; les partis politiques qui se sont multipliés au Cameroun en suivant une stratégie du pouvoir en place pour en faire une véritable tour de Babel et conforté ainsi l’assise nationale du Rdpc ; et enfin la Décentralisation qui n’est qu’à ses premiers balbutiements et qui n’aurait pu prendre sa vitesse de croisière que si le sénat et les régions avaient été mis en place.
Ce n’est donc pas un hasard si, à chaque élection présidentielle depuis le retour du multipartisme au Cameroun (depuis la Présidentielle d’octobre 1992), de nombreux candidats plus ou moins sérieux profitent de l’occasion, mais surtout des avantages matériels (financement public de la campagne électorale) et de l’exposition médiatique qu’elle confère pour faire parler d’eux, convaincus pour la plus part qu’ils retrouveront leur anonymat après, quand ils ne deviendront pas simplement des amuseurs publics… Gustave Essaka, le célèbre premier Triumvir (paix à son âme), ou Hubert Kamgang par exemple, s’étaient toujours singularisés par des programmes politiques tellement sérieux qu’on ne les prenait pas eux même au sérieux !

Alain B. Batongué
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