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Succession de Paul BIYA: Voici pourquoi elle sera difficile

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Paul-BiyaVotre journal (Aurore Plus) poursuit aujourd'hui sa réflexion sur la succession délicate de Paul Biya qui pourrait, si on n'y prend garde, déboucher sur une situation conflictuelle sur fond d'affrontements entre les différentes régions du pays. Le Grand Nord veut revenir aux affaires après le départ de Paul Biya et ne le cache pas.

Aurore Plus prend position d'une manière définitive sur ce sujet délicat qu'il a déjà évoqué à plusieurs reprises dans des éditions antérieures. Voici notre position.



Le Cameroun, n'est pas et ne doit jamais être la chasse gardée d'une région, d'un groupe ou d'une ethnie. Il appartient à tous ses enfants, ce qui signifie qu'un Camerounais de n'importe quel coin du pays peut assumer la charge suprême s'il remplit les conditions d'éligibilité définies par la Constitution. Anglophone ou Francophone, Ewondo, Peulh, Bamiléké, Maka, Abo, Bakossi, Pongo, Toupouri, Bakweri, Banen, Tikar peuvent présider à sa destinée. Pour paraphraser le chef de l'Etat qui avait déclaré dans l'un de ses discours qu'il n'y avait pas au Cameroun ni de sport majeur ni de sport mineur, nous pouvons nous permettre de dire qu’au Cameroun il n'y a pas d'ethnie majeure ou mineure, toutes égales en droit. Il ne doit pas avoir d'ethnie de gouvernants et d'ethnie de gouvernés.

L'un des plus grands dangers qui guettent notre pays si le Grand Nord revient aux affaires est l'esprit de revanche avec son lot de règlements de compte, des assassinats ciblés.

Certains acteurs et témoins plus ou moins passifs du putsch manqué du 6 avril 1984 qui ont subi l'humiliation, l'affront sont toujours en vie dont un certain Issa Tchiroma Bakary, hier ministre des Transports et aujourd'hui de la Communication du régime Biya qui l'avait jeté en prison où il avait passé plusieurs années dans d'indicibles souffrances. Tout comme Dakolé Daïssala et bien d'autres personnalités du Grand Nord qui ne sont pas prêts d'oublier ce qui leur était arrivé. Le Toupouri d'origine tchadienne qu'est Dakolé Daïssala, lui aussi ancien ministre des Transports de Paul Biya et leader du MDR n'avait-il pas déclaré à sa sortie de prison qu'il avait pardonné mais pas oublié ! Ce qui veut dire que chez certains originaires du Grand Nord, 26 ans après le putsch manqué, les blessures de la rancune et de la haine ne se sont pas encore cicatrisées, elles restent même vivaces.

Quant à Maïgari Bello Bouba, président de l'UNDP et actuel ministre d'Etat en charge des Transports, il avait dû prendre le chemin d'un exil volontaire humiliant au Nigeria voisin où il avait mis à profit son séjour pour apprendre l'anglais. L'officier de l'armée de terre, Guerandi Mbara qui avait dû quitter clandestinement le Cameroun pour se réfugier au Burkina Faso fait également partie du lot, lui qui ne rate jamais la moindre occasion pour se faire entendre en donnant de la voix lors de certaines rencontres réunissant les opposants au régime ou à travers des tracts.

Les veuves et les orphelins qui sont tous devenus des adultes n'ont pas également oublié. Certains de ces orphelins qui ont eu la chance de poursuivre leurs études supérieures en occident où ils se sont installés constituent un important vivier dans lequel se recrute à satiété des opposants au chef de l'Etat. Au moment des faits, de la tragédie en 1984, certains de ces orphelins étaient des tout petits enfants ou sortaient à peine de l'adolescence et ne comprenaient pas ce qui se passait sous leurs yeux. Devenus grands, ils ont la vengeance à fleur de peau. Pour les veuves, un grand nombre a refusé de vivre désormais au sud du pays après la mort de l'époux et sont rentrées passer le restant de leur vie dans leur région d'origine.

Certains analystes pensent naïvement que le Grand Nord peut revenir aux affaires sans que cela suscite une quelconque vague de peur ou de terreur au sud du pays, plus particulièrement chez les Béti. Ils avancent des arguments selon lesquels un peulh modéré comme l'ancien Premier ministre Sadou Hayatou, fortement diminué par une grave maladie, peut prendre la succession de Paul Biya et assurer une transition sans heurts. Mais ces analystes oublient-ils que la nature humaine est imprévisible, que l'agneau d'aujourd'hui peut se transformer en loup demain au gré de ses humeurs ou des circonstances ? On l'a vu ailleurs sous d'autres cieux mais surtout chez nous avec Ahmadou Ahidjo, premier président du Cameroun que les Français avaient désigné Premier ministre du Cameroun oriental, début 1958, en remplacement de André Marie Mbida, homme aux manières brutales qui les inquiétait. On avait cru qu’Ahidjo était maléable et manipulable à souhait, qu'il était docile. En réalité, c'était un hypocrite qui avait réussi à bien cacher son jeu. On avait cru qu'il devait être un homme de transition devant tout juste passer quelques années au pouvoir pour le laisser à quelqu'un comme Paul Soppo Priso. Erreur ! On a vu ce qu'il est devenu par la suite, un dictateur, quand le pays est devenu indépendant.

Paul Biya l'a également fait et tout jouait en sa faveur: sa voix fluette, son statut de technocrate, son goût peu prononcé pour les joutes oratoires et les meetings de l'Union nationale camerounaise (UNC) ont fait penser qu'il était un homme inoffensif, on connaît la ... suite. Et puis n'oublions pas que l'ancien Premier ministre Sadou Hayatou a perdu sa fille qui faisait des études en France au début des années 1990. Elle s'était suicidée dit-on parce que son père était le Premier ministre de Paul Biya dont le régime était fort contesté et critiqué en ces années-là, ce qui faisait d'elle la risée de tout le monde. Vrai ou faux, c'est la thèse qui circulait après son suicide. Si cela est vrai, cela veut dire que Sadou Hayatou n'a pas ... oublié.

Si c'est un homme comme Maïgari Bello Bouba qui prend le pouvoir, cela va être très dangereux pour le pays, car il pourrait devenir un tortionnaire comme Hissène Habré l'a fait au Tchad. En effet, l'ancien président de ce pays voisin avait mis en place une politique d'élimination physique d'intellectuels du Sud. Nous l'avons toujours dit dans les colonnes de votre journal que cet homme très rusé nourrit une rancune tenace à l'égard de Paul Biya.

Hamidou Yaya Marafa n'est pas également une garantie. Tel que l'homme se comporte, il est à craindre qu'il se transforme en bourreau de ses concitoyens.

A défaut d'un Peulh après Paul Biya, on dit qu'un Kirdi chrétien ou musulman peut faire l'affaire. Même là, il convient de rester prudent. Amadou Ali est Bornouan comme Hamadou Moustapha, ministre chargé de mission à la présidence de la République. Le vice-Premier ministre en charge de la Justice, garde des sceaux est fourbe et hypocrite comme son patron Paul Biya. Il paraît lisse, sans aspérités, traînant peu de casseroles. Mais sait-on jamais où peuvent conduire les apparences ?

Luc Ayang, Gounoko Haounaye, ils sont bien nombreux à prétendre devenir locataires du palais de l'Unité à Etoudi. Pour éviter toute surprise surtout désagréable, il vaut mieux éviter qu'un originaire du Grand Nord prenne position du siège présidentiel.


Pas un Béti après Biya

Il n'est pas également du tout indiqué qu'un Béti prenne la succession de Paul Biya. Si cela se produit, ce sera une catastrophe pour le pays. En 28 ans de règne, le Cameroun n'a pas connu de grands progrès et même si toutes les ethnies ont trempé dans la corruption et le détournement des deniers publics, les Bétis en détiennent la palme d'or. Il n'est pas bon pour le pays qu'un originaire des régions du Centre, du Sud et de l'Est remplace Paul Biya à la tête de l'Etat, parce que proche sur le plan culturel car ce serait faire injure au peuple camerounais car comme nous l'avons annoncé au début de cette contribution, le poste de président de la République ne doit pas être l'apanage ou le monopole d'une région, groupe de région ou d'une ethnie. Si un béti remplace Biya, cela peut conduire à une déstabilisation du pays. Le Grand Nord, surtout son élément peulh, l'Ouest verront cela d'un très mauvais œil et on ne sait pas où cela peut conduire.


Les anglophones ou le Littoral

La position de votre journal a toujours été claire qu'après le départ de Paul Biya, que ce soit un anglophone ou alors s'il y a des résistances un originaire de la région du Littoral, quelqu'un d'une ethnie minoritaire.

Le Cameroun est divisé en trois grands blocs géopolitiques: le Grand Nord (Adamaoua, Extrême Nord et Nord, les anglophones (Nord-Ouest et Sud-ouest et le Grand Sud (Centre, Est, Ouest, Littoral et Sud). Le Grand Nord a été au pouvoir avec Ahmadou Ahidjo, de 1958 à 1982 soit 24 ans de règne absolu. Et depuis 1982, le Grand Sud est aux commandes avec Paul Biya soit déjà 28 ans. Un règne qui est appelé à se poursuivre. Si la politique obéissait à une certaine logique, un anglophone devrait succéder à Paul Biya. Mais la politique a sa propre logique qui n'a rien à voir avec nos analyses. Si un anglophone remplace Biya, il y aura à notre sens moins de problèmes au Cameroun. Les originaires du Grand Nord peuvent accepter cette possibilité, cette option, leur problème étant qu'un Béti ne remplace pas Paul Biya. Ce scénario peut également arranger les Bamiléké, leur problème étant qu'un originaire du Grand Nord ne doit pas revenir au pouvoir ou qu'un béti n'assume la succession de l'actuel chef de l'Etat.

De même, les Béti peuvent accepter qu'un anglophone dirige le pays, leur hantise étant qu'un originaire du Grand Nord ne prenne la succession de Paul Biya, ce qui serait une grande source d'ennuis de toutes sortes pour eux. L'arrivée au pouvoir d'un anglophone du Nord-Ouest peut satisfaire les Bamiléké dont ils sont proches sur le plan culturel tandis qu'un anglophone du Sud-ouest arrangerait bien les originaires du Littoral.

S'il y a des blocages ou des complications, à l'accession d'un anglophone à la magistrature suprême pour diverses raisons, le Littoral peut tirer son épingle du jeu en donnant au pays quelqu'un d'un groupe minoritaire tel qu'un Pongo, un Douala, un Bakoko, un Ewodi, un Abo, etc. Le choix d'un homme d'une ethnie minoritaire peut mettre tout le monde d'accord: le Grand Nord, les Béti et les Bamiléké pourraient facilement s'accorder sur ce choix, s'entendre afin de ne pas faire exploser le pays.

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