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Compte tenu de l’actualité de l’heure concernant l’effondrement des immeubles à Yaoundé, notre reporter s’est approché de l’Anor – l’Agence nationale des normes et de la qualité. Disponible, son directeur général s’est prêté à lui afin de mieux éclairer la lanterne de l’opinion nationale et internationale.
Dikalo : Monsieur le directeur général, commençons par votre dernière
responsabilisation sur le plan international. Comment cette nomination
est-elle arrivée ? Et c’est une responsabilité de plus…
Charles Boto’o à Ngon : Merci de me poser cette question. Il s’agit effectivement d’une responsabilité de plus. Vous savez que le Cameroun est membre de l’Oci qui est l’Organisation de la Conférence islamique. C’est dans ce cadre que le Cameroun a paraphé la création d’un Institut de normalisation et de méthodologie des pays membres de
l’Oci. Ayant paraphé les textes constitutifs de cette institution, il était question que l’on mette en place des structures opérationnelles.
Il s’agit notamment du secrétariat général, du Conseil d’administration et du Comité d’accréditation. C’est dans ce cadre que, sur l’invitation du Des, l’Anor a représenté le Cameroun à la première Assemblée générale de cet Institut de normalisation. Et au regard de l’importance et de la volonté du gouvernement de doter notre pays d’un système de normalisation efficace, et au regard de notre contribution et surtout notre participation au Comité international de normalisation, le Cameroun a été élu, à travers l’Anor, comme membre du Conseil d’administration de cet Institut qui compte en réalité sept membres. Il convient de souligner ici que le Cameroun est le seul pays de l’Afrique centrale à être présent dans cette instance. Donc, c’est une responsabilité de plus, surtout que nous attendons beaucoup de cet Institut. Vous savez, la normalisation se fait beaucoup plus ces derniers temps par un regroupement. Vous avez des normes africaines, européennes et américaines. C’est dans ce cadre que cet Institut a été créé et nous sommes en droit d’attendre des normes bénéfiques pour notre système.
D.: Depuis quelques temps, l’on se plaint de la qualité douteuse des matériaux de construction. Qu’entend donc faire l’Anor pour éviter aux Camerounais d’autres catastrophes comme celle qui fait couler beaucoup d’encre et de salive actuellement ?
C.B. à N : Ce n’est pas seulement depuis quelques temps qu’on se plaint des normes sur les matériaux de construction. C’est un secteur sensible et prioritaire. Et c’est d’ailleurs pour cela qu’à l’issue du premier Conseil d’administration de l’Anor, la filière des matériaux de construction était l’une des filières prioritaires.
Pour revenir à votre question, je voudrais dire que le Cameroun dispose d’un certain nombre de normes sur les matériaux de construction qui sont d’application obligatoire. Je pense notamment aux normes sur le ciment et sur le fer à béton qui sont des éléments essentiels pour la mise en œuvre des ouvrages.
Mais, il y a deux cas qui se présentent. Soit les matériaux sont de mauvaise qualité, soit les normes de mise en œuvre ne sont pas respectées. Concernant les matériaux, la norme étant d’application obligatoire, cela suppose que les importateurs, de même que les producteurs locaux, doivent obtenir un certificat de conformité à l’Anor avant de mettre les produits sur le marché. Mais, nous avons remarqué que certains opérateurs, notamment les importateurs, profitaient des dérogations qui leur étaient accordées pour faire venir des matériaux et les faire analyser, mais malheureusement, ils les mettaient directement sur le marché et on n’avait pas la possibilité de les contrôler.
La réunion que nous avons tenue l’autre jour (vendredi 20 août 201, Ndlr), était pour préciser et avoir un ton ferme parce qu’après une période de sensibilisation, il faudrait bien passer à une période de répression pour les opérateurs véreux qui ne veulent pas respecter la norme. C’est dans ce sens que tous les produits, notamment les fers à béton et le ciment, ne pourront plus sortir du Port de Douala s’ils n’ont pas fait l’objet d’un prélèvement pour des faits d’analyse, en vue de l’obtention d’un certificat de conformité.
D.: Comment contrôler ces importations quand il y a des complicités soupçonnées au niveau des douanes et du commerce ?
C.B. à N : Je ne pense pas qu’il y ait des complicités au niveau du commerce, encore moins au niveau des douanes. Disons que les concertations que nous tenons, voudrait que chacun soit devant ses responsabilités. Que ce soit l’Anor, le ministère du Commerce ou la direction générale des Douanes. Et en cela, je voudrais féliciter le travail qui est fait au niveau du ministère du Commerce parce qu’ils interviennent beaucoup plus sur les marchés.
D’ailleurs, l’une des résolutions de cette réunion du 20 août dernier, est que l’Anor, en liaison avec les administrations concernées, va descendre sur le terrain pour traquer ceux des produits qui ne respectent pas les normes et prendre les mesures qui s’imposent.
D. : Monsieur le directeur général, les Camerounais consomment faux. Une grande bataille à mener pour l’Anor. Qu’en pensez-vous ?
C.B. à N : En mettant en place une structure comme l’Anor, je pense que le président de la République a répondu favorablement aux attentes des Camerounais. Vous savez, les habitudes ont la peau dure. L’Anor est là pour montrer aux Camerounais l’intérêt qu’ils ont à utiliser les produits de bonne qualité, l’intérêt qu’ils ont à respecter les normes qui sont, en réalité, d’application facultative parce qu’obtenues par consensus.
Tout naturellement, pour des besoins de sécurité et de santé, elles sont d’application obligatoire. Je voudrais dire que le véritable problème, ce n’est pas la chasse aux sorcières, c’est de montrer aux Camerounais qu’on peut faire les choses autrement. C’est-à-dire, d’installer dans la conscience collective des Camerounais, la notion de qualité. C’est un problème pédagogique et nous comptons le mener, de concert avec les administrations, les opérateurs économiques, la société civile et toutes les parties prenantes.
D.: Un hic, le porte-monnaie des Camerounais ne pèsent pas car, en parlant de qualité, il y a une question de cherté.
C.B à N : On ne saurait sacrifier la qualité sous le fallacieux prétexte du porte-monnaie, parce que la qualité n’a pas de prix. Il y aura des problèmes de santé et d’insécurité. Imaginez-vous, ces immeubles qui se sont écroulés, s’il y avait des occupants, où est-ce qu’on en serait aujourd’hui ? Donc, nous avons tous intérêt à nous engager dans la démarche Qualité.
D : Quels sont les prochains chantiers de l’Anor ?
C.B à N : On s’en tient uniquement aux prescriptions du Conseil d’administration. Par rapport à notre plan d’actions prioritaires, nous avons les secteurs des matériaux de construction, de l’agro-alimentaire, des cosmétiques, des médicaments, de l’électricité et des transports. Il est urgent qu’on élabore et rende d’application obligatoire, les normes sur le secteur des transports.
D : A quand le démarrage effectif du travail en plein temps ?
C.B à N : Nous avons commencé déjà. Et les pouvoirs publics ont mis les moyens à notre disposition qui vont permettre un déploiement effectif de l’Anor et vous ne tarderez pas à le constater sur le terrain. Nous avons tenu une autre réunion hier 24 août. Elle fait suite à celle du 20 août. Autant celle-là concernait les matériaux précis, le fer à béton et le ciment, autant la dernière a réuni toutes les parties prenantes pour qu’on voit ensemble comment est-ce qu’on devrait élaborer les normes pour la mise en œuvre qualitative des édifices publics et privés.
Entretien mené par JEAN-PIERRE BITONGO
