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Dans un discours solennel, le chef de l'État libyen Mouammar Kaddafi a fait la leçon au peuple tunisien. Et en fustigeant le changement de régime à Tunis, où le président Ben Ali a été destitué de fait, il a également réussi à faire la promotion de son système de gouvernement.
Avis aux amateurs... C'est un bel exemple de solidarité arabe : dans un discours « à l'adresse du peuple tunisien », diffusé par les médias d'État libyens, Mouammar Kaddafi a désapprouvé de manière très directe le changement de régime chez son voisin de l'Est.
« Vous avez subi une grande perte (...) Il n'y a pas mieux que Zine » (El Abidine Ben Ali) pour gouverner la Tunisie », a d'abord déclaré le « Guide », sans avoir peur de passer pour un rabat-joie.
Alors qu'une grande majorité de Tunisiens se réjouissent de l'exil en Arabie saoudite de Ben Ali, Kaddafi n'hésite pas à voler au secours de son ex-homologue en exprimant une nouvelle fois sa conception très particulière de la démocratie. « Je n'espère pas seulement qu'il reste jusqu'à 2014, mais à vie », a-t-il lancé avant d'affirmer : « Ben Ali n'a fait que de bonnes choses pour la Tunisie ». Et de saluer les performances économiques de ce pays. Mais Kaddafi va plus loin encore.
Se substituant à la rue tunisienne, ainsi qu'au Conseil constitutionnel, il affirme que Ben Ali est toujours « le président légal de la Tunisie selon la constitution (...) Le mandat du président doit durer jusqu'à sa fin », en 2014. On attend bien-sûr la réponse du président tunisien par intérim, Fouad Mebazaa...
« Pourquoi n'avez-vous pas patienté ? »
Anticipant sans doute les réactions de la population tunisienne, le « Guide » n'a pas hésité à la prendre directement à partie : « Ben Ali vous a dit qu'il quittera le pouvoir, dans trois ans. Pourquoi n'avez-vous pas patienté ? ». Mais l'argument le plus concret, celui qui trouvera sans doute le plus d'écho chez les Tunisiens, est celui de la sécurité des biens.
« La Tunisie, un pays touristique et développé, devient la proie de bandes cagoulées, de vols et d'incendie ». Pour lui, pas d'optimisme : la Tunisie est « dans le chaos, dont on ne voit pas la fin ».
Et enfin, puisqu'il faut trouver des responsables à cette situation, Kaddafi s'en prend de manière aussi subtile qu'originale aux nouveaux moyens de communication. Selon lui le peuple tunisien a été « victime des mensonges » diffusés sur Internet, notamment par WikiLeaks et les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter qui, malgré la censure, ont joué un grand rôle dans les protestations anti-Ben Ali.
Grande complicité avec Ben Ali
Avec ce disours à charge contre la « révolution du jasmin », le Guide libyen voulait-il seulement manifester sa grande complicité avec l'ex-président tunisien ? Pas seulement... Car il a aussi précisé qu'il pourrait comprendre le nombre élevé de morts pendant le soulèvement « si le peuple tunisien défendait une cause juste qui est le pouvoir du peuple » - comprendre le modèle de « démocratie directe » instauré en Libye, où des congrès populaires se réunissent chaque année pour faire remonter au Congrès du peuple (Parlement) des décisions par l'intermédiaire de « comités populaires » élus...
Enfin, l'intervention de Kaddafi s'est achevée par la diffusion de scènes d'émeutes, de pillages et d'incendies à Tunis, sur fond de musique triste et solennelle. Les images émouvantes où l'on voit des Tunisiens fraterniser ne faisaient apparemment pas partie du programme. Le bonheur des uns... (Avec AFP)
