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Des barrages à la construction de Lom Pangar

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barrage-de-lom-pangar0Affaire. L’attribution du marché bloquée par la requête d’une entreprise chinoise. La Dgre enquête. Plus de deux mois après la date prévue à cet effet, le gouvernement et l’autorité des marchés publics n’ont toujours pas rendu public le nom de l’adjudicataire du marché relatif aux « travaux de construction du barrage réservoir de Lom Pangar », à l’Est du pays.

 

Mieux, l’appel d’offres en question est actuellement au cœur d’une affaire dont le Président de la République a été saisi et qui, depuis quelques jours, fait l’objet, selon diverses sources à Yaoundé, d’une enquête de la Direction générale de la recherche extérieure (Dgre).

 

 

Après les interrogations du quotidien Mutations en date du 5 janvier 2011 relatives au retard enregistré par la publication des résultats de l’appel d’offres, l’hebdomadaire La Nouvelle parle dans son édition de lundi dernier d’une « mafia [qui] bloque les projets de Lom Pangar et de Memve’le, s’appuyant sur des documents qui circulent dans certaines milieux de la capitale.

 

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A la base de cette histoire électrique, une sorte de court-circuit survenu au lendemain du dépouillement des offres et du choix, par la sous-commission d’évaluation, de la China International Water and Electric Corporation (Cwe) comme adjudicataire dans le cadre de cet important projet. Attribution pas encore rendue publique et non encore notifiée. Mais que tend à confirmer une correspondance confidentielle entre la direction du projet, et des responsables à la Banque Mondiale et à l’Agence française de développement (Afd). « Le groupement COB/ISL a analysé le rapport d’évaluation des offres que vous nous avez transmis. Dans l’attente de la signature de notre contrat et n’ayant pas participé à son élaboration, nous ne sommes pas en mesure de donner un avis officiel en tant que maître d’œuvre. Toutefois nous vous faisons part ici de nos observations et commentaires.

 

 

Nous saluons tout d’abord la grande qualité du travail de la sous-commission d’évaluation, qui donne confiance dans la pertinence du résultat de cette évaluation. Nous prenons acte de la recommandation de la sous-commission d’attribuer le marché à Cwe et nous n’avons pas d’objection à opposer à cette recommandation », écrit Michel Lino en réponse à une sollicitation de Georges Gwét, responsable du projet à Electricity Developpement Corporation (Edc), maître d’ouvrage.

 

 

Le processus suit son cours normal lorsque, de manière au moins inattendue, Sinohydro Corporation Limited, l’un des six soumissionnaires retenus pour cet appel d’offres décide de saisir, en date du 5 janvier 2011, l’autorité des marchés d’une requête « contre l’attribution du marché » à Cwe. Requête à laquelle le Premier ministre va répondre, comme le confirment les termes de cette correspondance datée du 12 janvier 2011 et adressée à la fois à Mme la Représentante résidente de la Banque mondiale et au directeur de l’Afd par Théodore Nsangou, directeur général de Edc.

 

 

« J’ai l’honneur de vous faire tenir ci-joints, à toutes fins utiles, copie de la requête de la société Sinohydro Corporation Limited contre l’attribution du marché susmentionné, accompagnée de la lettre par laquelle le Secrétaire général des Services du Premier ministre me demande de suspendre la procédure en cours, en attendant les résultats des investigations prescrites à l’Armp par le Premier ministre, chef du gouvernement ». Par ce recours, Sinohydro se dit « vraiment surpris » par le choix de la commission d’évaluation des offres. L’entreprise conteste « ce résultat » et demande au Premier ministre « de réévaluer notre offre en tenant compte de notre savoir faire et de notre expérience mondial (Sic) en matière de construction hydroélectrique.

 

 

Avant de poursuivre, sans sourciller : « En tant que leader mondial, il est incompréhensible pour nous de ne pas être l’entreprise adjudicatrice du marché. Peut-être serait-il souhaitable qu’une commission indépendante puisse réévaluer minutieusement les différentes offres ». Au Premier ministère, la requête va passer comme l’eau dans une passoire : sans retenue. Ce qui n’est pas le cas lorsqu’elle atterrit au Secrétariat général de la Présidence de la république où l’on s’étonne de la démarche de Sinohydro coupable, ici, de délit d’initié.

 

Enquête

Une enquête est dès lors prescrite par le chef de l’Etat dont l’agenda est bousculé de fait, d’autant que les projets de Memve’le et Lom Pangar constituent une belle rampe dans sa stratégie de conquête de l’opinion en cette année charnière. Théodore Nsangou, directeur général de Edc, Jules Doret Ndongo, secrétaire général des Services du Premier ministre (Sg/Spm) et Victor Arrey Mengot, président du Conseil d’administration de Edc et ministre chargé de mission à la Présidence de la République sont visés.

 

Il s’agit entre autres, de sources proches de l’enquête, de faire la lumière sur les voies par lesquelles Sinohydro a pu avoir connaissance de certains termes de l’attribution du marché alors même que la commission compétente n’a pas encore rendu public sa décision.

 

A la suite de ces interrogations concernant cette fuite d’informations et cette précipitation d’un soumissionnaire, l’enquête est fortement préoccupée par le fait que l’autorité des marchés publics ait pu recevoir une requête de la nature de celle de Sinohydro, en toute violation du code des marchés, alors même que les résultats de l’appel d’offre ne sont pas publiés. « Sinohydro aurait dû attendre la publication des résultats de l’appel d’offre selon la procédure consacrée. Après publication, les soumissionnaires ont huit jours pour introduire leurs requêtes. Ce qui n’est visiblement pas le cas ici. Il y a là un délit d’initié de mon point de vue », éclaire un cadre de l’Armp. Inspecteur à l’Agence de régulation des marchés publics et chargé, selon une source interne de traiter ce dossier, M. Ngaketcha a indiqué au téléphone qu’il ne pouvait répondre à aucune question relative à « cette affaire ».

 

 

« Saisissez les services en charge de la communication », a-t-il suggéré. Avant d’insister de la même sorte lorsque la question précise lui est posée sur la recevabilité d’une requête intervenant en toute absence de publication des résultats d’un appel d’offres. A Edc, un cadre de la communication n’était pas en mesure de répondre à nos questions, arguant que le chef de projet était indisponible. Toutefois nous avons pu apprendre d’une source interne que Théodore Nsangou, a été entendu par des éléments de la Dgre, confirmant nos sources. Le Dg de Edc a confié à ses visiteurs que l’institution qu’il dirige a travaillé en toute transparence dans le cadre de ce dossier. Evoquant les félicitations des bailleurs de fonds quant à la qualité du rapport de la commission d’évaluation. Indiquant qu’il s’est contenté d’appliquer les instructions du Sg/Spm. Faisant noter que le retard observé dans la publication des résultats de l’appel d’offres était dû au fait que le maître d’ouvrage, Edc, attendait que la Banque mondiale notifie de manière officiellement sa non objection. Si, au lieu de « surseoir » la procédure en cours, il a plutôt demandé aux partenaires que sont la Banque mondiale et à l’Afd de « suspendre » leur non objectif, ce n’était point calculé dit-il, avant de convoquer sa bonne foi.

 

 

Après un appel vain et un Sms sur l’objet de notre coup de fil, Jules Doret Ndongo, secrétaire général des Services du Premier ministre et maillon clé de ce dossier a accepté de nous parler. Souvent mis en cause dans le cadre de cette affaire et soupçonné de prise d’intérêts, il a commencé avec prudence. « Pourquoi me sollicitez-vous sur ces questions là », a-t-il demandé d’entrée, souriant et chaleureux. « Parce que vous êtes le Sg de l’autorité des marchés ». Deux questions lui sont alors adressées. « Qu’est-ce qui fait problème dans l’attribution du marché de Lom Pangar à Cwe comme demandé par la commission d’évaluation des offres ? Par ailleurs, qu’est-ce qui explique le fait que le chef du gouvernement, autorité nationale des marchés publics prenne sur lui de recevoir une requête d’un soumissionnaire malheureux alors même que les résultats ne sont pas publiés ? Qui aurait pu informer Sinohydro des résultats ? Que vise l’enquête demandée par M. le Premier ministre ? »

 

 

Réponse, toujours avec la même bonne humeur apparente : « M. le journaliste, vous savez qu’il y a plusieurs structures concernées. Pourquoi ne faites-vous pas le tour avant de vous adresser au sommet de l’échelle ? » Relance : « Nous l’avons fait. Seulement, même Sinohydro et Cwe ne veulent pas s’exprimer ouvertement. Partout, nous avons l’impression que nos questions embarrassent. D’autant que le chef de l’Etat a instruit une enquête sur la situation. » Le Sg/Spm n’a rien infirmé ou confirmé. Se contentant de ce commentaire avant de raccrocher sans aviser : « Monsieur le journaliste, vous savez qu’au sens de la loi, les procédures relatives aux marchés publics sont confidentielles. Vous le savez n’est-ce pas ? »

 

Thiéry Gervais Gango

 

Fuites et vannes

Dans cette affaire qui embarrasse jusqu’au niveau de la représentation diplomatique chinoise à Yaoundé, laquelle ne comprend pas cette querelle entre deux mastodontes chinois au Cameroun, d’autres questions sont soulevées. Elles concernent notamment le rôle du Sg/Spm et du Pca/Edc, ci-devant proche collaborateur du Chef d’Etat. Au niveau de la représentation locale de la Banque mondiale, un responsable interroge, sous anonymat, l’intervention « suspecte » des Services du Premier ministre.

 

 

Y a-t-il un réseau d’intérêts dans cette affaire dont les divers acteurs se gardent de parler ouvertement, évoquant la trop grande sensibilité d’un dossier qui n’a peut-être pas encore explosé mais exhale une forte odeur de souffre ? Y a-t-il eu pression sur l’observateur indépendant pour qu’il se dédise comme le laisse entendre une source ? La responsabilité d’un proche collaborateur du Premier ministre serait-elle en cause comme le suggère la ligne de défense de Théodore Nsangou ? Les réponses viendront sans doute les prochains jours. Soit par le silence des plus hautes autorités de l’Etat (embarrassées ?). Soit par des têtes qu’on dit promises au courant survolté du chef de l’Etat qui a instruit une clarification dans les plus brefs délais.

 

 

A la suite de la publication du texte au vitriol de notre confrère La Nouvelle, le Premier ministre Philemon Yang aurait convoqué lundi dernier Jules Doret Ndondo pour clarification, indique une source au sein de son cabinet. Dans son rapport verbal, le sg/pm a expliqué à son patron que ses instructions à Edc visaient à protéger les intérêts du gouvernement. Lesquels, dans un dossier qui ne posait jusque-là aucun problème et que les différentes parties prenantes disent conduit avec une qualité technique rare ? Le Premier ministre attendrait toujours la réponse dans un contexte où la rumeur enfle.



T.G.G

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