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En l’espace de quelques heures, le porte-parole du gouvernement, le secrétaire à la communication du Rdpc, le gouverneur de la région du Littoral, les chefs de la communauté sawa [ethnie autochtone de Douala, ndlr] ont fait des sorties médiatiques hier sans pour autant baisser la fièvre sociale.
Les services de renseignements, les forces de sécurité et de l’armée ont été mobilisés sur toute l’étendue du territoire national, particulièrement à Yaoundé et Douala, pour mater toutes les velléités de révolte des jeunes calquée sur le modèle tunisien ou égyptien. Aujourd’hui, jour anniversaire du début des émeutes de février 2008, est donc jour de vérité au Cameroun!
Une enquête de Georges Alain Boyomo, Eric Roland Kongou et Michel Ferdinand
Les faits
Il est dorénavant de Issa Tchiroma Bakary comme d’un médecin urgentiste. Ses sorties médiatiques indiquent généralement que le mercure est à un niveau inquiétant dans le thermomètre social ou, à tout le moins, que le gouvernement veut combler un vide communicationnel sur un sujet de grande préoccupation. Le ministre de la Communication n’a pas dérogé à la tradition hier. Même si, en dépit de la précision faite par le modérateur Alain Belibi, d’entrée de jeu, sur le caractère de l’échange, une conférence de presse, le porte-parole du gouvernement a pendant quelques minutes joué à cache-cache sur le véritable objet de sa sortie avant de retrouver sa faconde habituelle, après une question d’un journaliste de la Crtv.
Tout au long de ses prises de parole, le ministre de la Communication, Issa Tchiroma Bakary indiquera que Mboua Massock, Nintcheu, Kah Wallah, le Code et les autres responsables politiques, qui appellent les jeunes à descendre dans la rue font preuve d’un « manque d’imagination et d’une paresse intellectuelle ». Il a invité ces leaders à consulter l’Histoire. Selon le Mincom, le « printemps arabe» en cours a eu lieu 20 ans avant en Afrique subsaharienne. « Nous avons mis à genoux l’économie de cette Nation [le Cameroun, ndlr] pendant 7 mois. Je faisais partie du groupe. J’assume. Vous ne pouvez pas imaginez le nombre de morts enregistrés dans le cadre de la construction de notre démocratie.
En Afrique du Nord, la situation n’était pas la même. Ce n’est que maintenant que le vent du changement souffle là-bas. Il y a vingt ans que nous avons conduit cette révolution. Il faut savoir lire l’évolution de l’humanité. Ce qui se passe là-bas s’est déjà passé chez nous », a martelé le ministre. Pour M. Tchiroma, «ces aventuriers» veulent condamner le Cameroun à « l’effort de Sisyphe, un éternel recommencement. Notre pays n’a jamais été autant crédible qu’aujourd’hui. Sa stabilité est confirmée par les institutions financières internationales. La paix au Cameroun est devenue une culture ».
Contre tracts
Le ministre de la Communication a déclaré du reste que c’est maintenant que l’Etat fait ce qu’il n’a pas pu faire il y a 20 ans parce qu’il a récupéré sa souveraineté économique, après de longues années d’ajustement structurel. La mise en route des projets structurants ainsi que le recrutement annoncé de 25.000 jeunes dans la Fonction publique camerounaise. « C’est en ce moment que ces illuminés veulent perpétrés le désordre. Ils n’ont pas le monopole de l’amour du Cameroun. D’ailleurs tous ceux qui aspirent à gérer ce pays ne sont pas dans ce coup là. En tout cas, ça ne passera pas. Leur agitation est vouée à l’échec». S’agissant de la longévité au pouvoir du chef de l’Etat, Paul Biya, qui fait partie des arguments développés par les cerveaux de l’appel au soulèvement populaire, le ministre est allé du magistrale métaphore pour leur rabattre le caquet : « le président de la République a atteint l’âge où il exhale le meilleur de son parfum ».
Au passage, Issa Tchiroma rappellera qu’au comice d’Ebolowa, le chef de l’Etat a pris cinq heures pour visiter les stands et que ce sont ses collaborateurs, plus jeunes, qui le suppliait d’écourter la ronde des exposants. Au final, le ministre lancera un appel à une « thérapie collective d’exorcisme » pour faire face à la « cécité de certains hommes politiques ». Dans l’ensemble, la journée d’hier a été particulièrement houleuse pour le Pouvoir de Yaoundé, qui a fait feu de tout bois du fait de la bombe sociale dont l’explosion est annoncée pour ce jour par des leaders de l’opposition.
Des réunions ont succédé aux conciliabules à la présidence de la République, dans les services du Premier ministre, dans les différents services de renseignements et au comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais. En début de soirée, selon des sources autorisées, quatre camions bondés de nouvelles recrues de la police ont quitté Yaoundé en direction de Douala pour renforcé le dispositif déjà déployé surplace. Un conseil de cabinet est annoncé ce jour dans les services du Pm. En outre, des (contre) tracts sur papier glacé qui seraient sortis tout droit de la présidence de la République, ont été dispatchés dans la ville de Yaoundé et ailleurs à bord de taxis spécialement réquisitionnés.
On pouvait y lire : « Nous, jeunes de la ville de Douala et d’ailleurs nous désolidarisons et disons non à l’appel lancé par un groupe d’individus sans foi, ni loi, travaillant pour leur propre compte et dont l’objectif est de semer le doute et la confusion dans l’esprit de la jeunesse camerounaise. Nous disons non et non à la manipulation et à l’instrumentalisation de la jeunesse. Car nous voulons un Cameroun de paix et de stabilité ».
Le document signé « Les jeunes » a été distribué ici et là après une sortie médiatique du ministre délégué à la présidence de la République chargé des Relations avec les assemblées, par ailleurs secrétaire général adjoint du Rdpc, Grégoire Owona, qui affirmait dimanche sur les antennes d’une chaîne de radio urbaine émettant à Yaoundé que les jeunes qui descendront dans la rue auront en face d’eux ceux qui disent non à cette démarche.
Autre signe de la montée d’adrénaline dans la capitale, ce graffiti inscrit sur l’un des murs de la clôture de l’Ecole au centre en plein cœur de la ville de Yaoundé : « Chassons Biya ». Selon notre confrère Le Jour, des responsables du ministère de l’Education de base se sont échinés à gommer ce message séditieux pendant deux heures. Des opérations de ratissage par les forces de maintien de l’ordre, des points sensibles de la capitale se sont par ailleurs poursuivies hier, notamment au Boulevard du 20 mai que d’aucuns appellent déjà la « Place Tahrir » en référence au haut lieu des manifestations anti-Hosni Moubarak, en Egypte. Des escouades de policiers ont été également postées par endroits par souci de vigilance.
Certains citoyens se sont rués vers les marchés pour constituer des réserves, au cas où. D’après des informations relayées par les quotidiens Le Jour et Le Messager, Abba Aboubakar, le président de la Revolution camerounaise du peuple uni (Rcpu), l’un des leaders de l’opposition ayant appeler à l’insurrection populaire ce mercredi 23 février aurait été interpellé dimanche par la Direction de la sécurité du territoire (Dst). Interrogé sur la question hier, le Mincom n’a ni infirmé, ni confirmé l’information, se contentant de d’indiquer que « le Cameroun est un Etat de droit. Quiconque invite les Camerounais à l’insurrection vont au travers de loi » et doivent dès lors répondre de leurs actes.
G A B
