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Région du Nord : Les litiges fonciers créent des foyers de tension

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Marafa-Hamidou-YayaLes populations expropriées de leurs terres tirent la sonnette d’alarme. Elles viennent d’engager une démarche visant à les rétablir dans leur droit. Une démarche qui inquiète les organisations de la société civile locales, parce que porteuse des germes de soulèvement populaire. Des remous gagnent progressivement du terrain au sujet des déguerpissements hors normes dont sont actuellement victimes les peuples migrants venus de l’Extrême- Nord au début des années 80.
Sur haute instruction du chef de l’Etat de cette époque, des familles entières ont été migrées vers la vallée de la Bénoué propice à la pratique de l’agriculture, dans le cadre de la politique gouvernementale de l’autosuffisance alimentaire. Une trentaine d’années plus tard, celles-ci se trouvent confrontées à des exactions multiformes ayant pour finalité de les déposséder de leurs terres. Une pilule qu’elles n’entendent pas avaler. D’où la mise sur pied de cette démarche jusqu’au-boutiste entamée depuis quelques jours par ces communautés avec la saisine des organisations de défense des droits de l’homme.

Depuis l’avènement de la décentralisation qui réaffirme le statut d’auxiliaire de l’administration des chefs traditionnels, certains sous-préfets de la région ont pris la fâcheuse habitude d’utiliser leurs auxiliaires à des fins occultes. Il n’est donc pas rare de voir des chefs traditionnels investis des pouvoirs exorbitants que leur a conférés le sous-préfet de leur arrondissement, prendre des initiatives dangereuses comme celle d’exproprier les seigneurs de la terre au profit des éleveurs. C’est le cas notamment à Bibémi où en début d’année, la communauté Famou s’est vue arracher 40 hectares de terre par le chef traditionnel de la localité au profit d’un supposé représentant des éleveurs, Halilou Ahmadou.

 

Sous la houlette du chef de terre de cet arrondissement, un dossier d’attribution du titre foncier est actuellement engagé au niveau du service des domaines sous le prête-nom sus désigné, en marge de la procédure réglementaire.

 

Foyers ardents

Dans l’arrondissement de Touroua, près de 50 familles sont sommées de vider les lieux. Ici aussi, ce sont les éleveurs Mbororo qui tireront avantage de ce déguerpissement. Mais la résistance des agriculteurs est farouche, ce d’autant que les premiers occupants brandissent des arguments solides pour s’en défendre. Il s’y dégage même une forte odeur d’affrontement entre les ennemis jurés (agriculteurs et éleveurs) en cette 3e tentative de déguerpissement.Autre foyer de tension, l’arrondissement de Tcheboa. Ici la particularité est que les propriétaires terriens n’arrivent pas à initier des dossiers d’obtention des titres fonciers. Pour des raisons non élucidées.

 

Le dernier foyer a été allumé il y a un mois par un Arrêté préfectoral dans l’arrondissement de Garoua 3, précisément à Djalingo où 150 laboureurs viennent d’être interdits de poursuivre leurs activités champêtres, à quelques jours des récoltes. Les bénéficiaires de l’acte préfectoral, toujours les éleveurs Mbororo, impatients de jouir des fruits de cette décision prendront unilatéralement l’initiative de détruire des champs à terme. Au finish, ce sont 80 hectares de maïs et 50 hectares de coton réduits en cendre. Il s’en est suivi un affrontement avec mort d’homme, côté agriculteurs.

 

Suite à cette succession d’ « abus d’autorité » pour reprendre l’expression des plaignants, et aux événements malheureux qui en sont découlés, les organisations de défense des droits de l’homme sont de plus en plus sollicitées pour la recherche des voies de sortie de crise.A l’instar de cette organisation des Droits de l’Homme et des Consommateurs du Sahel (DHCS) qui a enregistré à ce jour près de 300 plaintes des communautés villageoises faisant toutes objet d’expropriation.

 

Amadou Bello
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