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Le bilan de l’année 2009 et les perspectives pour 2010. Entretien avec le Président du Groupe Fadil. Dikalo : 2009 est définitivement entrée dans l’histoire. Qu’est-ce qui vous aura le plus marqué au cours de cette année ?
Mohamadou Bayero Fadil : Je crois pour ma part qu’il y a eu des avancées significatives par rapport aux objectifs définis par le président de la République dans son programme des Grandes Ambitions et qui a pour cheville ouvrière la lutte contre la pauvreté. Vous savez très bien comme pour moi que depuis deux décennies et ce jusqu’en 2015, l’ONU a fixé les objectifs du millénaire pour le développement. Il s’agit de réduire de moitié la pauvreté et la faim dans le monde. Un certain nombre d’actions ont été menées au Cameroun dans ce sens tout au long de l’année qui vient de s’achever au niveau de l’éducation, la santé, la lutte contre le chômage et le développement des infrastructures
. Je peux citer la signature des accords dans le secteur agricole, les recrutements massifs dans la fonction publique, la réhabilitation des voiries urbaines dans les grandes villes du pays, l’implantation des unités de dialyse à Bertoua, Garoua, Bamenda pour une couverture nationale en 2010. Il est question ici d’éviter un flux considérable des malades à Douala et Yaoundé.
Ce sont des œuvres qui vont considérablement avoir un impact dans le vécu quotidien des Camerounais et je souhaite vivement qu’elles se poursuivent au cours de cette nouvelle année pour revoir à la baisse la proportion de la population dont le revenu est inférieur à un dollar par jour.
D.: Vous semblez ne pas attacher une grande importance à toutes ces affaires qui ont ébranlé le président national du Rdpc ?
M.B.F. : Vous voulez parler des biens mal acquis et des vacances coûteux de la Baule…
Dikalo : Tout à fait.
M.B.F : Ecoutez, si la caravane est passée malgré le fait que le chien ait aboyé, quelle importance voulez-vous donc que j’attache à un complot qui n’a pas atteint ses objectifs et qui de surcroît, n’a fait qu’ébruiter la vie politique nationale. Nous continuons de recommander la vigilance à nos compatriotes. Ils ne doivent pas se laisser distraire par ces manœuvres de désinformation et de manipulation qui visent à les distraire dans leur marche en avant vers le développement économique, social et culturel de leur pays.
Par contre, il y a un scandale qui m’a plutôt marqué en 2009. Il s’agit du matraquage autour de Yves Michel Fotso qui a fait de lui l’homme de l’année au Cameroun au niveau médiatique ; avec l’histoire de son passeport et l’annonce faite par le ministre des Finances au sujet de la mise sous administration provisoire de la CBC. Il n’y avait plus de banque Fotso et c’est déplorable pour un groupe de cette envergure. La presse s’en est bien servie, sans véritablement expliquer à l’opinion publique les tenants et les aboutissants de ces affaires.
D.: Un nouveau gouvernement a été formé au cours du premier semestre de l’année 2009. Et si l’on vous demandait de dresser un premier bilan de l’équipe Yang Philémon…
M.B.F : C’est trop juste pour faire un bilan objectif après six mois seulement d’activités. Il faut encore attendre pour faire une évaluation en fonction des missions qui ont été assignées à cette nouvelle équipe. Mais déjà, comme signe positif on peut parler d’une meilleure coordination et d’un esprit d’équipe. Vous avez certainement dû constater qu’il y a moins de querelles et de tiraillements entre les membres de ce gouvernement.
D.: La crise financière internationale a été longuement évoquée par le chef de l’Etat lors de son message de fin d’année. Vous êtes à la tête d’un empire agro-industriel qui a certainement été secoué par cette crise. Quels regards jetez-vous sur cette actualité ?
M.B.F : C’était d’abord une crise bancaire qui a commencé au début de l’année 2009. Elle est ensuite devenue financière avant de se transformer en krach boursier. Les premières secousses ont touché l’Afrique au second semestre. Son économie étant majoritairement tributaire des produits d’exportation, il y a eu une baisse des recettes à cause de la perte du pouvoir d’achat de ses principaux clients que sont l’Union Européenne, les Etats-Unis et les pays d’Asie. L’accès aux financements extérieurs étant devenu difficile, certains pays comme le Cameroun ont tendu la main au FMI pour combler ce déficit.
Je pense que cette crise financière internationale continuera à toucher l’Afrique en 2010 si les Etats ne se lancent pas dans les grands chantiers. Le président de la République a compris cet enjeu et c’est sans nul doute pour cette raison qu’il a annoncé lors de son message de fin d’année l’exécution d’un certain nombre de projets dans les domaines énergétique, social et sportif. Au niveau du Groupe Fadil, il faut savoir que l’impact sur nos affaires a été très limité au niveau de la savonnerie et que nous avons été quelque peu touché dans le domaine de l’hôtellerie à cause de la baisse des flux touristiques et du phénomène des vidéoconférences qui limitent les déplacements.
D.: Quelle analyse faites-vous des résolutions du dernier sommet sur le rechaussement climatique tenu à Copenhague en Suède ? La montagne semble avoir accouché une souris…
M.B.F : C’est vrai qu’il y a eu beaucoup d’espoirs sur ce sommet dans la mesure où notre continent est durement menacé par le phénomène du réchauffement climatique. Selon un rapport, d’ici 2020, 75 à 250 millions de personnes vivant en Afrique n’auront plus accès à un approvisionnement adéquat en eau et seront exposés à une pénurie alimentaire. Alors, le problème est de savoir si les plus grands pollueurs de la planète sont prêts à sacrifier leur croissance pour le développement en développant les énergies propres. C’est à ce niveau que se trouve tout le débat aujourd’hui. Mais, je pense pour ma part que le simple fait d’avoir réussi à réunir autour d’une table les pays réticents comme les Etats-Unis et la Chine ; d’avoir pu concentrer l’attention de la communauté internationale sur cette question sont déjà des prises de conscience sur la réalité de cette menace en attendant le prochain de 2010 au Mexique.
On peut comprendre cette déception dans la mesure où nous subissons les affres du réchauffement climatique avec 15.000 décès par an ; un chiffre qui devrait doubler d’ici 2030. Pourtant, l’Afrique pollue à moins de 3%. Ce qui s’est passé en Suède ressemble à des aides qui n’ont jamais été tenues dans le cadre de la lutte contre la pauvreté. L’Afrique doit continuer à mettre la pression sur les grands pollueurs pour obtenir gain de cause.
D.: Président, on vous a vu tout au long de cette année qui vient de s’achever parcourir le monde à la recherche des partenaires. Des contrats ont même été signés. Est-ce à dire que 2010 s’annonce sous de bons auspices pour le Groupe Fadil ?
M.B.F : Bien sûr. Pour faire toujours plus et mieux; consolider sa place de leader dans un marché très concurrentiel, il faut s’ouvrir afin de s’abreuver à d’autres expériences utiles. Nous avons signé des partenariats avec des Sud-africains, des Français et des Israéliens parce que nous croyons fermement à l’avenir de l’agriculture en Afrique et dans le monde.
Des investissements ont été réalisés au Complexe chimique camerounais. Ils ont permis de stabiliser sa production pour mieux préparer l’avenir de cette structure. Toujours dans le domaine de la savonnerie, nous avons engagé et achevé les travaux d’aménagement de Tiko Soap qui sera bientôt de retour sur le marché. C’est également dans ce même esprit que notre unité d’huilerie va redémarrer. Nous allons introduire sur le marché en 2010 des huiles à graines souples à l’exemple du Soya et du Tournesol. On reverra bientôt sur le panier de la ménagère la célèbre huile finoline. Sur le plan médiatique, nous avons consolidé notre position avec une radio Hit.Fm qui émet en continu sur la fréquence 106.fm. D’autres projets sont en étude et ils nous permettront de renforcer notre position dans la sous-région.
D.: Vous êtes également membre titulaire du comité central du Rdpc et l’un des responsables de la coordination des activités de ce parti dans le département du Wouri. Quelles doivent être selon vous, les priorités sur le plan politique en 2010 ?
M.B.F: Je découvre que je suis sur la même longueur d’onde que le chef de l’Etat avec qui je partage les mêmes préoccupations. (NDLR : l’entretien a été réalisé une semaine avant le message du 31 décembre.) Il faudrait parachever la mise ne place effective d’Elecam afin que cet instrument chargé de garantir la transparence électorale puisse donner entièrement confiance à la communauté internationale et à une opposition contestataire qui doute de sa crédibilité. Il faut poursuivre notre programme de bonne gouvernance en poursuivant la lutte contre la corruption. Au-delà de la bonne gouvernance, nous devons nous fixer des objectifs pour ne pas dire des délais de réalisations et de planification.
Je pense que 2011 approchant, le calendrier politique devient serré : congrès ordinaire du Rdpc, mise en place du Sénat et poursuite du programme de décentralisation. C’est mon souhait pour un Cameroun tranquille et prospère en 2010. / .
