Vaincre le choléracholéra



L’épidémie de choléra qui s’est déclenchée en mai dernier dans la région de l’Extrême-Nord, serait donc « sous contrôle », selon les autorités sanitaires. Avec un passif de 86 décès pour 1221 cas déclarés. Paradoxalement, c’est la ville de Mokolo, perchée sur le flanc des Monts Mandara, considérée comme l’une des villes les plus propres de la région, qui a payé le plus lourd tribut à la « maladie des mains sales » :
40 décès sur 603 cas déclarés. Vient ensuite dans ce classement macabre, l’agglomération de Guéré dans le Mayo Danaï : 14 décès sur 196 cas déclarés. A Kolofata qui pointe en troisième position, l’on signale sept décès sur 182 cas déclarés. L’épidémie qui s’est répandue comme un feu de brousse sous l’harmattan a également atteint, avec moins d’ampleur quelque sept autres localités. L’ombre du fléau a franchi la frontière régionale du Nord en mi-juillet. On signalait six cas dans cette partie du pays, pour 0 décès, heureusement.
Le taux de mortalité de l’épidémie qui vient de frapper la région de l’Extrême-Nord et que l’on pourrait estimer à 7%, pour cette maladie exceptionnellement foudroyante, témoigne de la prompte réaction des autorités sanitaires. Soit ! Mais, passée la bourrasque, il demeure le fait préoccupant que chaque année, en début de saison humide, le vibrion cholérique resurgit. Comme si le bourreau affaibli repartait en disant « vous me reverrez l’année prochaine ». Il est temps de conjurer ce sort. Il convient de briser cette chaîne pour que s’arrête la ritournelle de la mort. Cela est possible pour une maladie que l’on peut éliminer rien que par un strict respect des règles d’hygiène, lorsqu’il est connu de la population vulnérable qu’elle se transmet par des mains sales, des eaux ou des aliments souillés. Au-delà de la prise en charge des malades, le ministère de la Santé publique a tout intérêt à intensifier des campagnes de communication pour la santé. A travers l’élaboration et la mise en œuvre de stratégies de communication. La situation sanitaire du pays, la survivance des mentalités qui voient la sorcellerie, même dans le cas de maladies infectieuses, remet au goût du jour l’impulsion au sein de ce département ministériel, d’une dynamique de communication se situant bien au-delà de la répercussion des faits et gestes des autorités.
Il est heureux d’apprendre que la nouvelle stratégie de lutte envisagée par le ministère de la Santé publique intègre d’autres départements ministériels. Le recours au ministère de l’Eau et de l’Energie est à cet égard pertinent, pour l’Etrême-Nord où seuls 29% de la population, selon des sources officielles, auraient accès à l’eau potable. Le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation pourrait, quant à lui, contribuer à convaincre les populations à généraliser l’usage des latrines, dans une approche qui ménage les us et coutumes de la région. Une synergie de cette nature vaincra le choléra.