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Croissance: l’Union européenne pessimiste sur le cas du Cameroun

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Mardi, 05 Octobre 2010 14:11
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Toute en reconnaissant les atouts du pays, un rescent rapport détaillé vient de nouveau éclairer les pesanteurs et dysfonctionnements structurels de l’économie camerounaise.Le Cameroun a-t-il de vraies chances de réaliser des objectifs ambitieux de croissance?

Un rapport commandé par la coopération européenne sur les possibilités de renforcement de la compétitivité de l’économie camerounaise, et bouclé il y a deux moins indique que non, même si le potentiel reste élevé.

Selon les termes de ce rapport, le Cameroun est un vrai nid de paradoxes économiques : un pays qui a réduit sa dette extérieure, mais n’a pas pu en profiter pour réduire la pauvreté ; son élite est réputée bien formée et son produit intérieur brut (Pib) représente le tiers de celui de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), pourtant le pays n’arrive pas à assumer son rôle de leader naturel dans la région ; ses banques sont en « surliquidité », mais elles rechignent à financer les Pme-Pmi, qui représentent 83 % du secteur productif. >

Ses entreprises privées sont dynamiques, mais, après huit ans d’existence de la Bourse des valeurs mobilières de Douala, seules trois entreprises y sont aujourd’hui cotées ; Un pays où le dynamisme entrepreneurial est reconnu comme le plus important, et de loin, dans la région, mais où le dispositif public d’accompagnement est le plus faible, alors que le secteur informel assure plus de 90% de l’emploi ; un pays agricole qui a longtemps été le principal grenier de la sous-région exportant des denrées alimentaires vers les autres pays de la Cemac, mais qui, d’année en année, importe davantage de denrées alimentaires pour nourrir sa population.

“Au taux de croissance actuel de 3%, il faudrait plus de douze ans au Cameroun pour atteindre un revenu par habitant de 1.000 dollars (le niveau affiché actuellement par des pays comme les Philippines ou le Paraguay) ou presque 25 ans pour dépasser le niveau de la Tunisie et du Brésil, en supposant que ces pays restent à leurs niveaux respectifs actuels”. C’est dire l’ampleur du défi posé aux autorités camerounaises, qui ne cessent de répéter leur ambition de faire du Cameroun un pays émergent en 2035.

Si le catalogue des pesanteurs et dysfonctionnement structurels qui freinent l’élan de développement du pays est long (voir encadré), quelques menaces immédiates plombent déjà l’existant : La signature de l’Ape sans volet développement qui exposerait les industries locales à la concurrence des produits à bas prix et/ou de meilleure qualité en provenance de l’Ue; Des tensions de trésorerie prévisibles; le risque de retour en force de l’interventionnisme de l’Etat dans le secteur bancaire ; la rigidité monétaire liée à la parité fixe avec l’euro, entre autres.

Au plan social, le gap à résorber reste élevé, et probablement au dessus de moyens de autorités. Selon ce rapport, même si l’incidence de la pauvreté monétaire a régressé de 13,1 points entre 1996 et 2001 passant de 53,3 % à 40,2 %, elle est restée pratiquement stationnaire entre 2001 et 2007 passant de 40,2 % à 39,9 %. Ainsi, indiquent les rédacteurs de cette étude, la probabilité de mourir avant 40 ans est de 34,2%, le taux d’adultes analphabètes est de 32%, tandis que l’accès à l’eau potable est de 30% seulement sur l’ensemble du territoire. En bien des aspect du développement social, notamment de la prise en charge des enfants, le Cameroun est derrière des pays comme le Ghana, le Cap Vert ou encore la Tanzanie.

De sérieux problèmes de conditions de vie, d’accès aux soins de santé, à l’éducation, à la nourriture et à l’eau potable sont relevés par le rapport qui place le Ghana au premier rang des pays africains. « Le nombre de pauvres a sensiblement augmenté et a atteint 7,1 millions en 2007 contre 6,2 millions en 2001. Le milieu rural reste le plus affecté, avec un taux de pauvreté en augmentation qui est passé de 52,1% en 2001 à 55% en 2007. La pauvreté a, par contre, diminué en milieu urbain de 5,7 points pour se situer à 12,2% en 2007 » Dans le domaine de l’emploi, explique les expert, le chômage des jeunes reste préoccupant, d’autant que leur insertion (92%) s’effectue dans l’économie informelle où les emplois sont précaires et peu valorisants : « Le sous-emploi reste très élevé (76%) et, nombreux sont les jeunes qui déclarent exercer leur emploi actuel pour leur survie, espérant trouver mieux dans un futur proche. (…) il est clair, concluent nos experts, qu’au regard de ses résultats actuels, le Cameroun n’atteindra pas les objectifs du millénaire pour le développement (Omd) à l’horizon 2015 ».

Un des handicaps majeurs reste le contraste paradoxal entre l’attractivité naturelle du Cameroun (ressources naturelles, fertilité) et l’afflux des investissements étrangers. Car bien que disposant de réserves minières importantes, des ressources humaines qualifiées et d’autres atouts économiques, le Cameroun reçoit « très peu » d’Investissements directs étrangers. Entre 2007 et 2008, les Ide ont enregistré des flux nets en baisse (284 millions Usd contre 309 millions Usd) représentant environ 1,2% du Pib chaque année.

« Ces flux d’investissements étrangers entrant au Cameroun restent marginaux par rapport aux flux mondiaux, y compris l’Afrique, malgré son potentiel de ressources naturelles et humaines. D’après les investisseurs étrangers, le Cameroun souffre d’énormes obstacles pour assurer une attractivité réussie et améliorer le montant des investissements étrangers, tout particulièrement son climat des affaires et le sous-développement de son marché financier (trois valeurs seulement cotées à la bourse de Douala) ».

La croissance économique du Cameroun, reste fragile du fait de sa dépendance excessive à l’égard d’un nombre réduit de produits primaires d’exportation (pétrole, bois, cacao, café, coton, banane), « ce qui l’expose à des facteurs exogènes en raison de l’instabilité des cours mondiaux de ces produits. » Ces experts pensent néanmoins qu’une mise en œuvre efficace du Dsce peut etre salvateur pour l’économie nationale : « Conçu pour une dizaine d’années, le Dsce est porteur de défis considérables » : que la part de la production manufacturière dans le Pib soit de l’ordre de 23 à 24 %, et que l’exportation de produits manufacturés prenne une place plus importante dans la structure des échanges extérieurs au détriment des produits primaires.

L’ambition du Dsce est de porter progressivement l’économie camerounaise à un taux d’investissement et de croissance se situant respectivement autour de 25% du PIB (contre 18% actuellement) et de 6 % par an d’ici 2015, à l’instar des pays de l’Asie du Sud-est. « Le Cameroun, conclut ce rapport, a donc encore beaucoup de chemin à faire pour atteindre l’objectif de devenir un pays à revenu intermédiaire au cours de la présente génération ».
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