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La troïka des présidents de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a quitté Abidjan mercredi matin. Destination : Abuja (Nigéria) où l’attend le président par intérim Goodluck Jonathan.
Objet de son attente : recueillir le rapport de la médiation effectuée mardi en vingt heures par les chefs d’Etat Pedro Pires du Cap Vert, Yayi Boni du Bénin et Ernest Bai Koroma de la Sierra Léone. Sûr, le président par intérim du Nigéria et président de la Cédéao ne recevra pas ce qu’il attend : l’acceptation de Laurent Gbagbo de « quitter » le pouvoir.
Comme l’avait exigée l’organisation panafricaine au terme de son assemblée générale extraordinaire le vendredi 7 décembre dernier à Abuja.
MM. Yayi, Pires et Koroma sont rentrés bredouille d’Abidjan. C’est même un secret de polichinelle. Croire qu’ils ont obtenu grand-chose de leurs hôtes, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo, tous deux présidents proclamés, est un leurre. Et leurs longues audiences au pas de course peut être considérées comme fiasco de haut niveau pour une institution internationale, et non des moindres.
L’échec de la médiation dite de la dernière chance met l’organisation dans une situation bien embarrassante.
La Cédéao n’ayant pas réussi à faire entendre raison à Laurent Gbagbo surtout suscite une grande interrogation sur son efficacité, entendu que bien avant même la médiation qu’elle a dépêchée dare-dare à Abidjan la France lui avait tracé le canevas de son intervention. En effet, l’Elysée avait presque fait injonction aux chefs d’Etat ouest-africains de prendre les devant des choses dans le dossier ivoirien en décidant d’éjecter Laurent Gbagbo.
Une fois au pied du mur, la Cédéao divisée sur la solution militaire et son « ingérence » en Côte d’Ivoire a flanché puisqu’elle est obligée maintenant d’harmoniser une position commune bientôt au cours d’une autre réunion extraordinaire pour retourner à Abidjan.
Le fait que l’ultimatum donné à M. Gbagbo n’ait pas eu l’effet souhaité (le départ sans délai de Laurent Gbagbo) fragilise forcément l’institution qui voit obliger de commencer par le commencement, en analysant au cas par cas les exigences des deux ‘’présidents‘’.
La Cédéao n’étant pas une organisation politique se trouve-t-elle dans son sujet ? Ne revenait-il pas à l’Union africaine (UA) de rester au premier plan des tractations ? La seconde alternative est recommandable dans la mesure où le camp Gbagbo, qui pose problème, avait déjà dénié à la Cédéao « la rôle politique qu’on veut lui faire jouer ».
Disqualifiée d’office par une partie au conflit, la Cédéao a-t-elle été bien inspirée de marcher dans les sillons tracée pour elle par la France, qui lui a pratiquement montré le chemin à suivre pour « déloger » Laurent Gbagbo voire pour « attaquer » militairement le président sortant ?
En tout état de cause, l’intervention de la Cédéao portait en elle les gênes de son échec corsé par le désaveu général des réactions internationales opposées à la solution militaires qu’a brandi l’institution panafricaine avant même d’avoir pris connaître sérieusement du litige post-électorale.
En effet, il est su de tous que la Cédéao n’a pas mandaté des émissaires en Côte d’Ivoire dès le déclenchement de la crise post-électorale en vue de faire l’état des lieux, prendre connaissance du problème posé et jauger les tenants et aboutissants de la nouvelle situation.
On peut la plaindre d’avoir précipité les choses en prenant une mesure forte de condamnation et de profession de menaces depuis Abuja où elle n’avait qu’une vision floue de l’évolution de l’antagonisme née de la contestation des résultats électoraux.
Enfin, de nombreux ressortissants de la Cédéao vivant en Côte d’Ivoire ont dernièrement manifesté devant l’ambassade du Nigéria pour sa méthode cavalière par laquelle elle s’est engagée à résoudre la crise sur les bords de la lagune Ebrié.
Maintenant qu’on lui reproche d’avoir mis la charrue avant les bœufs il importe que la communauté ouest-africaine se fasse obéir dans un dialogue de sourds qui prend de plus en plus des allures très préoccupants.
