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Condamné par l’AIEA pour son programme nucléaire, Téhéran riposte en annonçant la construction de dix nouveaux sites de production d’uranium. Décidément, ces derniers jours, la question iranienne inspire Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères. Le french doctor relève les symptômes suivants chez la République islamique: désordre au sommet de l’?tat, absence de communication et rivalité entre les appareils, opposition plus résolue que jamais… Diagnostic: fuite en avant désespérée. Thérapie: sanctions à haute dose.
Le malade, le président Mahmoud Ahmadinejad, a réagi – qui l’eût cru? – avec un certain humour: « Kouchner qui? Vous parlez bien du ministre des Affaires étrangères? Il paraît qu’il parle beaucoup, mais qu’en général il ne sait pas ce qu’il dit.» C’est la résolution de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) votée le 27 novembre qui a exacerbé la crise. Elle condamne l’Iran pour ses activités nucléaires clandestines sur le site de Fordo, près de la ville sainte de Qom. ? la fin de septembre, Téhéran avait révélé son existence, brûlant ainsi la politesse aux services de renseignements occidentaux.
Présenté par les ?tats-Unis et la France avec le soutien de la Russie, le projet de résolution a été approuvé par 25 voix sur les 35 que compte le Conseil des gouverneurs, l’organe exécutif de l’AIEA. La Chine s’est associée à la condamnation. Cuba, la Malaisie et le Venezuela ont voté contre. Le Brésil s’est abstenu. La résolution enjoint au directeur général de saisir le Conseil de sécurité de l’ONU, tâche qui incombe au Japonais Yukiya Amano, le successeur de Mohamed el-Baradei.
Dialogue global
L’Iran choisit la fermeté. Ahmadinejad considère que la résolution de l’AIEA, qui « a subi des pressions », est « illégale ». Le 2 décembre, il annonce que son pays est décidé à produire lui-même de l’uranium enrichi et qu’il construit pas moins de dix sites à cet effet.
Il y a deux mois, un compromis semblait pourtant en vue entre l’Iran et la communauté internationale. Ce qu’on a appelé le plan El-Baradei avait été élaboré à l’issue d’une réunion de l’AIEA à Genève. Il offrait à Téhéran d’échanger une grande partie (les deux tiers) de son stock d’uranium faiblement enrichi (à 3,5 %) contre le combustible nucléaire (uranium enrichi à 20 %) dont son réacteur de recherche médical avait besoin. Il revenait à la Russie puis à la France d’assurer la transformation de cet uranium. L’objectif était d’empêcher la République islamique d’obtenir par ses propres moyens la quantité enrichie (à 90 %) nécessaire à la fabrication de la bombe. L’Iran allait néanmoins continuer à enrichir son uranium sur place, à Natanz (centre du pays). L’intérêt de ce plan était surtout de gagner du temps, de manière à créer les conditions d’un « dialogue global » entre Washington et Téhéran.
Que va-t-il se passer maintenant ? Contrairement à Paris, Washington continue à afficher la prudence. L’action diplomatique reste à l’ordre du jour, mais d’autres options ne sont pas exclues. De son côté, Ahmadinejad s’interroge sur la « sincérité » du président américain. « Nous avons bien accueilli ses initiatives, déclare-t-il. Nous lui avons adressé des messages. Et, à l’occasion, nous pourrions nous aussi prendre une initiative. » La porte reste ouverte.
Source : Rfi
