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Succession, Opération Epervier... : Paul Biya parle

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Paul-Biya-pDans une interview qui paraît ce jour en Suisse, dans l’hebdomadaire Les Afriques, le chef de l’Etat s’explique sur divers sujets tels que la relation avec la France, la gestion des ressources minières... La Nouvelle Expression en publie de larges extraits.
Dans une interview fleuve accordée à l’hebdomadaire panafricain Les Afriques, basé à Genève, Paul Biya, l’homme au verbe rare, s’est ouvert sur un grand nombre d’enjeux internationaux et locaux. Dans cette édition Hors-série de l’hebdomadaire, le chef de l’Etat camerounais parle de sa succession, le la lutte contre la corruption, des rapports avec la France, et de la gouvernance internationale.

Premier sujet d’échange, l’adhésion et l’activité de son pays au sein de la Francophonie, alors que le Cameroun est une nation ayant également hérité l’anglais de la période coloniale : « Le Cameroun a toujours œuvré dans le sens d’une dynamisation de l’organisation de la Francophonie qui porte des valeurs de diversité, de respect des différences et d’identité culturelle auxquelles nous sommes fondamentalement attachés. Naturellement, pour notre pays, qui comprend une multitude de  groupes linguistiques et qui, au fil de son histoire, a adopté le français et l’anglais, la Francophonie ne peut pas se résumer à la promotion, voire à la défense, d’une langue en particulier.

 

 

Notre bilinguisme symbolise notre unité et constitue une grande richesse, une ouverture incontestable vers l’international. Le Commonwealth, par sa dimension, par son héritage historique, par le poids de ses membres les plus importants tels que le Royaume Uni, l’Inde, l’Afrique du Sud ou encore le Pakistan, cherche davantage à rapprocher les intérêts de tous ses membres.  Nous souhaitons que la Francophonie, tout en conservant ses valeurs culturelles qui sont précieuses, s’inscrive également dans une démarche de rapprochement économique de ses membres. »

 

Son analyse, qui balaie les grands enjeux qui interpellent le Cameroun à l’occasion de son cinquantenaire, examine le parcours vers la construction d’une nation à partir d’une multitude d’ethnies, et d’héritages coloniaux. Un chemin difficile, dit-t-il : « L’un des plus grands défis auxquels nous avons été confrontés en accédant à l’indépendance, le 1er janvier 1960, était de construire une Nation camerounaise à partir de groupes de populations dont les différences étaient plus nombreuses que les ressemblances, et de réunifier le pays en 1961. Cinquante ans après, force est de constater qu’il existe aujourd’hui une Nation camerounaise. Grâce à notre génie intégrateur, nous avons transformé notre diversité socioculturelle en richesse. La formation de la Nation camerounaise est l’aboutissement d’un long processus qui est passé par la prise de conscience collective d’une histoire commune. Cette prise de conscience s’est renforcée au fil des décennies par des réalisations communes sur le grand chantier de l’édification de l’Etat et par des avancées significatives sur la scène internationale au plan sportif, diplomatique, culturel, etc. ».

 

Cette conscience d’appartenir à une même nation, d’avoir des destins liés semble, de l’avis du chez de l’Etat, reléguer au second plan certains sujets de tension, comme les penchants séditieux d’une partie de la population anglophone ou les risques d’instabilité liées aux perspectives floues de succession à la tête de l’Etat. Ces menaces, exposées récemment par l’Ong International Crisis Group, ne semblent pas ébranler la conviction de Paul Biya selon laquelle les Camerounais n’aiment pas la guerre et feraient tout pour s’en passer : « Je me dois de faire remarquer que, dans une Afrique souvent en proie à divers conflits, le Cameroun est l’un des pays du continent qui jouit d’une stabilité et d’une paix assez peu répandues. Ceci n’est pas le fait du hasard. Les Camerounais, dois-je le redire, sont profondément attachés à la paix et à la stabilité de leur pays ».

 

Concernant sa succession, Paul Biya exclut toute hypothèse de désordre et préfère s’en remettre au schéma institutionnel prévu par la constitution : « Mon devoir, en tant que chef de l’Etat, est de mettre en place et de renforcer les institutions qui permettent à la démocratie camerounaise de s’enraciner dans nos comportements. Les mécanismes de fonctionnement de cette démocratie sont prévus dans la Constitution, que ce soit en ce qui concerne l’élection du président de la République ou la succession à la tête de l’Etat en cas de vacance du pouvoir. Nous comptons sur la maturité des Camerounais – et ils en ont fait preuve lorsque nécessaire – pour respecter l’esprit et la lettre de nos institutions. »

 

Si, au cours de cette interview, le président semble peu disert sur certains sujets, il s’épanche longuement, en revanche, sur la lutte contre la corruption. Pour lui, les grands bandits à col blanc et les rackets de petits fonctionnaires représentent des dangers à combattre avec la même énergie : « Que ce soit la grande ou la petite corruption, le résultat est le même. La corruption nuit à l’économie et prive les Etats d’importantes ressources qui pourraient leur permettre de faire face à leurs missions. Les sanctions sont régulièrement prises dans l’Administration contre ceux qui se rendent coupables de pratiques de corruption ou de fraude. Mais le mal est profond. C’est pourquoi, à la répression nous associons la sensibilisation, à travers les campagnes de communication des différentes structures de lutte contre la corruption que nous avons créées, à l’instar de la Commission nationale de lutte anti-corruption (CONAC), de l’Agence nationale d’investigation financière (ANIF), de la Chambre des comptes, etc.  (…) Les associations de la société civile font aussi un travail appréciable.
Et je dois dire que les premiers résultats obtenus dans cette croisade contre la corruption sont plutôt encourageants. Nous continuerons dans cette voie. Dans ce contexte, la portée de notre action va bien au-delà du détournement des deniers publics. Compris sous cet angle, les effets dévastateurs de la corruption deviennent plus évidents dans différents domaines, notamment la surfacturation  des marchés, les retards dans l’exécution des projets  etc. Tout cela mine la crédibilité d’un pays aux yeux des investisseurs, paralyse le bon fonctionnement des marchés, crée une insécurité qui accroit le coût des crédits et les exigences des investisseurs. En réalité, le coût socio-économique de ces comportements est énorme ».

 

A ceux qui voient des manœuvres politiques derrière l’emprisonnement de certains hauts dignitaires qui seraient ainsi sanctionnés pour leurs ambitions politiques, Paul Biya assure que « la lutte contre la corruption est l’un des axes majeurs de notre politique de redressement et de relance de l’économie camerounaise. Nous n’avons pas d’autres motivations. Je dois d’ailleurs vous rappeler que dès mon accession à la magistrature suprême de mon pays, j’avais inscrit le diptyque Rigueur et moralisation au centre de mon action. J’avais à l’époque, mis en garde mes compatriotes contre la mauvaise gestion et le détournement de la fortune publique. L’opération Epervier que vous évoquez est donc la suite logique de cette politique de rigueur et de moralisation. Qu’on ne nous prête pas d’autres intentions. D’ailleurs, nous demandons aux amis du Cameroun de nous aider dans ce combat de longue haleine ».

 

Même si, dans la pratique, le président semble privilégier les personnes d’un certain âge quand il choisit ses collaborateurs, il n’en reste pas moins sensible aux discours comme ceux d’Ali Bongo qui invite à une plus grande responsabilisation des jeunes. C’est d’ailleurs pour lui, une grande responsabilité pour le Cameroun qui assume un leadership de fait dans la région : « Parmi les préoccupations qui ont le plus retenu mon attention dans le message du Président Ali Bongo Ondimba lors de la conférence « Africa 21», il y a la préparation de notre jeunesse à relever les défis de ce siècle et le renforcement de l’intégration de notre sous-région. Quand vous réalisez que plus de 70% de la population d’Afrique centrale à moins de 25 ans, vous saisissez en même temps la pertinence des propos du Président Bongo ».

 

Dans le contexte actuel où la diversification des relations de coopération économique est recherchée par tous les pays en développement, le chef de l’Etat ne néglige pas l’apport décisif de la France qui reste, historiquement, le partenaire économique de premier plan du Cameroun : « Il existe des liens particuliers, culturels et économiques, entre la France et les pays africains francophones, mais ce ne sont plus des liens exclusifs, ni dans un sens, ni dans l’autre. La France développe des échanges croissants avec les pays africains non-francophones. Et, dans le même temps, les pays africains francophones diversifient leurs partenariats internationaux. Nous nous félicitons également de la nouvelle dimension donnée à la relation France-Afrique à Nice.
En effet, pour la première fois, aux côtés des Chefs d’Etats, les investisseurs d’Afrique et de France se sont retrouvés pour examiner les opportunités d’affaires. Cette évolution est favorable aux échanges et porteuse de croissance. (…) Notre pays a besoin de mobiliser tous ses partenaires pour réussir son décollage économique et se hisser dans les prochaines années parmi les nations émergentes. Je dois également signaler la part croissante prise par notre diaspora établie en France dans le développement de nos échanges économiques », insiste Paul Biya

 

Sur le plan de la coopération avec les pays émergents en matière minière, et des chances de prospérité de l’Afrique sur la base de l’exploitation minière, Paul Biya se montre plutôt circonspect estimant qu’« il faut être conscient que la disponibilité de ressources minières ne vous en assure pas automatiquement le bénéfice, si vous ne vous organisez pas pour transformer les revenus issus de l’exploitation d’une rente minière épuisable en sources de revenus pérennes ».

 

Viennent alors les questions internationales. Sur les sujets concernant la place de l’Afrique dans les instances internationales et l’éthique qui doit rester présente dans les opérations des grandes places financières internationales. Paul Biya rappelle : « Lors de mon intervention à la Tribune de la 64e Assemblée générale des Nations Unies en septembre 2009, j’avais indiqué que c’est bien une conjonction de dérives morales et de graves entorses à l’éthique qui se trouvent à l’origine de la grave crise financière actuelle que connaît le monde. J’avais préconisé, au cours de l’Assemblée générale de l’Onu en septembre 2000, donc bien avant cette crise, la création, au sein du Secrétariat Général des Nations Unies, d’un Comité ou d’un observatoire international d’éthique, chargé précisément de promouvoir entre les nations et à l’intérieur de celles-ci, les valeurs humaines fondamentales universelles.
Il me semble que ce plaidoyer est toujours d’actualité. Car, dans le monde d’aujourd’hui qui a tendance à reléguer l’Homme au second plan, nous nous devons de relever le défi des valeurs éthiques. Si la mondialisation ne s’accompagne pas d’un nouvel ordre moral, si elle manque de ce supplément d’âme que constitue la solidarité entre les nations et les peuples, elle risque de mettre en danger la paix si chère à notre temps ».

 

Cette interview est publiée ce jour même en Suisse et sera probablement disponible dès lundi au Cameroun.
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