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Depuis quelques jours, toutes les exportations de produits originaires du Cameroun sont bloquées au Port d’Owendo, au Gabon. Cette mesure serait une réponse à l’arraisonnement d’un bateau gabonais au port de Douala depuis près de deux semaines. Le Gabon met-il les produits en provenance du Cameroun sous embargo ?
La question alimente de plus en plus les milieux d’affaires dans la métropole économique et politique. Selon des sources concordantes, plusieurs conteneurs de marchandises produites au Cameroun sont en souffrance au port d’Owendo, au Gabon. Il s’agit notamment des huiles végétales, des pâtes alimentaires, des tôles ondulées, pour ne citer que celles-là. « Ces marchandises ne peuvent être dédouanées que sur présentation du certificat d’agrément Produits originaires Cemac » indiquent les mêmes sources, soulignant que la situation est « très compliqué, car la pièce que demandent les douanes gabonaises n’est pas encore délivrée au Cameroun. »
Les sources proches de ce dossier indiquent que cette mesure serait une réponse à l’arraisonnement d’un bateau gabonais au port autonome de Douala depuis plusieurs semaines. Les autorités gabonaises sont d’ailleurs déterminées à maintenir cette situation jusqu’à ce que leurs homologues camerounais reviennent à de meilleurs sentiments pour ce qui concernent les produits fabriqués dans leur pays. Le directeur des douanes camerounaises a d’ailleurs démenti cette information à travers un communiqué de presse qui soutient qu’aucun bateau gabonais n’est arraisonné à Douala.
A en croire les mêmes sources, il s’agit précisément de 20 conteneurs (de 20 pieds), de cigarettes de marque « Super King», une entreprise spécialisée dans la fabrication des cigarettes qui a installé ses valises au Gabon pour des raisons de stratégie commerciale et qui apporte une réelle plus-value à économie de ce pays.
Cette affaire avait été portée au devant de l’actualité par le président du Groupement inter patronal du Cameroun (Gicam), Olivier Behlé. C’était lors de la 110ème Assemblée générale du patronat tenue le 17 décembre à Douala. M. Behlé avait évoqué cet aspect devant l’ambassadeur du Gabon au Cameroun qui prenait part aux travaux. « Quand on sait que ce certificat n’est délivré que par le Comité national d’agrément qui n’est pas encore créé au Cameroun, on imagine aisément les préjudices subis par les entreprises du Cameroun », avait souligné Olivier Behlé. « Nous profitons de la présence de l’ambassadeur du Gabon pour inviter le ministère camerounais des Finances à demander à la Direction générale des Douanes de libérer le bateau gabonais bloqué au port de Douala et en représailles duquel toutes les exportations de produits originaires du Cameroun sont bloquées au Gabon », a-t-il indiqué.
Pomme de discorde
Les raisons de la crise qui opposent les deux pays sont surréalistes. Depuis quelques mois, les responsables de l’administration douanière camerounaise à la solde des multinationales - c’est du moins ce qui apparaît au regard de la nature de leurs décisions - ont pris l’initiative de mettre les verrous sur les dédouanements des produits Super king, en attendant le paiement des droits de douanes. Notamment, le Tarif extérieur commun(Tec) à la zone Cemac et des 30% du tarif interne (Ti) qui est composé de la taxe sur la valeur ajoutée(Tva), le droit d’accises, le précompte, et la redevance informatique payée en zone Cemac. Des frais qui, selon nos sources, s’élèveraient à près de 800 millions de Fcfa.
Courroucés, les représentants de cette marque ont dans un premier temps saisi la Chambre administrative de la Cemac pour arbitrage, avant de saisir le ministère des Finances et les autorités douanières du Gabon pour intervention. Les résultats de la Chambre administrative de la Cemac sont toujours attendus.
C’est donc ce qui justifie la crise qui couve actuellement au sein des deux administrations et qui pourraient avoir des conséquences diplomatiques énormes entre ces deux pays frères. D’ailleurs, un pareil incident s’est produit il y a quelques mois, au point où il a fallu que les autorités financières de ce pays dépêchent des agents de la douane pour faire entendre raison à leurs homologues camerounais. Et au terme de quelques explications, les choses avaient été remises à flot. Qu’est-ce qui explique donc que quelques mois seulement après, les mêmes problèmes se posent de nouveau ? Surtout que les représentants de cette marque ont fait preuve jusqu’ici, a-t-on appris d’une source bien introduite, d’une probité irréprochable en matière de dédouanement de leurs marchandises. La preuve, les produits Superking ne figurent pas dans le tableau synoptique présentant les produits saisis en contrebande par la douane camerounaise entre janvier 2009 et janvier 2010. Affaire à suivre
Thierry Nyope
