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Joseph Owona : Le grand retour de Massayo

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Joseph-owona_2Et si l’ancien super ministre de l’Education nationale retrouvait la scène politico-médiatique au bon moment? On le croyait mort. Au sens propre d’abord : les mauvaises langues lui ayant prêté au lendemain de sa sortie du gouvernement le 08 décembre 2004, toutes sortes de maladies, à un moment où, il est vrai, le bulldozer du ministère de l’Education nationale présentait des signes physiques de fébrilité.
Au sens figuré ensuite : ayant été l’une des premières victimes des lendemains de l’élection présidentielle d’octobre 2004 à l’occasion de la formation du nouveau gouvernement, lui qui avait été souvent présenté comme un dauphin putatif au milieu de tant d’autres, mais avec ses chances, et lui à qui on avait prêté, peu avant, des intentions avouées pour le fauteuil présidentiel.

En choisissant de rebondir sur la scène politico médiatique cette semaine à travers un livre qui peut être interprété de plusieurs manières, Joseph Owona n’a pas choisi la voie la plus facile. En effet, il est difficile aujourd’hui, en particulier pour l’agrégé de droit public et connaisseur des amphis qu’il est, de parler des «droits constitutionnels et institutions politiques du monde contemporain : étude comparative» sans susciter le soupçon d’avoir attiré l’attention sur le système politique camerounais.

Avec un risque majeur : trop en faire pour montrer comment (et c’est vrai), il s’agit d’un présidentialisme proche du messianisme, avec tous ces détails, ou survoler et prêter alors le flanc au péché de complaisance et de lâcheté, pour des raisons de calculs politiques. Mais Joseph Owona a une expérience à revendre. Celle de l’enseignant chevronné et mondialement reconnu d’abord, qui n’oublie pas que le droit constitutionnel emprunte (et son hagiographe de circonstance, le Pr Magloire Ondoa, l’a fort bien relevé) aux autres matières, notamment la sociologie, la philosophie, la science politique et même les sciences numériques et peut donc se passer de la rigueur de l’analyse au premier degré.

 

En plus, en vieux routier de la politique, en fin connaisseur des rouages de notre administration publique où il a servi à tous les niveaux, il n’allait quand même pas se faire prendre (pendre ?) comme le premier amateur. A ceux qui, mercredi soir au Hilton hôtel, lui reprochaient d’avoir survolé la partie sur le Cameroun, son pays, après avoir fait le tour du monde, il a eu cette jolie pirouette : «Vous ne perdez rien à attendre. Je prépare un ouvrage spécialement consacré à cette question au Cameroun».

 

Ce qui lui donne en effet un peu de répit. Pour refaire surface comme un fringant quinquagénaire, lui qui a pourtant célébré cette année ses 65 balais. Et qui a quand même donné de temps en temps des clins d’œil à l’opinion qui croyait l’avoir enterré. Qu’on se souvienne par exemple de sa sortie ciblée en 2008, en marge de la 8e édition de Ndzon Minkan, campagne socio-politico-sportive qui mêle championnat de vacances de football de jeunes, consultations diverses en santé et bourses scolaires, et devant un parterre de personnalités composé entre autres de la ministre de la promotion de la femme et de la famille, le préfet de l’Océan, le sous-préfet de Kribi 1er, Joseph Owona fait l’apologie de cette campagne rendue à sa 8eédition et dont il est le promoteur : 6000 personnes consultées, interventions chirurgicales, des hernies opérées à 5000 Fcfa… le tout en marge d’un championnat de football mettant aux prises 16 équipes. Avant de s’en prendre, sans le nommer, à l’auteur de «Les paradoxes du ‘pays organisateur’. Élites productrices ou prédatrices : le cas de la province du sud à l’ère Biya (1982-2007)», Charles Ateba Eyene de qui il dira : «Je réserve tout le mépris le plus lourd à celui-là», non sans rappeler sa fidélité à Paul Biya.

Pistes de solutions
Tout récemment encore, il a fait une sortie remarquée. C’était le 12 mai à l’amphi Stanislas Melone du Campus N°2 de l’Université de Douala où il donnait une conférence inaugurale sur le thème : «Diapsora et développement» à l’occasion de la rentrée académique des doctorants en 3è cycle du  département des droits publics de la Faculté des sciences juridiques et politiques. Un thème choisi sur la base de son actualité dans biens de débats publics au Cameroun. Car depuis quelques années la diaspora camerounaise ne cesse de poser la problématique de la double nationalité, du droit de vote et même de leur éligibilité. Et le président Paul Biya lors d’un voyage en Europe l’avait promis.  L’ex-secrétaire général de la présidence de la République, Joseph Owona dans son exposé, a proposé au gouvernement quelques pistes de solutions pour améliorer cet apport de la diaspora dans le développement socio-économique de notre pays. Entre autre, il a cité la résolution du problème de double nationalité et ses implications, la création d’un cadre de dialogue entre le gouvernement  et la diaspora, la mise en place d’un cadre juridique, légal et institutionnel.

Mais peut-on véritablement oublier Joseph Owona, que beaucoup appellent affectueusement «Massayo» ou encore «Big Joe» ? peut-on oublier quelqu’un qui, s’il n’a pas battu le record de longévité au gouvernement détenu par Hamadjoda Adjoudji (de juillet 1984 à décembre 2004 à la tête du ministère en charge de l’Elevage), a probablement battu celui de la meilleure diversité dans les hautes sphères de l’Etat, lui qui a été tour à tour, Directeur de l’Iric, Chancelier de l’Université de Yaoundé, qui a été secrétaire général adjoint et secrétaire général à la présidence de la République, mais aussi ministre en charge du Contrôle supérieur de l’Etat, ministre de l’Enseignement supérieur, ministre de la Jeunesse et des Sports, ministre de la Santé publique, ministre de l’Education nationale avant sa sortie en décembre 2004 ?


Joseph Owona a sans doute pris un risque en écrivant ce livre et en organisant la cérémonie de dédicace mercredi dernier. Mais il a manifestement gagné son pari. Si on en juge par l’audience de ce soir-là. Ce qui, en fait, n’a rien d’étonnant : pratiquement tout le monde présent au Hilton lui devait quelque chose sur deux ou trois générations de gens qu’il a enseigné ou encadré à l’université ou à l’Iric, qu’il a formé ou qui lui doivent leur promotion dans différentes administrations, ou qu’il a simplement envoyé à l’école. Et s’il lui restait encore quelques ambitions personnelles, le test de popularité pourrait davantage les aiguiller. Le temps du grand partage n’est plus loin.

Alain B. Batongué

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