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L’eau distribuée par la CAMWATER fait l’unanimité auprès des populations quant à sa piteuse qualité. Seulement, depuis peu de temps, en plus des problèmes liés à sa qualité, des pénuries conséquentes issues d’un système de distribution désuet imposent une véritable gymnastique aux populations de plus en plus mécontentes. Depuis près d’un mois déjà, les habitants des quartiers de la zone de BASSA souffrent d’énormes pénuries sectorielles d’eau qui rappellent à certains, l’épisode biblique des dix plaies qui s’abattaient fatalement et de manière ciblée en Egypte au profit du peuple élu.
En effet, force est de constater que dès 4 heures du matin, de nombreux habitants déambulent ça et là, claudiquant mélancoliquement dans les ruelles souvent obscures et insécurisées, le visage encore en proie au sommeil, armés de sceaux et récipients diverses, à la recherche d’eau potable aux exceptionnels endroits où, la denrée devenu plus que jamais rare, parvient à s’écouler jusqu’au couvre-feu qui débute à l’aube.
Pour ceux qui n’entretiennent guère de relations amicales avec les voisins chanceux situés géographiquement en aval, comme nous explique Madeleine Nguimbous habitante à PK 12, « Il faut affronter la longue file autour des rares forages commerciaux et puits, en bravant bien sûr, l’humeur exécrable des différents propriétaires, heureux de pouvoir détenir grâce à la CAMWATER, un peu de pouvoir sur leurs semblables ». S’il y a quelques jours seulement, dans cette recherche nocturne et effrénée de la vie, comme certains considère l’eau, quelques agressions ont limité l’ardeur diurne des uns et des autres, toujours est-il que la majorité demeure engluée dans ce train-train quotidien désormais habituel, obligée d’affronter inéluctablement les revers iconoclastes de la vie dans une métropole économique tiers-mondiste.
Une situation désolante qui renforce de plus en plus l’animosité des populations sur le rôle de la CAMWATER, société en charge de la distribution d’eau sur l’ensemble du territoire et sur la quintessence des privatisions. En effet, cette situation dommageable impose de nouvelles habitudes qui ne contrastent guère avec le contexte de paupérisation qui prévaut. En effet, dans la mesure où, proportionnellement à la loi de l’offre et de la demande, le prix du litre d’eau flambe auprès des désormais incontournables propriétaires de forage, il faut derechef budgétiser cette nouvelle dépense imprévue.
Ce qui cause un déficit énorme pour les familles pauvres qui parfois se rabattent sur l’eau des puits, certes gratuite mais grouillantes d’agents pathogènes nocifs à l’organisme. Autres faits pathétiques, de nombreux enfants doivent braver le sommeil, les dangers de la nuit et surtout les énormes rangs qui surplombent les rarissimes points d’eau pour se faufiler rapidement sur le chemin du retour avec parfois de lourdes charges afin de reprendre aussi rapidement que possible, le chemin de l’école dès 7h. Une situation qui engendre une accumulant de la fatigue au fil des jours.
Celle-ci se ressent à travers les résultats et comportements scolaires comme nous explique un responsable d’établissement secondaire situé dans le sillage de PK 14 : « On enregistre durant cette période de pénurie d’eau, de multiples cas de somnolence à l’école. Ensuite, les enseignants doivent affronter la forte pestilence corporelle des enfants qui passent des jours sans se baigner pour des raisons d’économie d’eau. Mais le plus grave reste le fait qu’il n’y ait également pas d’eau dans les établissements scolaires en ce moment. Dernièrement, un élève a été victime d’un malaise, nous avons eu du mal à lui fournir de l’eau. N’eût été l’intervention d’une personne habitant à proximité de l’école, nous aurions peut-être perdu l’enfant. ».
Face à au tableau assez anecdotique et lamentable qui prédomine, les quelques responsables de la dite société qui ont voulu nous recevoir se veulent rassurant bien que personne ne s’aventure à donner de date précise relative à la résolution du problème. Néanmoins, certains agents de bonne foi de la CAMWATER reconnaissent tout bas que ces coupures récurrentes d’eau et ces pénuries généralisées sur l’ensemble du territoire constituent une véritable gangrène dont la solution, au fil des lenteurs procédurales notoires, n’est hélas pas pour maintenant.
PAUL TONYE NJEL
