Assemblée nationale : La chefferie traditionnelle s'invite au débat



Les députés s'inquiètent du désordre ambiant dans la création et la désignation des représentants de l'autorité traditionnelle. L'impressionnant dispositif de sécurité déployé hier autour du palais de verre de Ngoa Ekellé en prévision d'une marche annoncée de revendeurs de la foire de Tsinga n'a pas troublé la sérénité des débats qui auront particulièrement été vifs hier après midi sur la question de la chefferie traditionnelle au Cameroun, au cours de la séance de questions orales des députés aux membres du gouvernement.
Une séance qui se tenait exceptionnellement hier en raison de la célébration de la fête du mouton par la communauté musulmane vendredi prochain. C'est Hermine Tomaino Patricia Ndam Njoya qui la première a interpellé le chef du Gouvernement sur le peu de cas fait par les autorités administratives dans la désignation de ces détenteurs du pouvoir traditionnel. Dans une adresse où l'émotion le disputait quelque peu à une certaine fermeté, on a senti l'élue Udc du Noun remettre sur la table, la question de la chefferie de Njinka dans le Noun, même si elle n'a pas nommément cité ce cas. Le président national de l'Udc étant l'un des principaux protagonistes de la bataille de succession dans laquelle l'administration a toujours été accusée de parti pris.
Il n'en fallait pas plus pour faire intervenir Cavaye Yeguié Djibril, lui-même chef traditionnel qui, du haut de son perchoir, bien qu'il a reconnu que cette position ne lui permettait d'intervenir dans le débat, pour le voir interpeller le ministre d'Etat en charge de l'Administration territoriale et de la décentralisation. Le président de l'Assemblée nationale s'est notamment inquiété de l'intrusion des "forces de l'argent" dans la désignation de l'autorité traditionnelle de nos jours, avant de chercher à savoir s'il existe une harmonisation dans le processus de désignation des chefs traditionnels au Cameroun, si la désignation des chefs traditionnels tient encore compte des traditions des communautés, ou encore sur la désignation par élection désormais observée "Faut-il procéder à une élection parce que dans les régions septentrionales, c'est ce qui se fait effectivement. Ce qui fait que quelqu'un qui n'est pas de la chefferie, parce qu'il a de l'argent, peut devenir chef traditionnel…" s'est inquiété le président de l'Assemblée nationale.
Implication
Des préoccupations qui venaient rejoindre celles d'un autre élu. C'est le député Vincent de Paul Emah Etoundi qui a interpellé le Minatd sur le rôle et la place qui sera celle du chef traditionnel dans le processus de décentralisation en cours, et sur la réforme toujours annoncée de la chefferie traditionnelle au Cameroun. Philémon Yang a indiqué à l'occasion qu'un projet de réforme de la chefferie traditionnelle est en cours. Des informations prises indiquent en effet que ladite réforme a été élaborée voici bientôt cinq ans et n'attend plus que de recevoir l'aval de la présidence de la République.
S'il a indiqué que "la chefferie traditionnelle n'est pas directement concernée par le processus de décentralisation", Marafa Hamidou Yaya a néanmoins relevé qu'ils n'en sont pas totalement pas exclus. L'implication des chefs traditionnels est plus poussée en ce qui concerne les régions, a relevé le Minatd "Ils forment un collège de grands électeurs qui vont désigner ceux de leurs pairs qui vont les représenter."
Pourtant ce que le Minatd a omis de dire, c'est que la dernière modification de la loi portant élection des sénateurs, dont les grands électeurs signalés plus haut font partie du collège, a ramené le collège électoral aux seuls conseillers municipaux, dans le cas où cette élection intervient avant la mise en place des conseils régionaux.
Le Minatd a par ailleurs reconnu que la création de certaines chefferies traditionnelles est parfois faite de façon fantaisiste par certains de ses collaborateurs non habiletés. Ces mêmes collaborateurs qui ne respectent pas toujours la procédure réglementaire dans la désignation des chefs traditionnels ; d'où des problèmes comme ceux rencontrés dans la désignation d'un chef à Njinka dans le Noun.
La séance d'hier a donné l'occasion au chef du gouvernement d'annoncer la création du Cameroon Tourism Board qui sera chargé de la gestion du tourisme, le ministère ne devant se limiter qu'à un rôle purement politique.Jean Francis Belibi