Fête du sacrifice : La fièvre monte à la Briqueterie



A deux jours de la célébration de la fête du sacrifice, les fidèles musulmans de Yaoundé mettent tous la main à la pâte. «Waïï, Abdoulaye N. ! La fête c’est vendredi et tu n’as pas encore fini de coudre mon habit ? » « C’est presque fini. Je vais faire les finitions ce soir et demain tu as ton pagne. Il n’y a pas de problème. » Ce discours, Abdoulaye N. le tient au moins pour la dixième fois depuis un quart d’heure. Et le ballet de clientes ne semble pas prêt de s’arrêter. Pourtant, le jeune tailleur sénégalais n’a pas l’air alarmé.
« C’est comme ça chaque année. Mais cette fois je vais vraiment terminer. ?a aurait été mieux si la fête tombait samedi. Mais ça va aller.» Dans cet atelier de couture, situé en plein cœur du quartier Briqueterie à Yaoundé, trois autres tailleurs sont à pied d’œuvre. Dans un coin de la petite pièce, des tissus pagnes entassés en pile. A priori, on croirait que ces étoffes sont à vendre. Mais non. « Tout ça, c’est à coudre pour la fête du mouton. Et ce n’est même pas beaucoup. Avant, on acceptait tout et on n’arrivait pas à finir. Cette fois, tout est calculé », raconte Djibril K., l’un des tailleurs. Un coup de ciseaux, deux passages de fer à repasser, trois coups d’aiguille et de jolis vêtements en sortent.
Cette ambiance est la même dans les multiples ateliers de couture de la « Brique », fief des musulmans de la capitale. La fête du mouton est prévue pour demain vendredi. Et ici, les préparatifs de l’événement vont bon train. D’un secteur à un autre, des bergers circulent avec leurs troupeaux de béliers. Parfois les bêtes ralentissent la circulation. Motos et piétons se faufilent. Un coup de klaxon et les automobilistes avancent à leur tour. Dans une des boutiques du quartier, des gens sortent avec de gros paquets. Beaucoup prennent de la farine, du sucre, des œufs, pots de beurre et de lait… « Nous allons faire des gâteaux et des beignets ce soir. Comme ça, le jour de la fête, il n’y aura plus que le mouton à préparer », explique Aminata, l’une des clientes. « Il faut commencer maintenant. Sinon le jour de la fête, on est débordé. Je vais profiter de cet après-midi pour faire des tresses aux filles et mettre du vernis à celles qui veulent », raconte une autre.
A l’arrière d’une autre boutique, Aïsa B. s’est provisoirement installée avec tout son matériel de tatouage traditionnel. Assises à même le sol, trois jeunes filles attendent leur tour en feuilletant des catalogues. « Tout est beau ! » s’exclame Rouka, une jolie fillette de huit ans. Le temps qu’elle se décide, sa mère qui l’accompagne se propose de faire quelques courses. Madame Abbas raconte que cette année, elle n’est pas sûre que son mari fasse immoler un mouton, faute de moyens. « Je vais chercher des poulets au marché. Si vendredi des amis nous envoient un peu de viande de mouton, je vais pouvoir varier la nourriture pour la fête.»