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A quelques heures de son adresse à la nation, de nombreux observateurs de la scène politique camerounaise se posent déjà des questions sur le taux de réalisation des promesses faites aux populations le 31 décembre 2009.
Comme le 31 décembre 2009, de nombreux Camerounais auront, qui les yeux rivés vers leur petit écran, qui l’oreille collée à leur transistor, pour écouter le discours du chef de l’Etat, dans l’attente d’une bonne nouvelle qui viendrait leur booster le moral à l’orée de la nouvelle année.
Parce que quoi que le sujet ne fasse pas le tour des grands plateaux de télévision ou de radio, encore moins les colonnes des journaux, le bilan du président Paul Biya occupe encore les esprits. Car, si l’année 2010 n’a pas été aussi tumultueuse que les précédentes, il convient néanmoins de souligner que tout n’aura pas été rose.
Evaluation
Les populations et les collectivités territoriales décentralisées sont un peu restées sur leur faim en ce qui concerne le transfert de compétences de première génération aux mairies. Nombreux sont ceux qui se seraient attendus que les choses aillent un peu plus vite pour rapprocher l’administration des administrés. Certains se sont mêmes laissés bercer par le rêve d’une place au Sénat. « A présent, la voie est ouverte à la mise en place du Senat. » avait-il souligné au cours de son adresse du 31 décembre 2009. Une fois de plus et certainement de trop, ceux-là devront encore attendre. A ce jour, seuls neuf départements ministériels ont transféré leurs compétences aux collectivités locales.
Il s’agit notamment du ministère de l'Agriculture et du développement rural, de l'Elevage, des Pêches et des Industries animales, de l'Eau et de l'énergie, des Travaux publics, de la Santé publique, des Affaires sociales, de la Promotion de la Femme et de la famille, de la Culture et de l'Education de base. Ce qui fait que ce sont désormais les mairies qui sont chargées de la promotion des activités agricoles et pastorales, de l’alimentation en eau potable, de l’entretien des routes rurales non classées, de la construction, de l’équipement et de l’entretien des écoles publiques et des centres de santé intégrés, du moins si on se fie aux déclarations. Parce que comme on peut bien l’imaginer, pour exercer ces compétences, il faut de l’argent. Or, le transfert des ressources par certains ministères est toujours attendu.
Une des promesses qui n’est pas entrée dans les oreilles de sourds est la prime annuelle globale de près de trois milliards de Fcfa aux meilleurs étudiants des universités camerounaises prévue pour entrer en vigueur le 1er janvier 2010. Il a fallu pas moins de 7 mois à ses collaborateurs pour mettre en branle cette promesse, hélas ! Mais comme le dit l’adage, mieux vaut tard que jamais, le 8 juillet 2010, avec des fortunes diverses, près de 60.000 meilleurs étudiants de l'année académique 2008/2009 ont été recensés pour toucher une prime d’un montant de 50.000 Fcfa. L’opération coordonnée par le ministère de l'Enseignement supérieur (Minesup) a, pendant de nombreuses semaines, fait des vagues dans les campus et amphithéâtres. Simplement parce que certains thuriféraires de la République avaient tenu à jouer leur propre partition, en attribuant de l’argent à ceux qui n’en méritaient pas.
Infrastructures de base
« Dans le domaine des infrastructures de base, nous allons lancer en 2010 les travaux de construction du barrage hydro-électrique de Lom-Pangar, du port en eau profonde de Kribi, du barrage de Memve’ele, de la centrale à gaz naturel de Kribi, de la mini-centrale de Mekin sur le Dja, de réhabilitation et d’extension des adductions d’eau de Yaoundé, Douala et de plusieurs autres villes et localités à travers l’ensemble du territoire, de modernisation des voiries de la plupart de nos cités…»
Effectivement, dans la pratique plusieurs accords ont été signés avec des entreprises pour le lancement de ces infrastructures de base. S’agissant par exemple de l’extension de l’adduction d’eau de Yaoundé, le gouvernement camerounais a signé le 14 décembre 2010, un «contrat de service des travaux» avec la société China National Machinery & Equipment Import & Export (Cmec-Iec), pour la réalisation du projet d’alimentation en eau potable de la ville de Yaoundé et de ses environs à partir du fleuve Sanaga. Le projet, d’un coût total de 429,5 milliards de Fcfa, consistera à construire une usine de traitement d’eau potable d’une capacité nominale de 300.000 m3 par jour.
Le président Paul Biya a tenu par monts et par vaux à passer de la parole aux actes, qu’importe le temps. C’est la raison pour laquelle il a accordé le 16 décembre 2010, un permis d’exploitation minière valable pour diamant et substances connexes de Mobilong à l’Est-Cameroun, au profit de la société Cameroon and Korea Mining (C&K Mining Inc). Le permis, selon des sources officielles, est valable pour une période de 25 ans, renouvelable. La société coréenne devra donc exploiter les gisements de diamant de Mobilong dont la production prévisionnelle est estimée à un million de carats, la première année. La convention pour l’exploitation de ce gisement de diamant a été signée entre le Cameroun et C&K Mining, le 10 juillet de l’année en cours. Plusieurs autres textes ont été signés au cours de cette année, mais l’exploitation n’est pas encore effective.
Et parce que cela faisait 50 ans que le Cameroun était indépendant, Paul Biya, à l’instar de ses autres pères africains a tenu à commémorer ce cinquantenaire comme cela se doit. « L’année 2010 sera donc pour le Cameroun l’année du cinquantenaire de l’indépendance. Les célébrations trouveront naturellement leur apothéose le 20 mai, jour de notre fête nationale, avec l’organisation de la « Conférence de Yaoundé » au cours de laquelle d’éminentes personnalités débattront de la place de l’Afrique dans le monde. Plus qu’une promesse, le chef de l’Etat en a fait une véritable réussite. La conférence internationale de Yaoundé dénommée « Africa 21 » tenue du 17 au 19 mai à Yaoundé, a permis à d’éminentes personnalités de débattre et de parler des nouveaux défis qui interpellent l’Afrique.
Même le cinquantenaire des armées n’a pas échappé à cette savante organisation. Bamenda qui a abrité l’évènement a comblé les attentes, voire plus. Le président Paul Biya est allé au-delà des prévisions, en offrant aux hommes en tenue, en guise de reconnaissance aux sacrifices consentis dans la protection des citoyens et de leurs biens, des avantages mirobolants qui font encore des envieux auprès de nombreux autres corps de métier.
En termes d’infrastructures aussi, la capitale régionale du Nord-ouest n’a plus à trop se plaindre. Et c’est toujours à Bamenda que Paul Biya nous a sorti le grand jeu, en décidant après une bonne nuit de sommeil dans ce qui était qualifiée jusque-là de ville rebelle par essence, de recevoir l’emblématique Ni John Fru Ndi, le numéro 1 de l’opposition camerounaise, malgré les cris stridents de désapprobation de certains caciques du pouvoir qui virevoltant autour de lui.
Promesses en attente
Tout peut-il donc être parfait dans un environnement de crabes dominé par des prévaricateurs et des assoiffés de pouvoir qui ne lésinent sur aucun moyen pour protéger leurs intérêts ? Assurément pas ! Bien que ceci n’expliquant pas l’autre, le président Paul Biya a payé le prix de la confiance aveugle qu’il a presque toujours fait à certains de ses frères du Sud. Le comice agropastoral d’Ebolowa annoncé pourtant avec force lors de son adresse du 31 décembre 2009, n’aura pas eu lieu. Le chef de l’Etat ayant décidé tout simplement de le renvoyer au mois de janvier 2011, sans aucune autre précision. La faute à certains fils de son département d’origine qui lui avaient laissé croire que les choses se déroulaient bien sur le terrain. Alors qu’il n’en était rien.
Ce n’est pas ! Les logements sociaux de Yaoundé sont toujours attendus. Bien qu’à Douala, précisément à Mbanga Bakoko, un quartier situé à la sortie sud de la ville, le projet de construction de 1000 logements sociaux ait été lancé en février 2010. Même le chantier similaire qui devrait être lancé dans les 8 autres chefs-lieux de régions ainsi que dans les villes universitaires, n’a pas eu lieu. Tout comme le lancement des travaux de construction de la mine de cobalt, nickel, manganèse de Nkamouna et la réhabilitation du site de l’ex-Cellucam pour le démarrage des activités du technopole Edéatech. On espère simplement que 2011 sera plus fructueuse en terme d’investissements.
Thierry Nyope
