Maroua : Le choléra investit la prison centrale


Six cas ont été signalés hier dans cette maison d’arrêt. Selon un communiqué rendu public hier par le comité départemental de crise du Diamaré, le choléra a fait son entrée à la prison centrale de Maroua. Cette maison d’arrêt connait à ce jour six cas de choléra mais pas encore de décès. Le comité, que préside le préfet Justin Dieudonné Ngong insiste sur l’observance des mesures d’hygiène élémentaire pour mieux conjurer l’épidémie.
L’inquiétude monte donc d’un cran chez les pensionnaires de la prison centrale de Maroua où règne une véritable promiscuité. Construite pour une capacité de 300 places, elle abrite aujourd’hui près de 1 500 détenus.
Malgré la descente sur le terrain des ministres de la Santé publique, son homologue de l’Energie et de l’Eau, le choléra continue sa progression. Même si un infirmier en poste dans le district de santé de Maroua urbain nuance : «il y a des cas qui se déclarent de plus en plus mais nous n’enregistrons plus beaucoup de décès comme avant».
Lors de la visite dévaluation du patron de la santé le 13 août dernier, les chiffres parlaient de 2 421 cas, 183 décès dont 112 en communauté. Il n’y avait, selon André Mama Fouda, que 113 malades sous soins dans les formations sanitaires. A la matinée du 16 août 2010 par exemple, Maroua compte en tout 162 cas de choléra notifiés dont 16 décès de l’avis du Dr Joseph Dayang, chef de service du district de santé de Maroua urbain. Au total, les chiffres au niveau régional parlent de 221 décès déjà depuis le déclenchement de l’épidémie le 06 mai 2010.
Un responsable de service de santé, ayant requis l’anonymat affirme : «nous attendons les appels de chef de centre pour nous communiquer tous les chiffres actualisés. Mais déjà, nous pouvons dire que nous avons franchi le cap de 220 morts mais il faut aussi reconnaitre que la riposte montre ses points forts. Avant, on pouvait enregistrer 05 à dix décès par jour ; mais la tendance tend à diminuer. Ce qui est déjà une bonne chose au regard du déploiement d’autres personnels sanitaires». On note cependant une accalmie dans les départements du Mayo Danay et du Logone et Chari, les premiers à être touchés par l’épidémie.
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Malgré cette accalmie, les populations s’indigent de ce que le combat soit délaissé à la seule administration qui ne peut tout éradiquer. Un mouvement d’actions culturelles, Mafa, peuple habitant dans le Mayo Tsanaga, si durement éprouvé par l’épidémie, fustige la passivité des élus du peuple du département dans la gestion de cette épidémie : «Comme dans les crises multiples antérieures que nos populations ont connu, nous avons ressenti une passivité irresponsable de votre part en tant qu’élus du peuple. C’est d’ailleurs avec raison que nous nous sommes demandé où est passé votre sens de solidarité, de fraternité, de responsabilité et d’humanité.
Car ces enfants, ces femmes et ces hommes qui souffrent et meurent ne sont ils pas vos électeurs ? Ceux qui vous ont permis de jouir de ces privilèges liés à vos fonctions actuelles», note Ditsuma dans une correspondance adressée le 08 août dernier aux conseillers municipaux et aux six députés du Mayo Tsanaga. Même le gouverneur de la région a tancé les chefs traditionnels du peu de leur implication dans la gestion de la "crise". Si les notabilités coutumières, les élus locaux et les élites se sont murés dans l’indifférence, seul l’honorable Basile Yagai, député Undp du Mayo Tsanaga, a fait un geste. Il a offert des matériels hygiéniques composés de l’eau de javel, des savons de ménage, des pots pour les selles et des produits de désinfection aux patients logés à l’école publique de Sirak par Mokolo.
Jacques Kaldaoussa