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Paul Biya – Fru Ndi : Les non dits d’un tête à tête historique

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audiences-biya_fru-ndiLe sujet est sur toutes les lèvres et la fièvre n’est pas près de baisser. Décryptage. « …You reminded me that i sat in the 4th position after Mr Biya as you run accross the honours tribune. If that represents my staties, then we can start talking, though it is one thing sitting in the same grand stand with him and quite another talking to each other. I with however get back to the press after meeting him.”

 

Quel que soit le bout par lequel s’apprécient ces extraits d’une déclaration du Chairman au terme de la grande parade militaire consacrant la célébration la semaine dernière à Bamenda du cinquantenaire des de défense nationales, le moins que l’on puisse dire est que ces extraits portent en eux les signes prémonitoires d’un important évènement à venir et tacitement évoqué entre les lignes par le Chairman.

 

L’audience- la toute première en 20 ans- accordée par le chef de l’Etat camerounais Paul Biya à son principal opposant, John Fru Ndi, le Chairman du Social Démocratic Front, ne peut revêtir dans le contexte politique national que les attributs d’un moment historique. Même si par le passé, certaines sources dites « généralement bien informées » ont faussement abreuvé à plusieurs reprises, l’opinion nationale de l’éventualité d’une telle rencontre.

 

Offensive

De quoi est ce que Paul Biya et John Fru Ndi ont-ils pu parler au cours de cette journée du 11 décembre 2010 à la résidence du chef de l’Etat à Bamenda au cours de ces quarante minutes d’entretien ? Sans aucun ordre de préséance, les supputations des observateurs ont relevé un certain nombre de sujets au premier rang desquels Elecam, croit-on savoir se trouve en bonne place. Ce n’est en réalité un secret pour quiconque qu’à la suite de la publication de la loi No 2006/011 du 29 décembre 2006 portant création, organisation et fonctionnement d’Elections Cameroon (Elecam), l’accueil réservé à cette instance chargée de gérer et de superviser l’ensemble du processus électoral et référendaire au Cameroun n’aura pas été des plus enthousiastes de la part de certains Camerounais : le hic, la mise en doute des réelles aptitudes d’Elecam à conduire en toute objectivité les missions qui lui sont assignées.

 

Le Sdf au premier rang des frondeurs intransigeant jusqu’au bout, en est même venu, par la voix de son Chairman, à exprimer clairement son refus d’appeler ses militants à s’inscrire sur les listes électorale. D’aucuns croient savoir que Ni John Fru Ndi aurait porté à l’attention du chef de l’Etat, les appréhensions tenaces de son parti s’agissant de l’interférence toujours possible de l’administration du processus électoral…

 

Il s’en trouve par ailleurs au sein de l’opinion qui croit savoir qu’une rencontre Paul Biya – Ni John Fru Ndi en 2010 s’inscrit en droite ligne dans l’ordre normal de l’évolution des choses. Les exemples venus d’autres cieux aux assises démocratiques mieux établies confortent les analystes dans leur conviction que le monde en matière politique se fait fort aujourd’hui de se débarrasser des intransigeances systématiques d’hier pour s’abreuver désormais à la source de la convivialité, du dialogue et du respect mutuel . C’est dire que l’époque de l’opposition de l’adversité, de l’invective, du poing levé semble révolue. Le temps semble avoir fait son œuvre sur les rengaines de « victoire volée »… du « président qui ment ».*

 

Et puis, il y a d’autre part, le contexte : la célébration du cinquantenaire des forces de défense camerounaises dans une ville de Bamenda en particulier et d’une région du Nord-Ouest en général, acquises de manière indiscutable à la cause de l’opposition.

 

L’offensive de charme que Paul Biya y a menée, semble de toute évidence avoir produit un effet enchanteur au-delà de toute espérance. L’explosion de joie populaire, l’allégeance faite au chef de l’Etat par la toute puissante North West Fond Union (NOWEFU) en constituent les preuves les plus irréfutables. Le succès ne serait que partiel si Paul Biya ne réservait pas une suite positive à la demande d’audience introduite par le SDF. Et en disant oui à John Fru Ndi, Paul Biya en a apprécié tous les dividendes devant découler de cette nouvelle donne. Dans un contexte où ladite audience introduite à plusieurs reprises par le passé sans qu’aucune suite favorable ne lui soit réservée, le change d’attitude du chef de l’Etat camerounais vis-à-vis du leader de l’opposition camerounaise lui confère une nouvelle stature : celle du seul maître du jeu politique national qui reçoit quand il veut et où il veut.

 

Repercussions

En brisant opportunément la glace, comme Fru Ndi s’est plu à l’affirmer à l’issue de l’audience, Paul Biya auréole la légalité républicaine d’une nouvelle couche de vernis. Et plus que jamais seul maître du jeu politique qui reçoit, il lui est aussi loisible comme il l’affirmait il y a quelques années, d’ouvrir davantage le gouvernement à l’opposition. A travers Bello Bouba Maïgari, le ministre d’Etat chargé des Transports et Issa Tchiroma Bakary de la Communication, le Cameroun dans sa spécificité, en fait déjà sans heurts majeurs, l’expérience édifiante.

 

Le SDF, murmure-t-on, pourrait prochainement entrer également dans la danse, car en politique comme cela se dit, tout peut arriver. D’aucuns entrevoient déjà la fin de l’opposition au Cameroun broyée dit-on, comme toutes les autres formations politiques de même bord , par l’impitoyable machine de guerre du Rdpc. Certains ont vu venir cette issue tant au fil de ces vingt dernières années (le SDF a été lancé le 26 mai 1990), le parti du Chairman a été secoué par des vents de contestation de forte amplitude qui l’ont dépouillé, soit par démissions en série, soit par exclusion à travers le fameux article 8.2 d’une bonne partie de ses ressources humaines.

 

Vers quels rivages le Chairman qui a stoïquement résisté à bon nombre de manœuvres déstabilisatrices émanant du sein même de son parti, le conduira-t-il avec cette nouvelle orientation qu’il vient d’imprimer au Sdf ? Contentons-nous pour l’heure de poser simplement la question.

 

Arthur G. Bakande

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